DU RETENTISSEMENT DES DIVERS ÉTATS DU SENSORIUM
est incolore, ses paroles sont rares, il faut les solliciter, et tout annonce une sorte de torpidité générale.
L'homme extérieur, dans son aspect, ses gestes, son langage, ne fait donc que révéler les étals divers de satisfaction ou de tristesse que traversent passagèrement les régions émotives de son sensorium; celles-ci sont en quelque sorte les régions incitatrices par excellence de toute vie et de tout mouvement extérieur.
Ces conditions spéciales de subordination des différents départements de l'écorce cérébrale aux régions émotives àusensorium sont susceptibles, dans les cas pathologiques, d'apparaître avec des proportions amplifiées et toujours dans un ordre logique et fatal, qui dérive des conditions naturelles de leurs manifestations.
Ainsi, dans la première période de la paralysie générale, alors que les cellules àusensorium vivement surexcitées par les courants sanguins déchaînés sont, en quelque sorte, à l'état d'éréthisme permanent— les phénomènes de la perception des choses du monde extérieur sont complètement pervertis, parce que les éléments psychiques qui concourent à la notion de la personnalité sont en complet désarroi.
A ce moment, en effet, l'individu ne se voit plus tel qu'il est en réalité, il a la notion qu'il est plus grand, plus fort, que ses forces sont décuplées, et qu'il grandit tous les jours. Par une association automatique des souvenirs et de l'intellect, il se croit un être surnaturel, il s'attribue une puissance magique, il est roi, pape, il a créé le monde, etc.
€e sont là des séries de conceptions enchaînées, fatalement associées dans l'esprit, et qui ne font que suivre automatiquement le degré d'expansion morbide dans lequel sont les cellules nerveuses qui servent de substratum à la personnalité psychique. Elles ont été mises en un état spécial d'éréthisme qui persiste, et fatalement les conceptions phsysiologiques auxquelles elles donnent d'habitude naissance subissent une amplification proportionnelle. — L'individu a la notion qu'il est plus fort, plus grand, parce que les élément qui constituent son unité pyschique sont individuellement doués d'une énergie vitale plus développée. Le délire des grandeurs, le délire de satisfaction suivent fatalement l'impulsion donnée, comme manifestations psychiques associées, et ces troubles s'accentuent d'autant plus, que l'individu, entraîné dans un monde subjectif, cesse de participer à la réalité, ambiante, que sa mémoire faiblit, et que les souvenirs dupasse .s'obscurcissent insensiblement.
Dans les conditions inverses, alors que le ralentissement des courants
sanguins dans les réseaux du sensorium se manifeste, — les phénomènes de la perception des choses extérieures et ceux de l'émotivité, s'alanguissenl |)eu à peu.
Les incitations extérieures s'émoussent chez les individus frappés, il faut leur parler sur un timbre plus élevé, il faut les stimuler incessamment pour provoquer une simple réaction, et obtenir une marque d'attention ; les réseaux de leur sensorium sont, en quelque sorte, semblables à la peau de ces anestbésiés que l'on peut impunément piquer, brûler même, sans provoquer la moindre réaction sensitive de leur part. Une sorte de réfrigération générale plane sur l'ensemble de toutes les activités psychiques, et la sphère intellectuelle n'étant plus suscitée par les sollicitations émotives, tend, de plus en plus, à devenir silencieuse et à ne plus donner signe de vie.
Dans un certain nombre de cas, ce ralentissement progressif de la vitalité des réseaux du sensorium engendre une série de conceptions délirantes, qui ont le cachet propre de l'état spécial des régions mères qui les engendrent.
Ainsi lorsque, par exemple, certains territoires de l'écorce viennent à être frappés d'ischémie, comme cela se voit dans certaines formes de la paralysie générale, on voit les malades ainsi atteints traduire la notion inconsciente qu'ils ont du vide survenu dans le domaine de la personnalité psychique. Ainsi, ils disent qu'ils ne sentent plus telle ou telle région d'euxmêmes, — qu'on leur a enlevé leurs dents, tel ou tel viscère, — qu'ils ont l'estomac bouché, le tube intestinal oblitéré, et comme conséquence logique, — ils refusent d'ingurgiter des aliments, ou bien affirment qu'ils sont empoisonnés, ou qu'ils n'ont plus d'estomac, etc.
Dans cet ordre spécial de troubles psychiques, c'est encore l'état spécial du sensorium et des régions émotives qui donne le ton aux conceptions de l'esprit, et les lance dans une direction déviée qu'elles suivent fatalement.
II. — Phénomènes de l'activité automatique des éléments nerveux