DE L'INTELLIGENCE. — DU JUGEMENT
absolu, et cela sans que nous nous en doutions. Les idées s'enchaînent aux idées, les souvenirs se suivent et se succèdent en vertu d'une cérébration toujours active à notre insu, et nous sommes tous surpris le plus souvent des déviations étranges, des associations bizarres que subissent nos pensées abandonnées à leur libres allures.
Les opérations de l'intellect avec les forces vives automatiques qui les suscitent représentent dans chacun de leur processus, la manière d'être de l'individu vivant, qui a senti les incitations de la réalité ambiante, qui en a été pénétré, qui a comparé les impressions récentes avec les anciens souvenirs, et qui, — en vertu de son émotivité propre, et de sa personnalité psychique mise en émoi, discerne ce qu'il y a à faire en présence d'une situation extérieure donnée, et prend une résolution destinée à être convertie en incitation volontaire.
Être intelligent, réagir sciemment en présence des incitations multiples du monde extérieur, est donc une opération de premier ordre, l'opération par excellence du cerveau en action, qui par cela même qu'elle est régulièrement accomplie, exprime l'harmonie et le juste équilibre des facultés sousjacentes qui ont servi à la révéler.
Elle implique, comme première étape, une concentration régulière des impressions extérieures dans les réseaux du sensoriuni, et une netteté complète de vision des choses ambiantes, qui n'est autre que la perspicacité qui pénètre le fond des choses. Elle signifie en un mot, une précision aussi parfaite que possible dans l'enregistrement des incitations sensorielles qui entrent en conflit avec notre personnalité psycbique.
Dans la deuxième phase, c'est notre personnalité intime, notre for intérieur, qui sont saisis et qui entrent en action (fig. 27).
Ce moment le plus délicat implique la participation des éléments de la personnalité intime, avec toutes ses réserves sensitives. C'est alors que se révèlent ces attractions et ces répulsions instinctives et inconscientes en vertu desquelles le sensoriuni, flatté ou blessé, sent les choses du monde extérieur avec un coefficient spécial d'émotivité, — et s'incline fatalement dans le sens qui répond le plus à la satisfaction de ces affinités latentes mises en émoi; — c'est en ce moment que les questions d'intérêt personnel entrent en jeu et projettent une influence inconsciente si puissante et si fatale sur les opérations qui vont suivre.
La >roisième phase, qui n'est que l'acte préparateur de la mise en action des centres psycho-moteurs, représente en quelque sorte la période primaire du processus de la volilion qui va suivre.
l,-,0 PHYSIOLOGIE.
Les opérations cérébrales les plus complexes en apparence se résument toutes à des formules simples conçues sur un même plan :
A la suite de la mise en émoi de la personnalité psychique, un ébranlement s'opère dans les réseaux cellulaires du sensorium, et suivant que cet ébranlement a été ressenti avec satisfaction ou avec répulsion, une résolution est prise. Elle est plus ou moins motivée, il est vrai, plus ou moins instantanée ou différée, mais elle est arrêtée en principe, et, au moment donné, la manifestation motrice appropriée, destinée à la traduire à l'extérieur, se développe comme une action réflexe plus ou moins instantanée qui se propage à travers les réseaux près de la moelle. — Elle apparaît alors sous forme d'actes moteurs volontaires variés, sous forme, soit de sons phonétiques articulés, soit de signes graphiques, soit de gestes appropriés qui sont toujours les interprètes fidèles des émotions primitivement enregistrées dans les régions émotives.
On voit donc se dérouler, dans les opérations successives qui constituent un acte de jugement, une série d'opérations secondaires, tertiaires, qui doivent chacune, suivant sa nature et sa spécialité, s'accomplir strictement et "finir par se confondre dans une résultante unique; la détermination volontaire qui les résume toutes. — - Elle les totalise, comme nous voyons dans la solution des équations algébriques, les équations multiples se résoudre en équations, de plus en plus simples, et, finalement, en une formule unique qui contient la solution du problème.
Remarquons encore que l'acte de jugement lui-même n'est juste et précis, dans sa formule ultime, qu'autant que la série des opérations préparatoires a été accomplie avec régularité el méthode, de sorte qu'un trouble quelconque apporté au milieu d'elles vient fausser le résultat final, comme dans la solution des équations algébriques une simple erreur graphique vient fausser la solution de la formule définitive.
On voit donc combien ces simples mots: — être intelligent, avoir du bon sens, un jugement juste, etc., représentent une série complexe de processus cérébraux impliquant, par conséquent, la mise en action de toutes les activités mentale-, ainsi que la synergie de tous les départements du cerveau, concourant à un but commun. — Aussi ne peut-on pas s'empêcher de dire que celte aptitude à voir juste et avec netteté les choses de la réalité ambiante est la plus haute expression des activités cérébrales mises en jeu. Elle représente, d'une façon concrète, l'état de sanité du milieu au sein duquel elle évolue, et cela, au même titre que la bonne tenue, la rectitude et l'allure du corps humain, qui progresse et se meut régulièrement