‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 58 sur 286 · DE L'INTELLIGENCE. — DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

DE L'INTELLIGENCE. — DU JUGEMENT

dans l'espace, expriment le parfait accord des appareils organiques qui sont sous-jacents et concourent à sa locomotion.

Celte manifestation de l'activité cérébrale qui consiste à recevoir les in citations du monde extérieur et à réagir régulièrement à la suite, suivant un sens commun à la généralité des hommes devient, par cela même, le critérium exact des énergies cérébrales, et constitue l'expression la plus correcte de toutes les forces vives de la pensée humaine. — Quoi donc de plus naturel que de dire qu'elle fait partie intégrale de l'être humain en activité, et que, par conséquent, elle représente avec lui un caractère primordial de l'humanité pensante et agissante? — A travers le temps et à travers l'espace, les jugemeuts des hommes sur des sujets donnés n'ont guère varié. Ils se sont confondus dans un fond commun de vérités premières, et ont toujours oscillé suivant un sens commun h tout ce qui sent et à tout ce qui pense. Il y a dans le cœur de l'homme, dans la portion émotive de sa substance un patrimoine héréditaire, commun à tous, d'idées et d'émotions latentes qui se retrouvent partout les mêmes, soit qu'on les recherche dans toutes les latitudes ou à toutes les époques. — Les lois des mathématiques n'ont pas changé depuis le premier géomètre jusqu'à nos jours ; ce qui est vrai en fait des choses physiques à Pékin, à Paris, est également vrai, dans l'autre hémisphère. — lien est de même pour certains sentiments naturels, qui partout s'accomplissent de la même façon et en tout temps se sont développés d'une façon similaire (1).

La faculté de voir les choses de la réalité suivant le sens commun à tous les hommes, de sentir les choses d'ordre moral suivant les lois communes de l'émotivité naturelle, représente donc la formule régulière du type humain bien équilibré et bien constitué.

Et de même qu'on voitles hommes, sous toutesles latitudes, mouvoir leurs membres dans des directions régulières et uniformes, imposées par l'état des surfaces articulaire, et ne pouvoir prendre avec leurs bras, leurs avantbras, d'autres attitudes que celles qui sont réglées par ies lois anatomiques de la machine vivante, de même pour les phénomènes de l'activité cérébrale; il y a un sens commun suivant lequel ils doivent penser et agir, et en dehors duquel tout ce qui n'est pas conforme à la règle de tous est considéré comme acte morbide.

Cette faculté générale du jugement constitue une transmission héréditaire, comme la santé du corps que nous apportons en naissant; et de

(1) Luys, Actions réflexes, p. 59.

mémo <|u'il y a de grandes inégalités entre les hommes dans la répartition de ce bien primordial, de même les facultés de l'esprit et dujugemenl sont susceptibles de présenter les pins grandes variétés possibles, puisque charpie homme juge avec sa sensibilité intime et appuie, par cela même, ses jugements sur ce qu'il y a do plus instable et de plus fragile, de plus ondulant et divers en chacun de nous.

Rien donc de plus dissemblable, en dehors des choses du domaine scientifique, que h' jugement des hommes sur les événements de la vie, dans lesquels ils sont intéressés directement, et dans lesquels leur personnalité psychique, sous forme de l'intérêt personnel à satisfaire esl toujours si fortement engagée.

(ici écart est d'autant plus sensible que Ton se trouve, la plupart du temps, en présence d'individus héréditairement mal conformés, au point de vue des facultés morales. — Tous les médecins qui sont livrés à la pratique des maladie- mentales rencontrent fréquemment des individualités brillantes, douées d'un certain vernis extérieur de gaieté et d'entrain, et qui donnent aisément le change sur la faiblesse deleur jugement. — Avec de très étincelantes aptitudes, ils sont inhabiles à voir juste ce qui se passe autour d'eux, et à agir avec discernement pour la simple question de leurs affaires. — On sait encore qu'il existe des familles qui sont vouées dans chacun de leurs membres à des désordres psychiques et à des anomalies bizarres du sens commun de la moralité des choses et qui constituent chez eux une véritable tare héréditaire; — cirez les uns, ce sont des excentricités toutes spéciales dans les manières d'agir, chez les autres, des aberrations du sens moral qui sortent des limites permises, des difficultés de caractère qui les rendent insociables, des tendances à une émotiyité morbide... des actes d'immoralité incompréhensibles que l'on a fréquemment l'occasion de signaler (1).

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