DES DÉMENCES
servent à leurs manifestations. A mesure que les progrès de l'âge se manifestent, à mesure que les éléments de l'activité cérébrale, par usure progressive, arrivent à l'état de non-valeur, le silence se fait dans l'intimité des régions intellectuelles, la cérébration active perd de son énergie, et peu à peu, cet état de ralentissement progressif constitue ce que d'habitude on désigne sous l'appellation de démence.
Les détails que nous avons signalés au sujet du mode de répartition du courant sanguin, dans les différents territoires de l'écorce, nous montrent comment certaines régions peuvent être isolément frappées d'ischémie, et les éléments qu'elle renferment réduits au silence faute d'aliments trophiques. C'est ainsi que l'on voit certains sujets atteints d'ischémies partielles (par athéromes diffus) présenter des troubles pareillement partiels dans l'ensemble de leurs facultés —ils n'entendent que difficilement les paroles, on les croit sourds et ils n'ont que du retard dans la perception auditive. On leur parle, ils ont l'air d'entendre, et deux minutes après on s'aperçoit qu'ils ont oublié ce qu'on leur a dit.
On constate encore des amnésies partielles, en vertu desquelles les individus frappés oublient les choses récentes. Ils veulent parler et ne trouvent pas le mot propre; ils s'impatientent, se désespèrent et souvent s'attendrissent en pleurant — car ils ont encore conscience des.délabremenls qui s'opèrent en eux-mêmes.
Dans d'autres circonstances, ce sont des troubles perceptifs qui se révèlent. Les malades voient les personnes de leur entourage et ne les reconnaissent pas, ils perdent le souvenir de figures amies, et souvent même, les prennent pour des étrangers. — A un moment plus avancé, sous le coup de congestions réitérées, les parties saines de l'unilé mentale finissent par être envahies à leur tour, et alors les individus frappés qui, dans certaines limites, pouvaient encore précédemment redresser les écarts de leur jugement, et corriger leurs illusions, deviennent incapables de répondre aux questions avec précision et de discerner la réalité. L'énergie spontanée des éléments actifs est plus ou moins affaissée, et le sensorium, qui ne s'émeut plus, subit les incitations du dehors passivement, sans réagir à la suite. — Tout le monde sait avec quelle passivité les paralytiques acceptent les moyens dilatoires avec lesquels on berce leurs espérances de sortie dans les asiles ; combien ils sont crédules et faciles à conduire, une fois qu'on leur a mis une idée en tête et orienté leurs désirs dans un sens déterminé.
Les hallucinés chroniques, les hypocondriaques, qui sans cesse sont accaparés parleurs conceptions subjectives, cessent peu à peu d'être en conflit avec le milieu ambiant et de réagir devant les incitations qui en dérivent.
i:,i PHYSIOLOGIE.
\\< cessent de se plaindre, ils sont plus calmes, on les croit améliorés en apparence. — Ils arrivent insensiblement à la démence, et cela, toujours en vertu du même mécanisme, l'usure de l'instrument de la pensée dans ses éléments essentiels, l'atrophie, la dégénérescence de la cellule cérébrale.
Sous l'influence en effet de troubles circulatoires qui se sont organisés d'une façon persistante dans les réseaux de l'écorce, les éléments nerveux ont subi peu à peu, et partiellement, les effets d'une dégénérescence primordiale ment localisée à un territoire limité de l'écorce. — Or, ces cellules cérébrales si utilement anastomosées entre elles au point de vue dynamique, sont par cela solidarisées, lorsqu'un certain nombre d'entre elles sont frappées de mort. La nécrobiose des unes entraine, par une sorte de rayonnement léthifère, la nécrobiose des autres, si bien que de proche en proche, la désorganisation s'étend au loin, et devient par cela même un processus dégénérait diffus et progressif.
Parallèlement, les forces mentales subissent une déchéance progressive; la mémoire ébranlée partiellement tout d'abord, s'affaiblit de plus en plus, les foyers de phosphorescence organique s'éteignent ou sont détruits, la spontanéité de la pensée, l'intelligence, le jugement, rétrocèdent de plus en plus, et les déments avancés, perdant peu à peu les richesses de la vie intellectuelle et morale, deviennent peu à peu passifs, inertes, gâteux, indifférents à tout ce qui se passe, — véritables morts vivants, comme on est tenté de les dénommer le plus souvent, ils arrivent peu à peu à oublier cette faculté princeps qui caractérise l'espèce humaine, l'expression verbale. N'ayant plus ni de pensées intimes ni d'émotions à faire saillir au dehors, les moyens d'expansion deviennent parallèlement silencieux. Ils désapprennent à parler, et quand on les interroge, ou bien on constate qu'ils essayent de répondre en articulant quelques phrases brisées, à mots incohérents I I >. ou bien (dans les formes les plus avancées), qu'ils demeurent silencieux^ ne donnant aucun signe d'attention à ce qu'on leur dit — ou bien encore pour toute réponse, qu'ils ne s'expriment plus que par des sons gutturaux, des grognements inintelligibles qui n'appartiennent plus à aucun vocabulaire humain.
Poi'l* du cerveau. — D'après tout ce que nous venons d'exposer, on voit combien les manifestations cérébrales, dans lesquelles l'intelligence joue un si grand rôle, sont liées intimement à l'intégrité de la substance nerveuse dont elles expriment en quelque sorte les énergies vitales.
On a été depuis longtemps porté à rechercher, si le poids de la masse
(1; L'iys, Actions réflexes, Troubles du langage che< les déments, y. 1 15.