POIDS DU CERVEAU
cérébrale était plus élevé chez les individus reconnus comme cloués d'une portée intellectuelle supérieure, et si inversement, ce poids subissait une décroissance notable chez les individus faibles d'esprit ; en raison de ces rapports intimes de la fonction et du substratum qui les supporte, on s'est demandé s'il y avait un rapport réel et constant dans la masse même de l'appareil et les puissances dynamiques auxquelles il donnait naissance.
La question posée en ces termes, de la valeur des pesées du cerveau pour l'appréciation des facultés intellectuelles, comporte bien des problèmes secondaires, et ne peut être acceptée comme un mode d'exploration exclusif et absolu. — Car, avant tout, pour le cerveau composé d'individualités cellulaires agglomérées par milliers, il ne s'agit pas d'examiner le nombre, le poids des ouvriers mis en œuvre, il faut considérer la valeur individuelle, la culture individuelle, le dressage individuel de chacun d'eux, la façon de se comporter les uns vis- à- vis des autres, la manière en un mot dont ils sont doués par la nature et l'hérédité, dont ils sont éduqués et dont ils sont méthodiquement dirigés. — Ne sait-on pas en effet, dans l'histoire des grandes agglomérations humaines, que ce ne sont pas les armées les plus nombreuses qui ont produit le plus d'effets utiles, si elles sont mal constituées et mal organisées? — mais bien celles dont les éléments, même en nombres restreints, sont le mieux instruits, le mieux embrigadés et le mieux commandés.
Au point de vue de l'appréciation des questions du poids du cerveau, dans les rapports avec le degré des facultés mentales, il nous paraît donc indispensable de faire entrer d'une façon absolue ces simples réserves préparatoires.
On trouve sur la question des pesées cérébrales, dans les auteurs qui se sont occupés de recherches anthropologiques, une série de documents précieux que l'on pourra consulter avec profit. Nous ne faisons que de les signaler ici, en rappelant seulement comme point de départ; — que le cerveau de Cuvier et de Byron ont présenté en poids, le chiffre de 1829 et 1807 grammes, chiiïre maximum qui ne me paraît pas encore avoir été rencontré depuis, et que, chez les individus atteints de démence avancée, on voit inversement le poids du cerveau s'abaisser d'une façon des plus significatives, et atteindre, comme j'en ai constaté quelquefois l'existence, les limites et termes de 765 et 730 grammes (1),
(1) Gaétan Delaunay, p. 861.
Broca, sur le volume et le poids du cerveau, Bull, de la Société d'anthropologie, 1861, p. 143 et suiv.
Parchappe, Recherches sur l'encéphale. Paris, 1836, p. 26 et 81.
Qaanl à ce qui me concerne, (abstraction faite des cerveaux a'idiots nettement classés) chez les individus dits faillies d'esprit, j'ai toujours rencontré, en outre d'un poids moyen faible des !obes cérébraux, une disposition spéciale des plisqui se trouve réduite à une très grande simplicité. Ces cerveaux sonl mêmes très favorables pour l'étude, on les rencontre pourvu- de plis et de sillons primitifs 1res nettement caractérisés, sans flexuosités, sans anastomoses; — ils sonl simples et faciles à comprendre à un premier coup d'œil ; ils n'ont pins ces ondulations multiples riches et serpentines que Ton rencontre si développées chez les sujets intelligents. Chez eux, la matière cérébrale est rare, les plis sont minces, amaigris, el séparés par A^< sillons profonds.
Chez certains sujets de celte catégorie, c'est la masse toute entière du cerveau qui est relativement de petite apparence, aucune région ne semble plus particulièrement atrophiée. — Chez d'autres, et principalement chez ceux qui ont subi les effets des désorganisations pathologiques, le travail d'atrophie porte principalement sur les circonvolutions frontales.
C'est ordinairement, en effet, chez les sujets qui, à la suite de sollicitations hallucinatoires prolongées, sont tombés dans un état de démence avancée, que Ton constate ce travail spécial d'atrophie porta ni son action presque constamment sur les circonvolutions frontales, la première surtout, et qui témoigne ainsi, de la part considérable que prennent les régions antérieures du cerveau dans l'exercice régulier d^^ fonctions intellectuelles (1).
(I) Gratiolet, sur la région du front chez les singes anthromorphes, Bull, de la Soc. , 1864, p. 653.