ALIÉNATION AVEC CONSCIENCE
et pouvoir s'élever (sans qu'il y ait lésion destructive) jusqu'à 18, 25, 30 et 40 grammes (1). C'est du moins ce que j'ai eu jusqu'ici l'occasion de noter, et ces résultats, ne portent jusqu'à présent que sur un nombre relativement restreint, sur 28 cerveaux d'aliénés que j'ai moi-même observés et pesés aussi exactement que possible. — Ils nous montrent donc d'une façon 1res. nette, combien dans les psychopathies la déséquilibration est accusée entre les deux lobes cérébraux.
Bien plus, comme preuve corrélative, ces relevés m'ont encore révélé ce fait bien significatif : — c'est que, tandis que sur un relevé de 26 cerveaux: sains, j'ai rencontré l'égalité de poids entre les deux hémisphères sept fois, (c'est-à-dire dans près du quart de cas) sur un nombre supérieur de cerveaux d'aliénés (sur 28 cas) je n'ai pas noté une seule fois l'égalité du lobe gauche et l'égalité du lobe droit chez le même sujet.
L'étude des pesées comparatives m'a encore révélé un autre fait intéressant, c'est que — si à l'état normal le lobe gauche est dans une proportion donnée plus pesant que son congénère de droite, dans les psychopathies au contraire, ce rapport est renversé et c'est le lobe droit alors qui devient le lobe le plus pesant. — - Ce simple détail indique d'emblée un rapport nonvepai survenu dans la répartition de la matière cérébrale, et par conséquent un renversement des proportions normales.
Ces conclusions imprévues, si elles étaient confirmées par des recherches ultérieures, amèneraient à penser que dans les processus morbides de l'aliénation mentale il se fait un travail nutritif, dirigé dans le sens opposé à celui qui a lieu chez l'homme sain, en faveur de l'hémisphère droit. C'est le lobe droit, en effet, qui, dans certains cas, absorbant à lui seul les sucs nutritifs, se développe d'une façon insolite et devient ainsi un élément de trouble et de déraison.
2° Ces faits qui frappent déjà par leur précision et leur netteté, sont encore complétés par l'examen direct des lobes du cerveau de certains malades qui montrent d'emblée, des différences de conformation survenues dans certains départements de l'écorce cérébrale, et existant dans un seul lobe, à l'exclusion de l'autre.
C'est principalement du côté du lobule paracentral que l'on trouve une saillie des plus caractéristiques. Cette saillie (planches VI et VII) qui forme quelquefois une gibbosité très nette, occupe un seul lobe, tantôt le gauche,
(1) Chez un paralytique général âgé de 48 ans, qui a succombé à la deuxième période, le lobe gauche pesait 478 grammes et le droit 498 grammes, ce qui faisait une augmentation de 20 grammes en faveur du lobe droit.
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tantôt le droit. L'hémisphère étant examiné par sa l'ace interne, on constate dans cette région une sorte de crête, qui domine l'ensemble de la ligne courbe hémisphérique. Celte saillie du lobe paracentral est accompagnée d'un gonllement des deux marginales du côté correspondant. La région congénère du côté opposé se trouve par contre dans les conditions normale-.
J'ai rencontré cette disposition déjà, à différentes reprises, chez un certain nombre d'hallucinés et dhypochondriaques qui avaient conservé leur lucidité. — Ces malades avaient encore une certaine dose d'intelligence. Ils pouvaient répondre aux questions avec précision, s'occuper de menus travaux de couture avec suite, agir avec discernement, suivre même à l'aide de journaux les choses de la vie courante en politique et cependant, ils avaient des hallucinations répétées, ils étaient sujets à entendre des voix, à voir des objets menaçants devant eux, par moments à ressentir de fausses sensations viscérales, et en un mot, à avoir des conceptions subjectives parfaitement organisées et juxtaposées à des conceptions lucides. — Ces malades étaient évidemment mi-partie à l'état de sanité, mi-partie à l'état d'insanité mentale, et ce dédoublement de leurs facultés n'avait évidemment d'autre explication rationnelle qu'un défaut d'équilibre survenu dans l'ensemble de leur unité cérébrale. On peut dire d'eux qu'ils raisonnaient juste, qu'ils voyaient les choses de la réalité avec justesse, à l'aide de leur hémisphère sain et qu'ils les voyaient parallèlement troublées à l'aide de leur hémisphère en éréthisme morbide.
Il est encore un fait intéressant à noter au sujet de l'étude que nous poursuivons en ce moment : — on sait qu'il existe un certain nombre d'hallucinés qui pendant un certain temps, peuvent demeurer lucides et qui au bout d'un temps variable perdent insensiblement leur lucidité, pour tomber dans un état de démence plus ou moins complète.
Chez ces malades on trouve des lésions qui donnent l'explication des symptômes énoncés chez eux; le processus morbide localisé primitivement à un lobe s'est étendu au lobe congénère, et a amené ainsi, progressivement, la destruction de l'instrument de la lucidité.
On trouve, en effet, chez les sujets qui ont présenté ces symptômes d'envahissement progressif une lésion bilatérale qui porte sur les régions paracentrales des deux côtés (voir les planches sus indiquées) (1).
11 existe donc évidemment des faits indéniables appuyés sur l'examen anatomo-pathologique et qui prouvent que les facultés mentales peuvent
il) Trélat, De la folie lucide. Paris, 1864.