‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 143 sur 256 · II. — DIVISION DE LA VOUTE PALATINE · texte numérisé non relu

II. — DIVISION DE LA VOUTE PALATINE

Cette complication rend très-difficile la réunion des parties molles et expose à des tiraillements qui peuvent être suivis de déchirures, surtout quand on n’adopte pas le procédé des larges décollements tel que nous le ferons connaître. Ce procédé est le seul moyen sérieux de réussite, il met à néant une foule de pratiques plus ou moins ingénieuses, mais parfaitement inefficaces et dont nous ne parlerons pas. On a essayé de rapprocher les os séparés en exerçant une compression sur les joues ou sur les arcades alvéolo-dentaires au moyen d’un appareil approprié.

Roux recommandait de fixer un fil métallique à deux dents molaires d’un côté de l’arcade à l’autre, et de serrer ce fil progressivement. Ce moyen, employé par Jourdain pour redresser une molaire, aurait amené non-seulement le redressement désiré, mais encore la formation d’une gouttière palatine antéro-postérieure.

O11 a encore proposé de placer sur les narines une plaque de carton qu’on traverse, ainsi que le nez, avec une longue et grosse épingle qui doit

TITRE VI. — BEC-DE-LIÈVRE

être enfoncée au niveau du sillon qui sépare les ailes du nez du reste de cet organe. Un huit de chiffre fait avec un fil ciré, passé autour des extrémités de l’épingle, sert à maintenir les choses en place, et à rapprocher les bords écartés de la lèvre ainsi que les os maxillaires.

De l’âge auquel on doit opérer le bec-de-lièvre. — La question de l’âge auquel on doit opérer le bec-de-lièvre a été l’objet de longues discussions dans lesquelles nous nous garderons d’entrer, attendu que cette question est définitivement résolue par les faits.

On avait cru pendant longtemps que l’opération faite sur l’enfant nouveau-né. exposait celui-ci à de graves dangers, et que de plus, la suture ne pouvait pas réussir. Danger d’une part, inefficacité de l’autre, c était plus qu’il n’en fallait pour faire rejeter l’opération. Aujourd’hui il est tellement bien reconnu que l’opération réussit sur le nouveau-né, qu’il n’y a même plus matière à discussion sur ce point.

Les partisans de l’opération retardée , vaincus sur ce terrain, soutinrent alors que, du moins pour le bec-de-lièvre compliqué de division de la voûte palatine, il fallait de toute nécessité attendre une époque plus avancée de la vie, et dans une des dernières discussions qui aient été soulevées à la Société de chirurgie, l’un de nos collègues déclara que toutes les opérations qu il avait faites chez de très-jeunes enfants pour le becde-lièvre compliqué avaient complètement échoué.

U est dans un pareil état de la question, que je présentai successivement à la Société de chirurgie, trois enfants atteints de bec-de-lièvre compliqué de division de la voûte palatine, et que j’avais opérés avec succès. Le secret de la réussite dans tous ces cas est bien simple ; mais on peut être sûr que, si la prescription opératoire dont nous allons parler n’est pas rigoureusement accomplie, l’opération est vouée à un insuccès inévitable.

Ce qui a fait échouer les opérations en pareil cas, c’est l’insuffisance île décollement des tissus qui constituent la lèvre et les parties environnantes. Il ne suffit pas en effet de détacher latéralement, même dans une assez bonne étendue, les lèvres d’avec l’os maxillaire, il faut que la dissection qui se fait avec de forts ciseaux, remonte jusqu’au rebord inférieur de l’orliite, et jusqu’à l’apophyse montante de l’os ma\ill»ire supérieur. 11 faut que les attaches profondes de la narine soient détruites et que l’espèce de masque cutané, musculaire et cartilagineux qui revêt le milieu de la face soit assez bien mobilisé pour permettre le rapprochement sans effort des deux lèvres du bec de lièvre ravivé.

On trouvera dans les bulletins delà Société de chirurgie ['indication précise des laits que j ai soumis au contrôle de cette Société, et le détail rendu désormais inutile, des interminables discussions qui ont eu lieu sur ce point

Obs. Bec-de-lièvre compliqué d’écartement „

du 101 le du palais. Opération pratiquée avec succès.

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Dans la séance* du

484 SECT. V. - OPÉR. SUR L’APPAREIL RUCCO-PRARYNGIEN.

20 avril 1839, j’ai présenté à la Sociélé de chirurgie un enfant opéré à l’âge do sept semaines d’un bec-de-lièvre compliqué de division de la voûte palatine et de voile du palais. Le succès de l’opération a été complet. J avais eu le soin, pour rendre plus facile le. rapprochement des lèvres de la plaie, de détacher largement les lèvres de la mâchoire supérieure et de mobiliser complètement le masque cutané de la face.

Un, autre enfant que j’ai opéré dans les mêmes conditions est aujourd’hui parfaitement guéri. (Gaz. deshôp., 30 avril 1839.)

Obs. Bec-de-lièvre compliqué de division du voile du palais chez un nouveau-né. — Opération. — Guérison. — André-Pierre Marius, âgé de six semaines, fils d’André Jean Claude, demeurant à la Petite-Villette, rue d’Allemagne, 200, est apporté à la consultation de l’hôpital Lariboisière, à la fin du mois de février 1860.

11 est atteint de cette variété de bec-de-lièvre, désignée sous le nom de gueule de loup, en raison delà grande déformation qui résulte de la division complète, de la lèvre supérieure jusqu’à l’ouverture des fosses nasales et de la divisiondc la voûte palatine osseuse et du voile du palais.

L’aspect de l’enfant est hideux, et inspire à ses parents un dégoût assez prononcé qui les porte à dire : « Le bon Dieu ferait mieux de nous le prendre.» Le nez est largement épaté, et quand l’enfant crie, sa figure devient plus repoussante encore. Néanmoins l’enfant peut prendre le sein.

Le 14 mars 1860, on procède à l’opération. On décolle largement et profondément la lèvre supérieure et l’aile gauche du nez, on avive les deux bords de la scissure, on les rapproche et au moyen de trois épingles on fait une suture entortillée ; puis on panse la plaie par occlusion. La perte de sang fut peu considérable, bien que plu sieurs jets artériels aient été lancés à une assez grande distance ; elle cessa dès que les bords de la division eurent été rapprochés.

Les jours suivants on ramène l’enfant à la consultation ; on enlève successivement les épingles au fur et à mesure que le travail de cicatrisation s’avance et au bout de quelques jours la réunion paraît solide.

L’enfant a continué de se bien porter, et aucun accident n’est venu entraver le succès de l’opération.

Aujourd’hui l’enfant est en bon état : il se nourrit bien ; sa figure n'a plus rien de repoussant; le nez n’est plus épaté, et la lèvre supérieure ne présente plus qu’une légère encoche, qui indique le lieu de la division.

La question de l’âgée, celle des complications se trouve doue aujourd’hui parfaitement jugée. I.’on peut et l’on doit opérer tous les becsde-lièvre à la naissance, liais la garantie obligatoire du succès réside dans notre procédé de mobilisation complète du masque facial.

TITRE VU

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