‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 155 sur 256 · TRAITEMENT CHIRURGICAL DES PLAIES DU COU · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CHIRURGICAL DES PLAIES DU COU

J’ai eu occasion d’observer à l’hôpital Saint-Antoine plusieurs cas trèsgraves de plaies du cou qui m’ont offert dos particularités dignes d’intérêt, au point de vue de la gravité de la lésion et des nouveaux moyens de traitement que j’ai cru devoir employer pour satisfaire à de pressantes indications.

Obs.— Le samedi 22 mai 1852 on apporta à l’hôpital Saint-Antoine un ouvrier faïencier, Hollandais de naissance, nommé Alexandre Bush, âgé de 34 ans et

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vigoureusement constitué. Pris de désespoir pour un motif assez futile, il venait de se couper la gorge avec un rasoir.

A la partie antérieure du cou existe une plaie transversale de 8 centimètres de largeur, limitée à chaque extrémité par le bord interne des sterno-mastoïdiens. bile siège précisément entre 1 os hyoide et le bord supérieur du cartilage thyroïde et comprend l'extrémité supérieure de tous les muscles de la région sous-hyoïdienne, le constricteur inférieur du pharynx et la membrane thyrohyoïdienne jusqu’aux grandes cornes du cartilage thyroïde. A travers la plaie béante on aperçoit parfaitement la paroi postérieure du pharynx qui seule persiste; car les parois latérales sont entièrement coupées.

En bas se voient 1° l’orifice supérieur du larynx surmonté des deux cartilages arythénoïdes, qui se rapprochent et s'éloignent alternativement par un mouvement de bascule; 2° l’orifice supérieur aplati de l’œsophage; 3° la face inférieure de l'épiglotte.

Beaucoup de mucosités sanguinolentes s’écoulent par la plaie. Quand le malade fait des efforts pour parler, il se produit au niveau des cordes vocales un bruit éclatant, métallique, et que l’on ne peut mieux définir qu’en le comparant au son fêlé et un peu affaibli d’une anche de hautbois.

L hémorrhagie a été peu considérable; les carotides sont parfaitement intactes.

L'élat du malade est des plus graves; la respiration est anxieuse, le pouls faible et un peu accéléré ; déjà de l’emphysème commence à se montrer autour de la plaie dont les deux lèvres sont violemment tiraillées par une contracture musculaire énergique.

A l'aide d’un ténaculum on accroche l’hyoïde, qui a subi un mouvement d’ascension considérable; on le met en contact avec le cartilage thyroïde et on se prépare à le fixer dans cette position jïar des ligatures allant de l’os au cartilage. Mais on s’aperçoit bientôt que le contact des doigts, des instruments et des fils avec l’extrémité supérieure de la glotte y détermine de tels mouvements spasmodiques, que l’entrée libre de l'air dans la trachée devient impossible et que l’opération ne saurait être achevée sans accidents graves. Songeant d’ailleurs que l’écoulement du sang et des mucosités, le gonflement des parties molles obstrueront nécessairement plus tard l’orifice de la glotte, je me décide avant tout à pratiquer la trachéotomie.

Un fort ténaculum implanté au dessous du cartilage cricoïde fixe la trachée qui est rapidement ouverte; on introduit la canule.

Ensuite, à l'aide d’un fil double muni d’une aiguille courbe, j’embrasse l’os hyoïde sur la ligne médiane, je perfore le cartilage thyroïde au même niveau, et serrant la ligature, je rapproche et mets en contact l'os et le cartilage. La même opération fut répétée sur les parties latérales, et on arriva à un affrontement exact des bords de la plaie. — Quelques points de suture furent pratiqués à la peau, et la canule fut alors fixée sans peine par les moyens accoutumés.

Immédiatement après l’opération, la respiration se fait avec facilité; la déglutition est possible, quoique pénible et douloureuse.

Pendant les trois jours qui suivirent, la déglutition se fit assez bien pour que le malade pût prendre chaque jour plusieurs bouillons; cependant une petite partie du liquide tombait dans la trachée et en était expulsée au milieu d’efforts île toux; il s’en écoulait également par la plaie.

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