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TITRE II. — TRAITEMENT DES PLAIES DU COU

Mais les symptômes généraux, ne tardèrent pas à s’aggraver, et le malade succombi le 28 mai, six jours après l'accident.

A i’autopsie, on constata que les trois anses de fil entouraient encore solidement l’os hyoïde sur la ligne médiane et sur les parties latérales; mais ces fils avaient coupé le cartilage thyroïde. Les trous faits par les aiguilles, distants du bord supérieur de 0m,0045 au plus, se prolongeaient en fente jusqu’à ce bord; tout autour le cartilage était noirâtre et un peu moins consistant.

La muqueuse de la trachée et des bronches est injectée et couverte de mucosités spumeuses abondantes; de chaque côté il existe un peu d’engouement pulmonaire hypostatique. La plèvre droite contient près de trois verres de pus.

11 existe des fusées purulentes entre la lame moyenne et la lame profonde de l’aponévrose cervicale. Les vaisseaux et leur gaine sont intacts.

Le cœur offrait une insuffisance notable des valvules aortiques avec dilatation de l’aorte et hypertrophie du ventricule gauche.

Obs. — François Girardin, âgé de 36 ans, jardinier à Petit-Brie (Seine-et-Oise), atteint depuis longtemps de monomanie suicide, se fait avec un couteau de boucher plusieurs entailles à la gorge : l’une est transversale et siège au niveau du bord inférieur du cartilage thyroïde, l’autre oblique en bas et à droite. Au fond de ces deux plaies, il y eut encore plusieurs incisions profondes dans diverses directions.

Un praticien distingué, appelé auprès de lui, fit à la peau quelques points de suture simple.

L’hémorrhagie avait été nulle, la voix était intacte, et il ne sortait pas une bulle d’air par la plaie, même pendant les efforts d’expiration, la bouche et le nez étant exactement fermés; mais le blessé expectora deux ou trois crachats de sang pur.

Il entra à l’hôpital, le lendemain de l’accident, 7 juillet; l’état général était excellent et le gonflement inflammatoire très-modéré.

Le 8 juillet, on enlève les points de suture.

Le 9, on constate que la plaie transversale de la peau est réunie; mais la plaie oblique est béante, et l’on est étonné d’entendre une quantité d’air consirable s’en échapper avec le sifflement accoutumé. 11 en passe cependant aussi par le larynx, car il reste un léger filet de voix. En portant le doigt profondément à la partie la plus déclive de la plaie, on pénètre dans la trachée à travers une ouverture longitudinale, dont les bords tendent à se rapprocher et sont recouverts par les sterno-hyoïdiens, qu’il faut soulever pour arriver jusqu'à elle. La déglutition est douloureuse ; il y a de l’insomnie et beaucoup de fièvre.

Un ferme exactement la plaie avec des bandelettes de sparadrap croisées en X et imbriquées.

Le 10, la respiration est anxieuse et précipitée. Le malade rejette, au milieu des accès d’une toux spasmodique et douloureuse, des mucosités sanguinolentes qui s’échappent aussi par la plaie et en assez grande quantité. Ecchymose de toute la partie inférieure du cou.

Pendant les jours qui ont suivi, il y a eu une amélioration constante.

\ o juillet. — La toux et l’expectoration ont disparu; l’air cesse entièrement de passer par la plaie dont les bords se rapprochent et se cicatrisent avec rapidité.

25 juillet. — II ne reste plus qu’une excoriation légère de la peau; le malade est guéri, mais la voix est restée faible et voilée.

Pendant toute la duiée du tiaitement, on s’est contenté de maintenir la plaie fermée à l’aide d’un pansement par occlusion, qu’on levait de temps à autre pour pratiquer des ablutions abondantes.

Nous nous contenterons d’indiquer ici quelques-unes des circonstances qui nous ont le plus frappé dans ces deux observations, relativement au siège de la lésion, à l’absence d’hémorrhagie et au mode de traitement employé.

I°Ghez le premier malade, l’incision avait porté précisément sur l’espace th\ ro-h) oïdien et avait ouvert le pharynx de manière à découvrir en bas tout l’orifice supérieur du larynx, en haut la face inférieure de l'épiglotte. Quoi qu’en dise Boyer, qui admet que le couteau d’un suicidé peut diviser les chairs au-dessus de l’os hyoïde et pénétrer jusque dans la bouche, il paiaît piouvé que ces faits sont très-rares et que l’espace thyro-hyoïdien lui-même est trop élevé pour être fréquemment atteint. Il ne l’a été qu’une lois sur les quatre faits que rapporte Pelletan dans sa Clinique, et six fois sur les 24 cas dont Dieffenbach a donné l’analyse. ( Arch . de méd. 2e série, t. VI.)

2° L’intégrité des vaisseaux du cou, avec une plaie qui s’étend jusqu’à la paroi postérieure du pharynx, est digne de remarque. Toutefois que la lésion de la carotide dans les cas de ce genre, est plus rare qu’on ne serait tout d’abord tenté de le croire, car les auteurs les plus complets n’en citent pas d’exemples. Dans les Leçons orales de Dupuytren, dans l’article de Dieffenbach ( loc . cit.), on trouve l’histoire de plaies transversales du cou allant jusqu’à la colonne vertébrale, plaies dans lesquelles les gros vaisseaux sont toujours restés intacts, quoique dans deux cas les carotides fussent exposées à la vue et comme disséquées au fond de la plaie,

Sans doute on peut admettre, pour expliquer ce fait, que les vaisseaux roulent dans leur gaine celluleuse au-devant de l’instrument et s’écartent de lui. Mais il ne faut pas oublier que dans notre première observation, la section transversale a eu lieu à la partie supérieure du cou, là où la carotide commence à s’incliner en arrière, et que d’ailleurs le sterno-mastoïdien, fortement tendu pendant le renversement de la tête, doit protéger efficacement les vaisseaux placés au dessous de lui, et repousser l’instrument vers la ligne médiane.

3° La voix peut être conservée avec sa force ordinaire, même après la section de la trachée ; si l’ouverture est longitudinale, si les muscles qui la recouvrent ne sont pas coupés transversalement, la pression qu’ils exercent, jointe à l’élasticité des anneaux de la trachée, peut empêcher complètement la sortie de l’air. Mais l’expectoration de quelques crachats sanguinolents indiquera que le tube aérien a été ouvert.

4° La voix peut être conservée, mais très-affaiblie, quand la plaie

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