‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 170 sur 256 · TITRE I.— AMPUTATION DE LA MAMELLE · texte numérisé non relu

TITRE I.— AMPUTATION DE LA MAMELLE

tumeur, du moment que ce n’est pas du derme que provient la résistance.

J’ai*eu plusieurs fois occasion d’appliquer à l’amputation du sein la méthode mixte, par incision et par écrasement linéaire.

Il s’agissait, dans un des cas, d’une femme de 50 ans environ, robuste, bien constituée, et douée d’un certain embonpoint. Les ganglions n’étant point malades, l’opération ne présenta aucune difficulté. Voici comment j’y procédai :

Je circonscrivis le sein malade par deux incisions, l’une inférieure, l’autre supérieure, pratiquées avec le bistouri. Puis je soulevai la tumeur de manière à pouvoir appliquer une forte ligature assez en arrière pour que la chaîne de l’écraseur placée sur le pédicule ainsi formé ne laissât aucune portion de tissu accidentel. Malgré la précaution que j’avais prise de repousser la ligature aussi loin que possible vers la base de l’organe, il arriva que la totalité de la tumeur ne put se trouver comprise dans la masse détachée au moyen de l’écraseur. Je dus pédiculiser de nouveau la partie restante qui fut enlevée par le même procédé.

Tous les cas ne se prêtent pas également bien à l’opération. Il est, comme on le sait, des cancers complètement inopérables. Eh bien, j’ai pour principe, même dans cos cas désespérés, de ne pas rester entièrement inactif. Je veux parler surtout de ces carcinomes qui, par la suppuration fétide dont leur surface ulcérée devient le siège, non-seulement épuisent la constitution et précipitent la terminaison funeste, mais encore font des malades un objet de répulsion et de dégoût.

L’impossibilité complète d’une opération étant démontrée, il y a, je le répète, encore quelque chose à faire pour cette classe de malades. On peut modifier la surface de l’ulcère suppurant par des écrasements partiels, et ti ansformer une plaie hideuse .et fetide en une plaie de meilleur aspect et dont la présence ne rend pas la vie insupportable au patient. Ce n’est pas la guérison, mais ce sont des conditions moins défavorables et qui rendent plus facile aux malades le commerce avec leurs semblables.

Sans eutiei dans aucun detail sur 1 ablation du sein par’ les caustiques je ferai remarquer qu’un grave inconvénient de leur emploi, c’est d’entraîner forcément la destruction de toute la peau saine ou malade qui recouvre la tumeur. L’écrasement n’a pas cet inconvénient, car, lorsqu’on a fendu la tumeur en deux et qu’on va procéder à l’enlèvement définitif de chacune des deux moitiés, on peut isoler vers la base au moyen de la dissection ou des doigts une certaine étendue de peau, quelquefois toute la peau, comme je l’ai fait souvent dans l’ablation des lipomes. (Vov. t. Il article Lipôme.) ’ ’ ’

Je possède un très-grand nombre d’observations d’ablation des tumeurs i cancéreuses du sein tant par l’instrument tranchant que par la méthode i mixte de 1 instrument tranchant combiné avec l’écrasement linéaire, enfin

par l’emploi de l’écrasement linéaire pur. Il est de mon devoir de déclarer que je n’ai trouvé dans aucune de ces méthodes une supériorité assez constante sur les autres pour pouvoir faire de l'une d’elles l’objet d’une préférence exclusive dans la pratique. De nouveaux faits sont donc nécessaires pour décider l’importante question du meilleur mode d’ablation des tumeurs du sein. Nous disons que cette question est importante, que les générations chirurgicales du temps présent ont été élevées dans des idées très-fausses sur la gravité des amputations du sein. On croit à une bénignité relative qui n’existe pas, et la mortalité à la suite de ce genre d’opérations est plus considérable qu’on ne le pense. 11 y a là un sujet d’études cliniques du plus grand intérêt (I).

Kystes (le la région mammaire.

On peut rencontrer à la région mammaire plusieurs variétés de kystes : s ébacés, hydatiques, séreux, hématiques et séro-muqueux.

Nous renvoyons au savant ouvrage de M.' Velpeau pour la description de ces diverses espèces de kystes.

Leur pronostic est peu grave; car, en admettant la possibilité d’une repullulation après une première ablation de la tumeur, la récidive ne s’accompagne d’aucun phénomène de malignité.

Quant au traitement, il doit consister dans l’extirpation. Celte extirpation sera aussi complète que possible. Cependant, ainsi que l’a fait remarquer M. Velpeau, il n’est pas nécessaire de déployer à l’égard de ces kystes toute la rigueur qu’exige le traitement de l’encéphaloïde. Il n’est pas nécessaire de dépasser les limites du mal, et même on pourrait se dispenser d’enlever la totalité de la tumeur. Toutefois il est toujours plus prudent d’extirper tous les tissus *qui entrent dans la constitution de cette dernière.

Nous avons trop souvent fait connaître les inconvénients attachés à l’emploi de l’instrument tranchant pour avoir besoin d’insister sur le danger de la dissection plus ou moins longue, plus ou moins laborieuse qu’exige l’ablation totale et consciencieuse du kyste.

A part quelques cas rares et tout à fait exceptionnels, M. Velpeau a

(l) Depuis que ces lignes ont été écrites, des expériences de plus en plus nombreuses m’ont prouve que le meilleur mode d’amputation du sein est bien réellement celui qui consiste dans l’emploi de l’écrasement linéaire pur. Il y a deux procédés, suivant que l’on conserve ou que l’on sacritie la peau. Dans l’une on fait, pat lie par partie, une incision sèche qui conduit sur la glande, qu’on isole par la dissection avec la pointe des doigts et dont on sectionne également avec la chaîne les adhérences ptolondes.

Dans l’autre procédé on ne fait pas de la section de la peau un temps particulier, on sectionne en masse et par abrasions successives depuis 1 un des côtés de la base jusqu a l’autre.

Dans l’un comme dans l’autre procédé, toute partie suspecte restant après l’ablation principale est pédiculisée pariransflxion et extirpée aussi exactement qu’avec le bistouri.

TITRE II. - HYPERTROPHIE DE EA MAMELLE

proclamé l’insuffisance des ponctions et de l’injection iodée, et il se fonde sur l’observation qu’il a faite de la multiplicité habituel le des kystes mammaires qui résultent tantôt du développement hypertrophique d’un lobule, tantôt de la dilatation d’un des conduits galactophorcs où ces kystes on pris naissance. Ces kystes sont parfois si nombreux qu ils représentent une véritable grappe collée sur la poitrine. M. Velpeau en a rencontré jusqu’à trente-trois dans une tumeur grosse comme un œuf de poule; dans un très-grand nombre de cas il en a trouvé de cinq à douze, les uns gros comme une petite noix, les autres comme une noisette, ceux-ci remplis d’un liquide séreux, limpide, ceux-là d’un liquide brunâtre, gélati ni forme, etc.

11 résulte de là que le mode de traitement le plus sûr et le plus inoffensif des kystes mammaires est encore l’écrasement linéaire. Après avoir mis à découvert la tumeur par une incision cutanée curviligne, on entoure sa base d’une ligature fortement serrée et sur le pédicule ainsi formé on applique la chaîne d’un écraseur.

J’ai opéré plusieurs fois des kystes cancéreux du sein, j’ai toujours observé la récidive.

TITRE II

Page 1