‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 179 sur 256 · TITRE IV. — KYSTES RE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

TITRE IV. — KYSTES RE L’OVAIRE

extrême réserve, sous peine de manquer aux lois de la prudence. On peut bien dire ce qu’on ferait; on peut indiquer vers quelle direction on incline, faire connaître les déductions qui résultent des faits qu’on a observés, et s’en servir pour s’éviter à soi-même et faire éviter aux autres tel ou tel échec qui peut être prévu.

Mais de là à établir des règles positives pour le traitement, à formuler des principes ou des espèces de lois thérapeutiques, il y a loin, il y a très-loin.

Ce sont donc presque toujours, en pareil cas, d’impressions person- ' nelles plutôt que de règles générales qu’il s’agit, et voici à cet égard où en sont nos convictions.

Nous n’attaquons jamais le kyste de l’ovaire ni par l’injection iodée, ni par le drainage, ni même par la ponction simple, tant qu’il n’a pas acquis un volume égal à celui d’une grossesse au sixième mois. Mais à ce degré de volume, que le kyste gêne ou ne gêne pas les malades qui en sont atteintes, nous donnons formellement le conseil d’intervenir, et voici quelle est pour nous la mesure et la forme de cette intervention.

Relativement aux ponctions simples, nous n’avons jamais été témoin soit dans les ponctions faites par nous, soit dans les ponctions faites par d’autres chirurgiens, d’aucun des accidents graves dont on a parlé comme conséquence de cette opération.

Une ponction simple est faite. Elle a pour résultat : 1° d’éclairer les parties du diagnostic qui étaient encore douteuses, celle, par exemple, de la nature du liquide. Quand la malade est remise des suites de cette ponction, nous procédons à l’emploi des injections à la teinture d’iode, étendues de deux tiers d’eau et d’iodure de potassium : Q. S.

Nous repoussons d’une manière formelle l’emploi des canules, aussi bien que l’emploi des anses élastiques fenêtrées, autrement dites tubes à drainage. Leur effet est nuisible et nous ne saurions trop signaler les dangers du drainage à anse en pareil cas.

Si maintenant on nous interroge sur diverses particularités que nous avons été à même d’observer, et qui sont relatives aux différentes méthodes qui ont eu cours dans la pratique, voici ce que nous dirons :

Eu égard au degré de concentration de la teinture d’iode, nous avons à mentionner une circonstance qui nous paraît décisive quant à l’emploi de ce liquide pur. Dans un cas où une injection de teinture d’iode pure avait été envoyée dans l’intérieur d’un kyste ovarique très-vaste, et qui en était à sa troisième récidive, la solution alcoolique n’ayant pu être évacuée en totalité, des phénomènes d’intoxication se déclarèrent et amenèrent la perle de la malade dans les vingt-quatre heures.

Les symptômes étaient ceux d’un empoisonnement alcoolique plutôt que ceux de 1 empoisonnement iodique.

Il est un autre point sur lequel notre collègue, M. Roinet, a insisté avec raison, c est de ponctionner le kyste ovarien par le côté qui correspond à

SI- CT. VIII. — OPÉRATIONS SUR L’ABDOMEN

celui nù la tumeur a pris naissance. Dans un casoù cette règle de pratique avait été négligée, nous avons vu survenir une péritonite mortelle dont il ne nous a été possible de nous rendre compte qu’en admettant que le kjste, dans sa rétraction, s étant éloigne du point de la paroi abdominale au niveau duquel il avait été ponctionné, ce retrait du kyste avait permis le reflux du liquide iodique dans la cavilé péritonéale.

Quoique dans notre opinion l’extirpation ne soit pas rationnellement applicable au traitement des kystes de l’ovaire, en raison des dangers quelle entraîne, il ne sera pas sans intérêt de faire connaître les procédés qui ont été mis en usage par les chirurgiens qui ont pratiqué celte opération.

Incision de 10 à 12 centimètres sur la ligne blanche entre l’ombilic et le pubis, à égale distance de l’un et de l’autre point. Ouverture du péritoine sur une sonde cannelée ou avec des ciseaux mousses.

L’incision terminée, le chirurgien introduit la main dans la cavité péritonéale, examine la forme et les rapports de la tumeur, détruit les adhérences légères qui peuvent relier le kyste aux parois ou aux organes intraabdominaux, puis fait saillir entre les lèvres de la plaie la portion du kyste mise à nu.

Le plus souvent on l’attire au moyen d’une ou de deux érignes confiées à un aide. Un autre aide applique une main de chaque côté de la plaie abdominale, afin de maintenir les parois le plus exactement possible en contact avec la poche, et pour empêcher la sortie des intestins ou la péné- Iration du liquide cystiquedans le péritoine. Puis, on plonge dans la tumeur un gros trocart.

Au fur et à mesure que le kyste se vide, on l’attire hors de la plaie. S’il y a d’autres poches distendues, on les ponctionne successivement.

Lorsque le liquide est trop épais pour pouvoir s’écouler, on essaie de vider le kyste en transformant la piqûre en une incision plus ou moins longue.

Existe-t-il des adhérences trop solides pour que les doigts de l’opérateur puissent en triompher? on est obligé de recourir à l’écrasement linéaire qui prévient tout écoulement sanguin.

Dans certains cas où il était impossible de détruire, même avec le bistouri, toutes les adhérences du kyste, on a dû suspendre l’opération. Les adhérences qui s’opposent le plus fréquemment à l’achèvement de l’opération sont celles qui unissent la tumeur aux parois de l’abdomen.

Néanmoins, on a rencontré des adhérences très-résistantes du kyste avec l’épiploon, les intestins, le foie, la rate, l’estomac, l’utérus, ou avec le plancher pelvien.

Dans l’impossibilité de continuer l’opération, quelques opérateurs se sont bornés à réunir la plaie abdominale sans toucher à la tumeur; d’autres ont incisé le kyste ou excisé une portion de ses parois.

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