TITRE IV. — KYSTES RE L’OVAIRE
Lorsque la tumeur est amenée hors de la plaie et ne tient plus que pat un pédicule, on peut étreindre ce pédicule avec une ligatuie solide, puis le sectionner avec l’instrument tranchant, et mieux encore avec la chaîne de l’écraseur, ainsi que l’a fait M. Atlee, de Philadelphie.
On lait rentrer ensuite la portion fixe du pédicule dans l’abdomen ; on place les fils dans la plaie et on réunit celle-ci. Les meilleurs modes de suture employés pour cette réunion ne doivent pas être superficiels et n’intéresser que la peau, ils doivent porter sur les aponévroses et les muscles.
Les principales causes de mort signalées par les chirurgiens qui ont pratiqué celte opération sont: 1° l’affaissement rapide, 2° la péritonite, 3° l’hémorrhagie, 4° le tétanos.
Une observation de kyste de l’ovaire recueillie dans mon service par M. S. Jaccoud et publiée dans la Gazette des hôpitaux (23 décembre 18o6) nous a montré un kyste renfermant, sauf des débris de fœtus, toutes les variétés de substances qui ont été décrites. En second lieu elle nous a fait voir une fois de plus toute la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, que l’on éprouve dans la plupart des cas à arriver sur le vivant à la connaissance exacte de la composition de ces tumeurs.
Dans le cas dont il s’agit, en effet, après des examens minutieux et répétés, ou n’a pu reconnaître que deux poches, et cependant la nécropsie a révélé une cinquantaine de kystes distincts, dont les parois épaisses et bosselées avaient été rendues inappréciables pendant la vie par suite de la distension extrême causée par le liquide. N’en sera-t-il pas de même dans les cas analogues? ne rencontrera-t-on pas les mêmes difficultés lorsqu’on se trouvera placé dans les mêmes conditions physiques?
Enfin, si l’on compare les résultats des deux ponctions qui, à diverses époques, ont été pratiquées dans ce cas, on est en droit de conclure que, si la première a réussi c’est qu’elle s’adressait à un kyste purement séreux, et exempt, selon toute apparence, des complications qui l’ont envahi depuis ?
Tumeurs «le la paroi antérieure «le l’abdomen.
Parmi les tumeurs qui peuvent se rencontrer à la paroi antérieure de l’abdomen, je citerai certaines tumeurs fibro-plasliques ou cancéreuses dont le traitement fait naître d’assez grandes difficultés, attendu que, comme on ne sait pas au juste la profondeur à laquelle elles pénètrent, on craint d’atteindre le péritoine en les énucléanl à leur surface profonde.
Dans un cas de ce genre, j’ai eu le bonheur de guérir par l’écrasement linéaire et la cautérisation une malade qui m’avait été adressée par notre honorable confrère, M. Guillemot. J’ai eu occasion de revoir deux ans après son opération cette malade dont la guérison s’est parfaitement
maintenue. Je rapporterai une autre observation comme un intéressant exemple de ce que peut faire la chirurgie dans des cas en apparence désespérés.
Obs. Tumeur fibro-pl astique, siégeant à la partie inferieure de la paroi antérieure de l’abdomen. — Ablation par l’écrasement linéaire. — Guérison. Dervaux,
Marguerite, 43 ans, couturière, est entrée à l’hôpital Lariboisière dans les premiers jours de janvier 1859.
Constitution chétive. Point de maladies antérieures graves. Réglée à 14 ans; depuis cette époque, menstruation toujours régulière. Mariée à 23 ans; deux enfants et une fausse couche. Pas d’antécédents syphilitiques.
Cette femme porte à la région sous-ombilicale une tumeur volumineuse laquelle mesure 17 centimètres, dans le sens transversal, et 17 dans le sens vertical, 48 centimètres de circonférence à sa partie la plus large, 45 à sa partie la plus étroite. Hauteur : 6 ou 7 centimètres.
Mise dans la balance, après l’opération, la tumeur nous a donné un poids de 1200 grammes. Elle s’étend du voisinage de l’ombilic à la symphise du pubis, et là se confond avec le mont de Vénus. De chaque côté elle est limitée par le pli de l’aine. Elle est dure, résistante, présentant çà et là des bosselures du volume d’une grosse noix. Elle est ulcérée à son centre dans une assez grande étendue ; mais cette ulcération est superficielle. Par cette ulcération a eu lieu, il y a trois mois, une hémorrhagie assez abondante, et, depuis ce moment, il y a un suintement sanguinolent presque continuel.
La tumeur adhère aux parties sous-jacentes, mais à droite seulement; dans les autres points, elle glisse assez facilement sur les parties profondes.
C’est de dix ans que date le début de celte tumeur. Elle s’est développée d’abord à la partie inférieure et latérale gauche de la paroi abdominale. Son évolution n’a pas été accompagnée de douleurs, mais il y a eu quelques hémorrhagies résultant de l’ulcéi’ation de sa surface.
Admise il y a trois ans à l’hôpital Beaujon, la malade fut opérée par M. Robert et sortit bien guérie. Mais au bout de six ou huit mois, il y eut récidive sur place. La tumeur avait acquis déjà le volume d’une petite noix, quand Ja malade s’aperçut de sa réapparition, et, depuis quatre mois, ses progrès incessants l’ont obligée à revenir à l’hôpital. Une cicatrice linéaire, indice de la première opération, partage la tumeur à sa base en deux parties inégales.
La malade a été opérée le 17 janvier 1859.
La base de la tumeur est pédiculisée au moyen d’un fil de soie, mis en plusieurs doubles et ciré.
Un premier trois-quarts est passé sous la base de la tumeur. La chaîne de l’écraseur est posée sur cette moitié supérieure.
Un deuxième trois-quarts est placé à côté du premier. Une deuxième chaîne à écraseur entoure la moitié inférieure de la tumeur.
Section simultanée de ces deux moitiés.
11 n’y a pas eu d’hémorrhagie à la suite de l’opération.
Une portion de cette tumeur a été portée à M. Robin pour être examinée au microscope, et l’examen a démontré que c’était une tumeur ûbro-plaslique type avec des noyaux très-développés.