‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 192 sur 256 · RÉTRÉCISSEMENT DE L’ANUS ET DU RECTUM · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENT DE L’ANUS ET DU RECTUM

Les procédés opératoires, à l’aide desquels on peut combattre les rétrécissements de l’anus et du rectum, sont la dilatation, l’incision et l’écrasement linéaire. Nous passons sous silence la cautérisation, parce qu’elle nous paraît plus propre à produire la maladie ou à en exagérer l’intensité qu’à en amener la guérison. .

Dilatation. — Elle peut être instantanée ou progressive. Instantanée, elle se pratique par un procédé semblable à celui qui a été conseillé pour la fissure à l’anus.

Le malade étant assoupi au chloroforme, les deux doigts indicateurs se touchant parleur face dorsale sont introduits dans l’anus, puis subitement écartés de manière à distendre violemment la partie rétrécie.

Si le rétrécissement est situé trop haut pour que les doigts puissent l’atteindre, on peut tenter la dilatation à l’aide d’un spéculum dont on écarte brusquement les deux valves.

La dilatation progressive se fait au moyen de mèches dont on augmente chaque jour le volume, ou à l’aide de l’éponge préparée.

L’usage des corps dilatants exige quelques précautions. Il ne faut pas s’en servir quand les parties sont enflammées et douloureuses; il faut en suspendre l’application quand ils déterminent une irritation trop vive. Leurvolume d’abord peu considérable doit être progressivement augmenté, mais seulement lorsqu’on est bien sûr qu’ils sont parfaitement tolérés.

Si le rétrécissement était trop prononcé pour qu’une mèche même trèspetite pût le franchir sans violence et sans déchirure , il faudrait, à l’exemple de Dupuytren, porter le corps dilatant jusqu’au rétrécissement sans chercher à y pénétrer par la force. La présence de la mèche exciterait le lendemain ou les jours suivants un dégorgement qui élargirait la voie et livrerait passage au corps dilatant. — C’est le même procédé qu’on emploie pour franchir certains rétrécissements uréthraux.

Parmi les moyens que l’on doit employer dans le cas de rétrécissement de l’anus, il faut noter l’usage des sondes uréthrales à boutolivaire, quand le calibre de l’orifice est très-étroit, et l’emploi des suppositoires en caoutchouc armés également d’un petit prolongement about olivaire.

Ce qu’on doit redouter dans l’emploi de la dilatation, c’est de porter l’extrémité des instruments dont on en fait usage contre tel ou tel point du périmètre interne de l’anneau. Cela peut conduire à des déchirures, surtout quand le tissu de la partie rétrécie est friable. Il est donc nécessaire de prendre des instruments qui tombenlbien exactement dans l’axe de l’anneau rectal. Rien n’est mieux approprié à cette indication que l’emploi des

instruments armés d’un bout olivaire, soutenu par une tige un peu flexible.

Incision. Un est pas aussi lacile qu’on pourrait le croire d’inciser un organe aussi mobile que le rectum. Toutefois, lorsque l’ouverture est assez élargie pour admettre l’extrémité du doigt, on porle sur la face palmaire de l’indicateur gauche introduit dans le rectum un bistouri boutonné, et l’on maintient les lèvres de l’incision suffisamment écartées par une mèche de charpie dont le volume doit être égal à la capacité que présente le rectum à l’état normal, dans le point où siège le rétrécissement.

Ecrasement linéaire. — On peut appliquer cette méthode au traitement des rétrécissements du rectum suivant deux procédés, soit par la section simple, soit par la section double de l’anneau qui forme le rétrécissement.

Dans l’un comme dans l'autre cas, ou peut opérer d’emblée par le passage de la chaîne, ou bien par le passage préalable des tubes élastiques. C’est au moyen du trocart que l’on installe soit les tubes, soit la chaîne elle-même.

Pour la section simple, on fait pénétrer le trocart à 1 centimètre. 1 centimètre et demi de l’orifice anal ; on le dirige vers l’intestin en comprenant sur un point toute l’épaisseur de l’anneau induré. Deux doigts introduits dans le rectum reçoivent entre eux la pointe de l’instrument. Si l’anneau du rétrécissement n’a pas beaucoup de hauteur, on peut le ramener à travers l’orifice anal, après quoi on y engage soit le tube, soit la chaîne.

Si le rétrécissement remonte à une certaine hauteur, aussitôt qu’on a retiré le poinçon, on fait pénétrer à travers la canule une bougie élastique, qui, se reployant dans la cavité de l’intestin, peut être facilement saisie à travers l’anus et ramenée au dehors pendant qu’on relire la canule du trocart. On a de cette manière une ligature passée en anse et au moyen de laquelle on installe la chaîne ou le tube, en marchant toujours de la muqueuse vers la peau, et jamais de la peau vers la muqueuse.

Lorsqu’on veut employer le procédé de la double section, on se comporte exactement de la même manière que dans le premier temps de l’amputation du cancer du rectum par l’écrasement linéaire. (Voyez Traité de l’écrasement linéaire , p. 220.)

TITRE III

Page 1