TITRE VII. — POLYPES DP RECTUM
publiées par M. Bourgeois, d’É lampes; enfin, M. Guersani et nous-même avons fait connaître à la Société de chirurgie plusieurs faits de ce genre.
Les polypes du rectum se rencontrent beaucoup plus fréquemment chez l’enfant que chez l’adulte. Celte circonstance mérite d’être remarquée, car on n’aurait jamais supposé à priori qu’il en dût être ainsi. En effet, les hémorrhoïdes, la constipation, qui se rencontrent beaucoup plus souvent chez l’adulte et le vieillard que chez l’enfant, semblent prédisposer d’une manière particulière aux affections chirurgicales du rectum, les sujets qui atteignent des périodes avancées de la vie.
Mais si, d’autre part, on considère que chez l’enfant la muqueuse du rectum possède une laxité qui la dispose singulièrement au prolapsus, on trouvera peut-être qu’il existe une relation entre cette disposition anatomique et la plus grande fréquence des polypes du rectum dans les premiers âges de la vie. En tout cas, il est fort utile de recueillir avec soin les observations de polypes du rectum chez l’adulle, si l’on veut parvenir à posséder un jour une description complète de cette maladie.
Une distinction importanle, eu égard au siège de ces polypes, consiste à séparer ceux qui naissent au dessous du sphincter anal de ceux qui naissent au dessus. Ces derniers, habituellement renfermés à l’intérieur de l’ampoule rectale, viennent quelquefois apparaître à l’extérieur, pendant l’acle de la défécation, pour reprendre ensuite leur position habituelle. Il est facile de comprendre en quoi cette circonstance intéresse la question chirurgicale.
Quelquefois les polypes sus-sphinctériens remontent au dessus de l’anus, à une profondeur assez considérable pour ne pouvoir être atteints qu’au moyen d’appareils analogues à ceux qu’on emploie pour agir sur des organes difficilement accessibles. A ce sujet, on rapporte une observation de Desault dans laquelle le polype, du volume d’un oeuf, avait sa racine à 16 centimètres au dessus de l’anus. Desault en pratiqua la ligature au moyen des instruments qui servent à lier les polypes utérins. Le malade guérit.
Le plus habituellement les polypes du rectum sont petits, variant du volume d’un pois à celui d’un œuf de poule. Toutefois, Boyer en a vu un qui avait le volume des deux poings. Ils sont arrondis ou pyriformes, présentant la forme d’un champignon, souvent mutilobés et enduits à leur surface, de mucosités abondantes. Eu égard à leur aspect, on les a • omparés tantôt à une cerise, tantôt à une fraise. Du reste, ils offrent quelques variétés dans la nature du tissu qui les constitue. Us sont tantôt fermes, rouges et grenus; tantôt muqueux, d’autres fois fongueux, quelquefois mous et variqueux, dans certains cas, même, composés d’un tissu érectile. La forme muqueuse est surtout celle qu’on observe dans le premier âge.
Les différences signalées dans leur texture anatomique rendent compte jusqu’à un certain point de leur tendance variable aux hémorrhagies.
Nous ne savons trop par suite de quel mécanisme ont pu se trouver au centre de ces polypes, certains corps étrangers qui y étaient comme enkystés. On sait seulement que quelques-uns de ces polypes sont creusés d’une cavité à l’intérieur, et M. Gerdy a rapporté un cas dans lequel un polype de ce genre contenait des matières fécales desséchées et de petits calculs.
Les symptômes auxquels donnent lieu les polypes du rectum sont les suivants : état de gêne permanent chez quelques sujets, apparaissant seulement au moment de la défécation chez plusieurs autres. Quelquefois ce n’est plus seulement un sentiment de gêne, ce sont des douleurs vives, des hémorrhagies, et chez certains sujets, un suintement habituel.
Les divers moyens qui ont été proposés pour faciliter l’exploration de la tumeur et en déterminer la nature ont pour but commun de faire saillir le polype au dehors.
S’il n’est pas trop haut placé, on peut en provoquer la sortie en prescrivant au malade de pousser comme pour aller à la garde-robe. Si l’on a affaire à un enfant, l’injection préalable d’un liquide ou d’un lavement purgatif favoriserait les efforts d’expulsion. Dans le cas où ces moyens ne réussiraient pas, le doigt introduit dans le rectum pourrait, encontournant le pédicule de la tumeur, amener celle-ci au dehors.
Quand le polype est situé à une certaine hauteur» et ne fait point saillie à la marge de l’anus, il peut donner lieu à des erreurs de plus d’un genre, jusqu’à ce que le toucher soit pratiqué. Chez une jeune fille citée par M. Stoltz, on crut à une éruption prématurée des règles.
On pourrait éprouver quelque difficulté à distinguer à plusieurs pouces dans le recLum, un polype d’une tumeur squirrheuse, ou même, suivant Boyer, d’une invagination du côlon dans le rectum.
La tumeur est-elle visible à l’extérieur? elle peut être confondue avec une chute de l’intestin, ainsi que cela est arrivé quelquefois; mais nous pensons qu’avec un peu d’attention un chirurgien exercé saura facilement éviter cette méprise.
Les tumeurs pédiculées du rectum présentent une particularité qui intéresse le chirurgien presque également au point de vue du diagnostic et à celui du traitement. Il s’agit de la facilité avec laquelle ces tumeurs rentrent à l’intérieur de l’intestin, de manière à rendre difficile leur exploration et l’action des instruments destinés à leur extirpation. La mobilité de ces tumeurs est donc un obstacle à leur étude aussi bien qu’à leur traitement. Voici de quelle manière j’ai cherché à résoudre cette double difficulté. Afin de ramener au dehors, et en tout cas de donner une situation fixe à des tumeurs si mobiles, je fais usage d’un pessaire Gariel d’un volume assez considérable, mais qu’on introduit facilement lorsqu il est vide et replié sur lui-même. Une fois mis en place dans la cavité de