TITRE I. — MALADIES DE LA VESSIE
savoir, que par une contraction volontaire le malade pouvait lancei deux jets d’urine à la distance d’un pied.
Cela m’a conduit à tenter d’utiliser cette faculté qu’ont les uretères de retenir une petite quantité d’urine et à dilater les renflements qui se trouvaient à l’extrémité de chacun de ces conduits. Dans ce but j’y plaçai des sondes de manière à obturer l’orifice vésical des uretères. Mais bientôt le malade éprouva tous les symptômes de la rétention d'urine, et l’on dut renoncer à ce moyen.
Voici d’ailleurs l’observation :
Obs. — Le 5 avril 1842, est entré à l’hôpital Cochin, salle Sainte-Marthe, n° 5, le nommé Alexandre Michel, 24 ans, mécanicien, jouissant d’une constitution robuste et d’une santé satisfaisante, malgré l’infirmité dont il est atteint.
On reconnaît à l’examen qu’il existe immédiatement au dessus du pubis une tumeur large, malcirconscrite, inégale, bosselée à sasurface qui est rouge, molle, sensible, et présente tous les caractères d’une membrane muqueuse. 11 s'agit en effet de la muqueuse vésicale qui fait saillie à l’extérieur.
Parmi les trois bosselures qu’offre cette tumeur, on en remarque deux surtout placées aux extrémités du diamètre transverse de la tumeur. Sur la partie interne de ces deux bosselures ori voit arriver de temps en temps un petit flot d’urine qui nous indique la présence des uretères.
La verge, représentée par une espèce de moignon au bout duquel on aperçoit une portion de gland, est appliquée contre la symphyse.
Au bas de la tumeur, derrière le bord relevé du gland, on distingue un petit tubercule qui représente le verumontanum, et le malade nous assure que lors de l’éjaculation, le sperme sort de chaque côté de ce petit tubercule.
Les testicules, les canaux éjaculaleurs paraissent tout à fait dans leur état normal.
Les premiers jours qui suivirent l’entrée du malade à l’hôpital, on introduisit dans les uretères de longues bougies que l’on pouvait pousser jusque dans les bassinets. Ce mode de traitement avait pour but de dilater les uretères et de former ainsi deux réservoirs capables de contenir pendant quelque temps les urines et de remédier par là à l’incommodité affreuse pour cet homme d’être sans cesse inondé d’urine ; mais la présence de ces bougies dans le canal causa de telles douleurs au malade qu’on fut obligé d’y renoncer.
Le 18 avril, le malade sort de l’hôpital.
Corps étrangers dans la vessie.
Au point de vue de la médecine opératoire, les corps étrangers dans la vessie doivent être distingués en trois catégories : 1° ceux qui se compliquent d’une plaie extérieure par laquelle les instruments peuvent pénétrer- 2° ceux qui peuvent être extraits par l'urètre ; 3° ceux qui nécessitent \' élargissement du canal ou l’ouverture d’une voie artificielle.
1° Lorsqu’il existe une plaie extérieure, on doit autant que possible tenter 1 extraction du corps étranger par cette voie. Malheureusement il arrive
trop souvent que l’ouverture accidentelle est insuffisante ou tellement sinueuse que le corps étranger ne peut s’y engager. Deux partis se présentent alors au chirurgien, ou bien débrider la plaie extérieure, ou bien aller par l’urètre à la recherche du corps étranger. Larrey conseillait l’élargissement de la plaie ; mais on préfère aujourd’hui, quand cela est possible, l’extraction par l’urètre, à l’aide des instruments imaginés dans ce but. Les instruments lithotri pteurs ont rendu souvent des services en pareil cas. Quelquefois on est obligé d’en venir à l’opération delà taille.
2° Extraction des coi'ps étrangers par l’urètre. — Une précaution importante avant de procéder à cette extraction, consiste à dilater le canal de l’urètre. Chez l’homme cette conduite est motivée par l’existence possible d’un rétrécissement ; chez la femme on obtient parlé, une dilatalion quelquefois telle que le doigt indicateur a pu être introduit jusque dans la vessie.
Les injections constituent une préparation très-utile, soit pour empêcher le frottement des instruments contre les parois du réservoir urinaire, soit pour mobiliser le corps étranger. Les injections mucilagineuses ou huileuses présentent à cet égard des avantages que nous avons été à même d’apprécier.
Parmi les instruments qui peuvent servir à l’extraction des corps étrangers contenus dans la vessie, je dois mentionner une pince coudée à mors plats, s’articulant comme le brise-pierre de M. Heu rteloup. J’ai pu à l’aide de cet instrument extraire un fragment de sonde, de la vessie d’un vieillard. Voici du reste l’observation.
Obs. — Gentel (loscph), 85ans, écrivain public, entre àThôpital Saint-Antoine le 26 décembre 1852. Cet homme est atteint d’une hypertrophie de la prostate qui ne lui permet d’uriner qu’à l’aide d’une sonde qu’il s’introduit lui-même chaque jour, depuis quarante ans. Il raconte que la veille, s’étant sondé comme de coutume, mais ayant employé une sonde élastique détériorée et rendue friable par un long usage, il n’en avait retiré qu’une partie, un fragment considérable étant resté dans la vessie.
Après avoir constaté par le cathétérisme l'existence du corps étranger et fait une injection huileuse, j’introduis dans la vessie, une sonde articulée à mors plats. Dès la première tentative le fragment de sonde est saisi et extrait sans peine ; sa longueur était de 12 centimètres; sa fragilité extrême; par un hasard inespéré son extrémité était saisie si exactement par la pince qu’elle faisait corps avec elle et que le fragment de sonde faisait suite à l’instrument, sans qu’au point de jonction il y eût la moindre saillie ni d'un côté ni de l’autre. Aussi l’extraction se fit-elle sans la moindre douleur. Dès le lendemain, le malade quittait l’hôpital.
Un autre instrument dont l’invention est due à Ferry, et qui est connu sous le nom de pince de Hunier, consiste en une tige d’acier divisée à son extrémité en deux, trois uu quatre branches et renfermée dans une canule.