‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 207 sur 256 · TITRE VII. — POLYPES DU RECTUM · texte numérisé non relu

TITRE VII. — POLYPES DU RECTUM

la .'elle que tous les trois ou quatre jours, et à l’aide de lavements ou de purgatifs. Elle a remarqué que les matières qu’elle rendait étaient aplaties et comme passées au laminoir. Elles ont toujours présenté une assez grande consistance.

Il est survenu un état anémique prononcé.

Un médecin consulté par cette femme a cru avoir affaire à une tumeur hémori hoïdalc.

Voici ce que je constatai :

Un doigt introduit dans le rectum reconnaissait une tumeur mobile et la contournait en tous sens.

En engageant la malade à faire un effort, on voyait sortir cette tumeur, qui n’était retenue que par un pédicule peu volumineux, ayant environ 2 centitimètres de long. La surface du polype était rugueuse, rouge et saignante; sa consistance était molle.

Le volume de la tumeur était celui d’un petit œuf de poule. Le pédicule s'insérait à la paroi postérieure du rectum, à une hauteur de 3 centimètres environ.

Une seule indication se présentait : enlever ce polype, et c’est ce que je fis. Pour me mettre à l’abri de l’hémorrhagie, je me servis de l’écraseur linéaire. L’opération n’offrit aucune difficulté, et il s’écoula à peine deux ou trois gouttes de sang.

Aujourd’hui, 28 septembre, la guérison est complète. La défécation est lacile; il ne s’écoule plus de sang. L'état général s’est même déjà beaucoup amélioré.

Voici le résultat de l’examen anatomique de la tumeur, fait parM. Verncuil :

La tumeur se compose de deux lobes à peu près égaux. Des scissures pim ou moins profondes séparent les unes des autres ces parties de la tumeur, qui, à l’extérieur, offre, moins la dureté, l’apparence de certains condylomes ou choux-fleurs. La masse morbide est du reste assez molle, friable, très-vasculaire. Sa surface est mammelonnée, et laisse distinguera l’œil nu des saillies arrondies, hémisphériques, papilliformes, d un tiers de millimètre à un millimètre et plus de diamètre.

Une coupe perpendiculaire offre l’aspect d’un pédicule central rameux, dont les branches divergentes naissent l’une de l’autre à angle aigu, se terminant par un bouquet de granulations sessiles.On ne saurait mieux comparer la figure de cette coupe qu’à celle qu’offre une section pratiquée dans le cervelet, parallèlement à l’axe des pédoncules moyens. En effet, la partie centrale de la tumeur est de nature cellulo-fibreuse, pâle et blanchâtre ; tandis que les granulations, riches en rameaux capillaires, sont assez fortement colorées.

Déjà l’œil nu révélait ici les caractères évidents d’une tumeur papillaire. C’est ce que l’examen microscopique a complètement vérifié. Les granulations visibles a la surface, et qui constituent la plus grande partie de la production morbide, ne sont autres que des papilles ou des groupes de papilles munies d un réseau capillaire très-riche, dont toutes les anses regardent la surface libie de la tumeur par leur convexité.

, Le raclage, exercé à la surface de la tumeur ou de la coupe, fournit un suc épais, formé de débris entièrement composés d’épithélium cylindrique, tout à

fait semblable à celui qui se trouve normalement dans le rectum. Les cellules sont très-prédominantes. 11 existe pourtant un assez bon nombre de noyaux libres.

Çà et là on retrouve quelques vestiges de glandules rectales, entourées de tissu cellulaire, et non hypertrophiées.

En résumé, il s'agit d’un épilhélioma papillaire en forme de polype. Les cellules n’ont pas de ressemblance avec les éléments dits cancéreux. Elles ont leur forme cylindrique, leur petit noyau est ovale, granuleux; point de grands nucléoles brillants.

CONCLUSIONS

1° Une distinction importante au point de vue du traitement chirurgical des polypes du rectum, c’est celle qui consiste à séparer ceux qui naissent au dessous du sphincter anal de ceux qui naissent au dessus.

2° La cautérisation employée comme méthode de traitement des polypes du rectum, doit être complètement abandonnée à cause des difficultés de son application et des dangers qu’elle entraîne.

3° La ligature appliquée au traitement des polypes du rectum doit être rejetée comme ayant donné lieu plusieurs fois à des accidents graves et comme ayant causé la mort dans certains cas.

4° La méthode de l’excision appliquée au traitement des polypes du rectum expose au double danger de l’hémorrhagie et de la blessure de certains organes importants de la cavité pelvienne.

5° Pour appliquer l’écrasement linéaire au traitement des polypes du rectum, il faut avant tout pédiculiser la tumeur et, dans le cas où le polype est profondément situé, on doit recourir à l’emploi du spéculum bivalve et fixer la tumeur avec une longue pince à griffe.

SECTION XI

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