CHAPITRE L — DE LA TÉNOTOMIE EN GÉNÉRAL
bâillent tout naturellement la petite plaie, de telle manière que le lénotome y pénètre sans le moindre tâtonnement.
Section du tendon. — Toutes les fois qu’il n’y a pas d’impossibilités d execution, et je signalerai celles qui peuvent se présenter, je fais toujours la section tendineuse de la profondeur vers la surface, après avoir glisséle ténotome à plat au dessous du tendon, entre celui-ci et les parties profondes.
Je trouve l’avantage de n’agir par section véritable qu’après avoir pourvu à la sûreté des parties délicates de l’opération, je place ainsi le temps difficile avant le temps facile, et je veux que le chirurgien soit débarrassé de toute préoccupation, au moment de l’action définitive. Or quel est le temps délicat en ce genre d’opération? 11’est-ce pas celui qui consiste à isoler, à mettre en dehors de l’action instrumentale ceux des vaisseaux et des nerfs qui, voisins du tendon, pourraient être divisés en même temps que lui ? Eh bien, je trouve qu’il y a infiniment moins de chances de blesser ces organes en cherchant préalablement et avant toute action décisive à les isoler, qu’en coupant d’abord le tendon, quitte à ne pas outre-passer dans la section de celui-ci la limite même de sa substance.
S’il y a une échappée, il est moins dangereux d’ouvrir la peau qui cède toujours un peu que d’ouvrir une artère, et si les deux dangers ne peuvent pas être évités l’un plus que l’autre, je redoute moins celui qui consisterait dans une petite ouverture involontaire de la peau, d’autant mieux que le doigt éclaire positivement sur l’imminence de la section de la peau, ce qu’il ne peut pas faire pour la section des parties placées au dessous du tendon.
La section s’opère par un mouvement de va-et-vient avec sensation de craquement, et quand avec le doigt indicateur gauche qui explore à travers la peau à l'encontre du tranchant du ténotome, on s’aperçoit qu’il n’y a plus à diviser qu’une faible épaisseur du tendon déjà en grande partie coupé, on redouble de précaution pour ne pas faire une échappée et pour ne pas ouvrir la peau.
A peine la section complète est-elle opérée, qu’on voit le tégument se déprimer et s’affaisser comme par l’effet d’une crevasse profonde dans le point où la section du tendon a été opérée.
Que deviennent les artères que l'on coupe dans la ténotomie ? — Il y a dans les ténotomies assez nombreuses que j’ai pratiquées unfait qui m’a beaucoup frappé et qui n’a pas été relevé avec tout le soin qu’il mérite, je veux parler de l’immunité hémorrhagique ou anévrysmale dont jouissent les artères de troisième et de quatrième ordre qui sont fréquemment intéressées par le ténotome.
Il ne faut pas se faire d’illusions. Malgré tout le talent des chirurgiens qui pratiquent la ténotomie, malgré tous les soins qu’ils prennent pour éviter de couper des artères en même temps que des tendons, si nous accordons qu’ils évitent les troncs artériels principaux, ce serait une étrange
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erreur que de penser qu’ils ne coupent pas beaucoup d’artères de troisième et de quatrième ordre. Eh bien, nous le déclarons, nous avons vu quelquefois jaillir de la piqûre un sang vermeil et rutilant, non pas il est vrai par saccades, la lorme de la plaie s’y oppose, mais un sang artériel sans aucun doute. Or, nous n’avons jamais observé d' anévrysme faux primitif ', jamais d épanchement sanguin considérable à la suite de ces blessures qui pour nous étaient artérielles.
A quoi tient cette immunité singulière des sections artérielles sous-cutanées ^ Gela tient-il à ce que les deux bouts du vaisseau coupé reprenant, presque aussitôt après la section, leur position première, il y aurait réinoseulation des deux tronçons entre eux? Cela, quoique difficile à admettre, n’est pas absolument improbable. Ou bien chaque tronçon se ferme-t-il en se rétractant dans les chairs? la chose n’est pas impossible.
Une raison d’analogie, quoique l’analogie ne soit pas parfaite, se déduit de ce qui arrive à la suite de la saignée des veines, opération qui permet aux deux portions séparées par la plaie, de se réinosculer et de maintenir la circulation.