‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 38 sur 256 · SECT. VIE — OPÉR. SUR LES TISSUS APONÉVROTIQUE, ETC · texte numérisé non relu

SECT. VIE — OPÉR. SUR LES TISSUS APONÉVROTIQUE, ETC

manière vicieuse, ou bien il entraîne par sa configuration, par son siège, par sa tendance rétractile, des conséquences fâcheuses. Il nuitau libre accomplissement de certaines fonctions. On est dans la nécessité de le détruire; témoin les brides qui se forment à la suite des brûlures de la paume de la main.

3° Enfin dans certains cas, il ne s’agit ni de provoquer la formation du tissu cicatriciel ni de le détruire, mais tout simplement d’en diriger la formation et de 1 approprier aux destinations physiologiques des organes sur lesquels il s’est développé.

Pour agir dans ces diverses circonstances avec une utilité réelle, il est indispensable de se faire des idées bien nettes sur les qualités anatomiques et physiologiques de cette substance, qui forme l’élément nécessaire de toute cicatrisation. Il faut savoir, par exemple, que ce tissu, dans les pre- | miers temps de sa formation, et quoique paraissant dur, ferme, résistant, se déchire avec une facilité extrême quand on veut le soumettre à une j extension brusque ; et cette circonstance donne lieu à des mécomptes de pratique dont il importe d’être averti.

Quel est par exemple le raisonnement du chirurgien qui vient de voir se former sous ses yeux, et sans qu’il ait cru pouvoir intervenir à cause de l’état aigu, une bride dont la présence entraîne des déviations fâcheuses ? ; Il dira : plus la formation du tissu est récente, plus il faut se hâter d’agir et i d’obtenir d'emblée le rétablissement de la direction et de la conformation i des parties. Elles n’ont point encore subi dans l’ensemble de leurs condi- i tions anatomiques, ces changements qui tendent à perpétuer les difformités. 1 De plus, ce tissu cicatriciel nouveau n’a pas encore eu le temps de prendre une consistance qui lui permette de l'ésister aux moyens employés pour j l’étendre. En un mot, d’après le sens de ce précepte principiis obsta, il tombe dans la raison commune, qu’on ne peut pas trop se hâter de combattre les vices de direction et de conformation qui succèdent parfois à 1 l’établissement du travail inodulaire.

Si, partant de ces données, on se met en devoir de rendre le plus i promptement possible et en une fois, la conformation naturelle aux parties : qui l’ont perdue, qu arrive-t-il ? c’est que le tissu inodulaire se déchire, qu’il se déchire avec tout son entourage et que cette déchirure peut donner lieu aux accidents les plus fâcheux.

Parmi un certain nombre de cas où il nous a été donné d’observer es résultats de l’extension instantanée dans des tissus cicatriciels récents, il en est deux dont nous avons particulièrement gardé le souvenir.

Dans l’un, il s’agissait d’une bride formée longitudinalement dans le creux poplité, à la suite d’une gangrène de la peau du jarret due à un phlegmon diffus.

Un aide ayant placé le talon du membre malade sur son épaule, pendant qu’avec les deux mains croisées sur la rotule, il déterminait l’extension forcée du genou, la bride inodulaire se déchira et nous ne dûmes qu’à des •

circonstances exceptionnelles l’absence de toute suite fâcheuse après une semblable lésion.

Chez ce même malade, après la cicatrisation du tissu qui venait d’être déchiré, on obtint plus tard, par une extension lente et graduelle au moyen île» machines, l’allongement de cette corde et le retour des mouvements normaux du membre. (Yoy. Traité delà suppuration , 1. 1, p. 289).

Chez une femme qui avait reçu à la main gauche un coup de feu avec large plaie, il se forma à la partie interne et un peu antérieure de la main une bride cicatricielle remontant jusque vers l’avant-bras.

Averti que nous étions de la possibilité d’une déchirure, nous n’employâmes qu’avec beaucoup de ménagement les efforts nécessaires pour redresser la main, et pourtant à peine la tentative avait-elle commencé qu’on vit le tissu modulaire se rompre transversalement. On n’alla pas plus loin. Alors on eut recours à des moyens d’extension gradués avec beaucoup de ménagement, et on finit, en procédant ainsi d’une manière lente, par obtenir le redressement complet de la main.

Le tissu modulaire est donc très-friable dans les périodes initiales de sa formation. Use déchire si l’on veut l’étendre brusquement. Il s’accommode au contraire très-bien d’une extension lente et graduelle, et conserve alors l’étendue nécessaire. (Yoy. Mémoire de M. de Trastour, obs. d’une malade atteinte de treize coups de hache sur la tête. Arch. gén. de médecine.)

On aurait tort de croire que, parce qu’on a maintenu le membre dans une attitude favorable pendant le travail de cicatrisation, le tissu modulaire ne se raccourcira pas. Chez le premier malade dont nous avons parlé, on avait eu soin de maintenir le membre 'inférieur dans l’allongement le plus complet au moyen d’une gouttière. Il était donc permis de penser qu’en obligeant le tissu cicatriciel a se former dans cette attitude du membre, il n y aurait pas de rétraction ultérieure. Mais l’événement est venu prouver le contraire et nous a démontré qu’il ne suffit pas d’avoir dirigé le travail de cicatrisation dans l’attitude la plus convenable, pour être certain qu’il n’y aura pas de rétraction ultérieure.

SECTION VIII

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