TITRE III. — HYDROCÉPHALIE CHRONIQUE
Obs. — Cas d’hydrocéphalie traitée avec succès parla ponction, par James Vose, M. D. [Médico-chirurgical Transactions. Médico-chirurgical Review, t. IL p.57. 1820.) — Le malade était un enfant de sept semaines, dont la tête avait pris, par suite de l’accumulation de sérosité, un volume égal à deux ou trois fois sa grosseur naturelle. A la naissance, l’ossification était peu avancée ; peu de temps après, la mère s’aperçut que la tête grossissait, ce qui continua progressivement. La voûte du crâne était devenue tellement transparente, que lorsqu’on la plaçait entre les yeux et une lumière, on pouvait presque la comparer à une lanterne de papier. La première fois qu’on examina l’enfant, il ne présentait aucun des symptômes qui indiquent une altération sérieuse de la santé générale, sauf toutefois un léger dérangement d’entrailles et des convulsions passagères. On tira trois onces et cinq drachmes de fluide limpide par la ponction, avec une aiguille à cataracte ordinaire, et l’ouverture fut fermée au moyen d'un emplâtre adhésif soutenu par un bourrelet. Une égale quantité environ s’écoula de l’orifice après l’opération, et l’enfant s’affaissa tellement, qu’il donna les plus vives alarmes. Cependant une amélioration se manifesta, et la sérosité s’étant accumulée de nouveau, l’opération fut réitérée, cette fois en se servant d'un bistouri courbe et aigu : cinq onces de liquide furent tirées sans qu’il survînt aucun fâcheux accident. Cette opération fut répétée deux ou trois fois ensuite, et la guérison fut obtenue. Après cela, l’ossification marcha avec rapidité; l’enfant prit de la vigueur ; les apparences de santé devinrent tout à fait satisfaisantes, et les convulsions cessèrent complètement.
L’observation suivante, bien autrement détaillée et précise, a d’autant plus d’importance qu’elle émane d’un chirurgien des plus estimés pour son savoir et pour la gravité de son caractère ( Græfe père). C’est à notre connaissance, le meilleur fait à invoquer par les partisans de la ponction.
Il est consigné dans le Journal de chirurgie de Græfe et Walter an née 1831, t. III.
Obs. — Un garçon, qui, lors de sa naissance, avait déjà présenté un trop grand développement de la tête, mais qui avait été bien portant du reste, fut, à l’âge de quatre mois, apporté à la clinique de l’université de Berlin. La tête portait l’empreinte qui caractérise l’hydrocéphalie chronique; elle avait, dans sa plus grande circonférence, 49 centimètres; partout on y sentait de la fluctuation, surtout aux fontanelles antérieure et postérieure ; lorsqu’on pressait l’une de ces fontanelles, 1 autre faisait une saillie dure et translucide.
Aucun des moyens employés n’ayant eu le moindre effet salutaire, M. Græfe i résolut de pratiquer la ponction. 11 fit comprimer la grande fontanelle afin de ' tendre la petite; puis il enfonça une aiguille à cataracte un peu large, d’abord 'erticalement dans la fontanelle près du bord osseux, puis il donna à l’instrui ment une direction oblique et le fit pénétrer à un tiers de pouce; le liquide un peu visqueux ne sortant que goutte à goutte, l’opérateur retira l’aiguille à cataracte et introduisit de la même manière un trois-quarts courbe très-fin • aussitôt que la canule lut ouverte, il s’écoula, par un jet très-vif, un liquide transparent îun jaunâtre. Au bout d’une demi-minute on ferma la canule pour ne la rouvrir
que quelques minutes après, ce qu’on répéta plusieurs fois pendant qu'on comprimait doucement le crâne avec les mains appliquées des deux côtés. Lorsque 48 grammes de liquide se furent écoulés, les yeux de l’enfant devinrent tout à coup ternes, la pupille plus petite, la figure pâle et changée, les battements du cœur et le pouls faibles. On retira aussitôt la canule, on ferma la plaie et on comprima la tête par des bandelettes agglutinativcs.
Les mêmes accidents se reproduisirent après chacune des ponctions subséquentes qu’on n’entreprenait cependant que lorsque l'enfant s’était complètement rétabli, ordinairement du dixième au quatorzième jour, Les premières fois on n’évacua que 48 grammes de liquide, plus tard on alla jusqu'à 71 grammes. Entre les premières ponctions on donna au malade, matin et soir, le calomel et la digitale pourprée : ce mélange ayant provoqué des envies de vomir, on lui substitua le calomel avec de la magnésie, et on lava plusieurs fois par jour le crâne avec du vinaigre scillitique tiède, étcndud’eau. Après chaque ponction les diamètres de la tête étaient diminués. Peu à peu les dimensions du crâne se mirent en proportion avec celles de la face et du corps en général, la fluctuation et la mobilité des os diminuèrent; les sutures se remplirent et l’état général s’améliora. On avait répété la ponction onze fois aux époques suivantes de l’année 1829 : 8, 13, 23 janvier, 19 février, 3, 19 mars, 19, 27 avril, 3,7 mai, 23 juin. Le liquide évacué était plus épais et plus coagulable vers la fin. Après la dernière ponction la fluctuation ne se reproduisit pas; la petite fontanelle et toutes les sutures étaient fermées, la grande fontanelle restait seule un peu ouverte. L’enfant se développa assez régulièrement : après la troisième ponction il avait déjà eu meilleure mine, et, après la neuvième, il avait commencé à articuler quelques mots et à marcher ; à l’âge de dix mois il marcha seul et parlait assez distinctement. Le 26 novembre 1830, l’enfant, âgé de deux ans et demi, vif et bien portant, fut présenté à la Société de médecine de Berlin.
Si on se décidait à pratiquer la ponction, on devrait toujours la faire avec un petit trocart. Il n’y aurait d’autre précaution à prendre que d’éviter avec soin, le trajet des sinus veineux. En supposant qu’on ne voulût pas évacuer tout à coup la totalité du liquide, il vaudrait mieux placer une anse à drainage que de laisser une canule dans la plaie, comme l’a proposé Lecat.
L’observation suivante, dans laquelle on voit qu’une cause purement . accidentelle a déterminé l’ouverture de la collection séreuse, ouverture qui a été suivie de guérison, est encore un de ces faits qui doivent figurer parmi ceux que l’on peut invoquer en faveur de la ponction.
Obs. — Hydrocéphalie chronique guérie à la suite d'une fracture du crâne. — Un enfant de 5 ans offrait tous les signes d’une hydrocéphalie chronique commençante. Le volume de la tête n’était pas en rapport avec celui du corps; la face était petite et grippée; le crâne, au contraire, fort développé, faisait une saillie considérable en avant, dans les régions frontale et temporale. L’état général était assez bon, lorsque l’enfant fut violemment frappé et renversé par une ruade de vache.
Le docteur Ilofling fut appelé. Il constata une fracture assez étendue du frontal ; les fragments offraient un écartement de quelques lignes; la plaie des tégu-