‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 5 sur 256 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Luxations de la mâchoire inférieure.

De nombreuses méthodes et des procédés plus nombreux encore qui se rattachent à chacune de ces méthodes, ont été proposés pour la réduction des luxations de la mâchoire inférieure. Il nous paraît inutile d’en faire l’énumération.

En effet de deux choses l’une. Ou bien la luxation est du nombre de celles qui se réduisent presque d’elles-mêmes, et l’on sait que cela a souvent lieu pour la mâchoire inférieure, ou bien elle présente une grande résistance, et dans ce cas le chloroforme fait promptement justice de l’action des muscles.

Le malade étant placé dans la position horizontale et amené à l’état de tolérance anesthésique, le chirurgien, placé derrière la tête du malade, introduit ses pouces par leur face palmaire sur les dernières dents molaires inférieures, et embrassant de ses autres doigts la mâchoire jusqu’au menton, exécute avec les pouces, une forte pesée. — Le condyle une fois abaissé, on imprime au maxillaire un mouvement de propulsion en arrière, et aussitôt la luxation est réduite.

Si la luxation est unilatérale, le pouce n’est introduit et la compression n’est exercée que d’un seul côté. Puis le condyle abaissé est porté en arrière et en dehors.

Luxations des vertèbres.

Boyer, sans nier précisément les luxations des vertèbres, paraît ne pas croire à leur possibilité. Il établit que, dans tous les cas, il y a fracture des lames postérieures des vertèbres ; que, dans plusieurs circonstances, on a eu affaire à des fractures concomitantes ; et de plus, que, dans le cas où le corps des vertèbres a subi un déplacement quelconque, la déchirure du libro-cartilage s’est constamment accompagnée de la séparation d’un fragment de la substance osseuse. Delpech regarde comme démontré par l’observation, que le corps des vertèbres ne peut être luxé.

Le fait suivant, qui s’est présenté à l’hôpital Saint-Barthélemy, dans le service de M. Lawrence et un autre fait dont j’ai rendu les élèves de mon service témoins à Lariboisière en 1860, prouvent qu’une luxation complète des apophyses articulaires et du corps de la vertèbre, peut avoir lieu dans la région cervicale, sans être accompagnée d’aucune fracture.

Obs. — Charles Batelier, 22 ans, fut apporté à Saint-Barthélemy, le 8 janvier. Au moment où il portait un baril très-lourd sur la partie postérieure de la

CHÀP. If. — THÉRAPEUTIQUE DES LUXATIONS EN PARTICULIER. 51

tôle et du cou, il glissa en descendant les degrés d’un escalier, et tomba sur les fesses, le fardeau restant toujours sur la tête et le cou. Butcher fut, à l’instant meme, pii\é de sensibilité dans le tronc et dans les membres, et de tout mouvement volontaire dans les mêmes parties. Ce fut dans cet état qu’on l’apporta a l’hôpital ; les fonctions du cerveau n’annonçaient aucun trouble; le diapln agme semblait seul servir a la respiration. Le pénis était dans un état d’érecüon permanente. ( Saignée de 10 onces; calomel et jalap ; cathétérisme.)

9 janvier, assoupissement, pendant la nuit; douleur à la partie inférieure, du cou; légers mouvements volontaires des bras.

Le 10, au matin, amélioration ; il y 'a eu du sommeil ; sensations de fourmil-* lement dans les mains; retour de la sensibilité à la partie supérieure des bras et des cuisses; selles involontaires; sensation de distension de la vessie; évacuation par le cathétérisme de 8 onces d’une urine fortement colorée.

Le 11, aggravation des symptômes le matin; la respiration devient difficile, et la parole exige de grands efforts; selles involontaires; cathétérisme. Le soi/, respiration de plus en plus laborieuse; le faciès exprime une profonde anxiété ; pouls faible et déprimé; refroidissement général. La respiration devenant de plus en plus embarrassée, le malade expire à une heure du malin.

Autopsie. - A l’extérieur aucun déplacement ni aucune irrégularité appréciables. Après avoir divisé les muscles spinaux postérieurs, on aperçut les surlaces cartilagineuses des apophyses articulaires supérieures de la cinquième vertébré cervicale. Elles étaient à découvert par suite de la luxation complète en avant, des apophyses articulaires inférieures de la quatrième vertèbre cervicale qui étaient maintenues fixes dans leur position anormale. Les ligaments jaunes e aient rompus et le sommet bifurqué de la quatrième apophyse épineuse était etroitement appliqué contre la base de la cinquième. Au-devant de la colonne vertébrale, existait une saillie anormale ; cependant le ligament vertébral anterieur n était pas rompu. Le corps de la quatrième vertèbre était complètement séparé de celui de la cinquième; le fibro-carlilage était rompu et le corps de la quatrième vertebre débordait en avant, de toute son épaisseur, le corps de

!nTremieVPar-SUlte de ce déplacement, le diamètre antéro-postérieur du conduit îachidien était considérablement diminué.

Il est évident que, dans ce cas, la tête et les quatre premières vertèbres furent chassées en avant, tandis que la chute sur les fesses refoula violemment la partie inférieure de la colonne vertébrale dans un sens opposé.

<omme il n existait aucun autre désordre que la compression de la moelle ce fait a fourni l’occasion d’observer que dans cette compression la mort survient par suite de la paralysie d’une partie considérable de 1 appareil musculaire affecté à la respiration. En effet, les muscles intercostaux et abdominaux et presque tous ceux des muscles de la poitrine qui peinent concourir aux mouvements de la respiration étaient paralysés Le diaphragme seul continuait à agir, la compression de la moelle existant • ,< s,s,0"s e orlg'no du nerl phrénique, celui-ci avait pu d’abordsubve-

J ai ob3étî"h’,-m?‘l rP,ÜSt ‘ard Sn" aCli°n Mt devenue “suffisante.

* hôpital Lariboisière un cas de luxation complète en avant

de la quatrième vertèbre cervicale sur la cinquième. Malgré le déboîtement complet du corps et des apophyses articulaires , il n'existait aucun vestige de fracture concomitante.

L’accident avait eu lieu par la simple chute du blessé du haut de son lit

sur le plancher.

La mort eut lieu au bout de vingt-sept heures. On trouva à l’autopsie, la moelle cervicale littéralement étranglée à la hauteur de la quatrième vertèbre cervicale. Je possède cette pièce dans ma collection.

Nous croyons qu’il ne sera pas sans utilité pour le lecteur de placer sous ses yeux une notice bibliographique extraite en partie de 1 ’ Arthrocacologie de Rust, et qui nous paraît propre à faciliter les recherches sur cette question :

Boyer, Traité des maladies chirurgicales , t. III.

Bertrand, Lehre von den Knochenkrankheiten , Dresden und Leipzig, 1792, p. 177. Heister, Institut, chirurg., lib. III, cap. v,

Duverney, Traité des maladies des os , t. Il,

Riediger, Schmucker' s vermisclite Schriften, B. 1, p. 322.

Sœmmering, vom Bruch und der ferrenkung des Rückgraths.

Murray, De spinadorsi luxât.

Horn, in Mursinna’s Journal fur die Chirurgie , B. i st., p. 78, 80, 85. Ephem. nat. cur.: Dec. i. Ann. 4 et 5, Observ. 77. — Cent. sept. Obs. 8i . C uenotte, Dissert, sistens casum subluxativnis vertebrœ dorsi. etc.; Argentor., 1761.

Collomb, Medicin-Chirurg. Werke , Obs. 49.

Saviard, Observations.

Bonet, Anat.pract ., t. III, lib. v, pars 4, cap. iii.

Hildanus, Observât, cent. V, p. 458.

Van-Swieten, Comment ., 1. 1, 253, t. II, 704.

Scharschmidt. Wochentliche Nachrichten, t. VII, p. 339.

Mursinna, Journal für die Chirurgie , Berlin, 1803, Bandes 2, Stiick 1, Beobacht. § 149.

Acta Soc. mcd. Hafn ., t. II.

Petit, Traité des maladies des os. 1. 1, p. 04-109.

Fig. 28.

Cette planche représente une luxation complète en avant de la quatrième vertèbre cervicale, sur la cinquième. Le sujet de l’observation avait été apporté à l’hôpital Lariboisière, où l’autopsie a été faite en présence des élèves de mon service et en particulier de M. Servoir (dessin pris sur une préparation extraite de ma collection).

Morenheim, Bcobachtungen, 2. B. 13G.

Schmucker’s Verm. Schriflen, 1. B. s. 284-310,

Piailler, Instit. c/tir. rat., p. 734, s. 1123.

Erhlich, Chirurgische Beobachtungen, Leipzig, 1815, s. 199.

Voigtel , Handbuch der pathologischen Anatomie, 1. B. s. 316.

Morgagni, De sedibus et causis morborum, art. 4, epist. 4, 10, 40, 48; art. 13, epist. 10; art. 3, epist. 38; art. 17, epist. 48; art. 34-35; epist. 55 ; art. 10, epist. 57 ; art. 2, epist. 62; art. 11, epist. 27; art. 31-34. Schmidt, Dissertatio chirurg. de luxât, nuch ., Tubing. 1747, g 18. Académie des Sciences, Mémoires , ann. 1731 , p. 724.

Schlicting, Traumatolog., p. 12.

Stolte, Dissertât, de morte suspensorum, Groning, 1766, p. 16.

Bonn, Descriptio thés. oss. morb., Hov. 1783, p. 9, 10, 11 .

Ludwig, De luxât, vert, collispont. Lips. 1767.

Pet. Frank, Select, opusc., t. V, p. 306 ; Discursus de rachitide cutis et adultorum, etc.

Reil, Fieber-Lehre , t. II, § 102.

J. Cloquet, Anchylosis of the Second Cervical Verlebra ivith the Occiput , theLond. Medica. Repository, t. I (New Sériés), p. 259.

Journal de Corvisart, etc., Fracture d’un des ligaments jaunes, t. XIII,

p. 343, et fracture d’une vertèbre cervicale, ibid., p.345.

Ibid. Observation d’une luxation des vertèb. cerv. ,

t. XXXIV, p. 362.

The Lond. Med. and Phys. Journ., Injury of thespine, t. LIX, p. 26, 546. W. B. Newman, An Account of a Dislocation of the Cervical Vertebrœ, The Lond. Med. Reposit., t. III, p. 107.

J. Ring, Case of Injury of the Spine, the London. Med. and Surg. Journ., Août 1834, p. 91.

W. Gaitskell, Case of Luxât. Cerv. Vert., the Lond. Med. Reposit., t. XV, p. 282.

. Journal de Corvisart , etc., Mém. sur les luxations des vertèbres cervicales, 1. 1, p. 474.

Ibid. Observation sur les luxations du corps des

vert., t. IX, p. 279.

I heLond. Med.and Phys. Journ., Disloc. ofthe Vertebræ, t. LIX,p. 74.

A. Bérard, Luxation spontanée de P occipital sur l’atlas et de l'atlas sur l’axis, Thèse.

Gaz. méd. de Pans, Luxation de l’occipital sur l’atlas, etc. 1834, p. 556. W. fhomson, Spontaneous Luxation of the Vertebra Dent ata, the Edin Med. and Surg. Journ., t. XLII, p. 277.

Gaz. med. de Pans, Lésion de la colonne vertébrale avec dilacération de la moelle, etc., 1834, p. 187.

Tl I RE IV. — THÉRAPEUTIQUE DES LUXATIONS.

Journal de Corekart, etc., Histoire de quelques affections de la colonne vertébrale, etc., t. XXVI, p. 78.

Bulletins de l’ École de méd., Luxation de la colonne vertébrale, bulletin.n0 7, p. 86.

Luxation complète du rachis, dans Précis anal, des trav. de la soc. méd de Dijon , pour l’année \ 832, par N. A. Pingeon.

Fracture of the Spine. the Lond. Med. and Phys. Journ. t. LXII p 5 1 4

Journal des Progrès, t. XII, p. 260. ’

Fracture of the vertebræ, with curious symptoms, the Lond, Med. and Phys. Journ., t. LXI, p. 417.

Fracture of cervical vertebræ, the Lond. Med. and Phys. Journ., t LX I p. 40 et 232. ’

Fracture of the dorsal vertebræ, the Lond. Med. and Phys. Journal t. LXI, p. 230.

Quoiqu’il ait été publié un certain nombre d’observations qui semblent plaider en faveur des tentatives de réduction dans la luxation des vertèbies, nous repoussons d une manière formelle l’emploi de ces tentatives.

Nous avons la certitude que le chirurgienne sachant jamais exactement en quoi consiste l'altération à laquelle il veut remédier, dans tel ou tel cas particulier, agit en aveugle, quand il se livre à des manoeuvres qu’il croit rationnelles et qui le paraissent théoriquement, mais sur la valeur pratique desquelles il n’est pas en état de se prononcer.

Exécuter de semblables tentatives dans des maladies où l’on ne compromet rien et où le pis aller peut être la perte du temps et des efforts du chirurgien, nous le comprenons, mais que, devant quelque chose d’aussi sérieux que la déchirure possible d’une moelle épinière qui conserve peutêtre encore quelques chances de conservation de ses fonctions, on sè livre à l’espèce de jeu de hasard, qui consiste à mouvoir l’un sur l’autre deux tronçons de colonne vertébrale sur lesquels on n’a aucune prise directe et que Ton croit tenir, l’un en agissant sur la tête, l’autre en agissant sur le tronc, voilà ce que nous n’admettons pas.

Toutes les fois que la question s’est présentée à nous au lit du malade, nous nous sommes abstenu de toute manœuvre. Plusieurs fois nous avons vu les phénomènes de paralysie s’améliorer et finir par disparaître, et nous n’avons jamais eu le chagrin de voir expirer entre nos mains et par le fait de nos manœuvres, un malade à nous confié. Melius est sistere gradum qucim progredi per tenebrçis.

Luxationt* «les cotes.

Les faits connus jusqu’à ce jour de luxations des côtes sont trop peu nombreux et trop incomplètement décrits, pour qu'on puisse indiquer d’une manière précise les règles à suivre pour le traitement.

Comprimer l’extrémité costale saillante en faisant renverser le (ronc en arrière et en s’aidant, s’il est nécessaire, de pressions bien dirigées, telle est la manoeuvre à employer pour la réduction. D’ailleurs il faut savoir que les mouvements d’inspiration et d’expiration, et l’emploi d’une cuirasse de sparadrap à bandelettes imbriquées, suffisent à rétablir les parties dans leur position normale.

Luxations «les os du bassin.

Le traitement des luxations des os du bassin consiste à placer les malades dans le décubitus dorsal, les genoux fléchis, afin d’obtenir le relâchement des muscles qui s’attachent au bassin : le bassin lui-même est entouré d’un bandage de corps convenablement serré.

Les tentatives de réduction ne devront être faites qu’avec les plus grands ménagements et lorsque les accidents inflammatoires auront été combattus par un traitement antiphlogistique dont l’énergie sera proportionnée à la gravité des désordres qui accompagnent la luxation.

Lorsqu’on jugera à propos de laisser marcher le malade, le bassin devra être soutenu par une large ceinture disposée de manière à embrasser toute sa circonférence, en passant sur les fosses iliaques externes dans l’espace qui sépare le grand trochanter de l’épine iliaque.

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