I. Les applications froides sont-elles douloureuses
Une distinction est ici nécessaire, suivant que la glace est employée contre une phlegmasie déjà existante et franchement déclarée, ou bien contre un état inflammatoire prévu , mais qui n’est pas encore établi.
Or, dans tous les cas où les symptômes inflammatoires sont nettement caractérisés, la glace, loin de provoquer des douleurs, apaise constamment celles qui résultent de la tension congestive de l’organe. S’il est un fait démontré en thérapeutique, c'est assurément la sédation immédiate que produisent les applications réfrigérantes sur l’élément nerveux des phlegmasies.
Les observations que j’ai recueillies établissent d’une façon non contestable que le premier phénomène, le phénomène le plus saillant qui résulte des applications froides sur l’orbite, c’est la diminution considérable, sinon la disparition complète de la douleur dans l’organe phlegmasié.
Il n’en est plus de même, dans les cas où la glace est employée comme médication préventive d’une inflammation dont on prévoit l’origine et qu’on veut combattre avant ses premières manifestations.
En résumé, toutes les fois que la glace est employée contre un état phlegmasique franchement établi, elle calme presque immédiatement les douleurs , les diminue toujours, les supprime quelquefois ; lorsqu'au contraire elle est mise en usage comme agent préventif d’une phlegmasie encore à naître, elle peut provoquer quelquefois des phénomènes douloui'eux. — Voilà ce qui ressort directement de l’observation clinique.
II. Les autres arguments invoqués contre la méthode des applications réfrigérantes sur l’orbite, sont moins sérieux que les précédents.
On a objecté, par exemple, que, d’une façon générale, le refroidisse-
TITRE II. — HYDROTHÉRAPIE OCULAIRE
mont continu d’une partie du corps retentissait souvent sur les oiganes respiratoires. On a avancé que. la réfrigération prolongée de la région orbitaire pourrait provoquer des coryzas, des bronchites, et même des inflammations du poumon. Il y a sans doute une part de vérité dans ces assertions; mais l’exagération y tient la plus grande place. J’ai vu, il est vrai, des coryzas succéder quelquefois à l’application de la glace sur l’orbite, et cela avec des rapports tels, qu’il était impossible d’en placer le développement au chapitre banal des coïncidences. Dans un cas, j’ai même observé que l’inflammation de la pituitaire était bornée à la fosse nasale correspondante à l’orbite sur lequel reposait la glace. Mais pour des retentissements plus lointains (bronchites, pneumonies, etc.), ils sont encore à démontrer. Les observations sont muettes sur ce point, et j’ai vainement feuilleté les divers recueils pour trouver quelque affection pulmonaire dont l’étiologie pût être rapportée d’une façon non douteuse à l’emploi de la glace, appliquée sur une partie des téguments aussi limitée.
En revanche, les observations négatives abondent. C’est par milliers qu’il faudrait compter les faits dans lesquels la réfrigération méthodique d’une portion peu étendue des téguments n’a exercé aucune influence sur les organes intérieurs.
III. Les douleurs rhumatismales arthritiques peuvent être réveillées, dit-on, par les applications glacées sur l’orbite. Mais où sont les faits confirmatifs de cette assertion?
IV. La dernière objection est plus fondée. Il est vrai qu’en certaines circonstances, la glace appliquée sur l’œil provoque des douleurs de tête à forme névralgique et donne lieu, en des cas plus rares, à quelques phénomènes nerveux assez bizarres. Cela se remarque principalement chez les femmes.
Telles sont, en résumé, les objections qui ont été opposées à l’emploi des applications glacées sur l’orbite. Je crois qu’en somme la plupart des dangers qu’on attribue à l’application de la glace, sont véritablement imaginaires et ne sauraient justifier la proscription dont l’ont frappée certains médecins.
I. Le phénomène le plus remarquable qui résulte des applications froides sur un œil phlegmasié, c’est assurément la sédation qui leur succède. Il est presque constant de voir céder en quelques heures, sous leur influence, les douleurs les plus violentes d’une ophthalmie suraiguë. Les symptômes douloureux de l’inflammation oculaire sont réellement jugulés par ce mode de trailement, à ce point qu’il semble s’établir dans ces conditions, une véritable anesthésie de l’organe.
lous les auteurs qui ont expérimenté la méthode réfrigérante sont d’accord sur ce point que, dans les ophthalmies , le froid constitue le sédatif le plus puissant de la douleur. Les observations qui me sont propres confirment entièrement ce résultat.
D’une façon générale, la glace produit un soulagement immédiat ; les douleurs diminuent d une façon considérable des la première journée de l’application et disparaissent vers la seconde ou la troisième. Il n’est pas îaie de les voii cedei complètement dans les vingt-quatre heures, et cela même pour les cas les plus graves. — Voici quelques exemples de celte merveilleuse influence du froid sur les phénomènes douloureux des ophthalmies.
Obs. — Conjonctivite très-intense. — Iritis. — 23 juillet. — Douleurs des plus violentes. — Applications de glace continues; deux douches oculaires. — La glace produit un soulagement immédiat des plus notables. — Le 34 juillet, le malade ressent à peine quelques légères douleurs, et à intervalles éloignés.
Même tiaitement. — Le 2o, toute douleur a disparu. — Il ne s’en manifeste pas de nouvelle les jours suivants.
Obs. — Ophthalmie blennorrhagique. — 28 juillet. — Douleurs très-intenses; insomnie des trois nuits précédentes. — Application de glace permanente; trois douches oculaires. — Soulagement immédiat. Nuit très-calme; sommeil. — Le 2!» au matin, fort peu de douleur. La douleur se calme complètement dans le cours de la même journée, pour ne plus reparaître.
Obs. Double ophthalmie produite par l’instillation dans les yeux d'huile de croton tiglium. — 3 juillet au matin. — Douleurs atroces; agitation extraordinaire; état d’anxiété des plus pénibles. — L'application de la glace est suivie d un soulagement immédiat; l’angoisse diminue subitement ; d’heure en heure la douleur se calme; vers une heure de l'après-midi, il n’existe plus qu’une simple cuisson; à trois heures, toute douleur a cessé; le reste de la journée se passe sans souffrance.
Le 4 juillet, aucune douleur ; calme parfait. — Le même traitement (glace et douches) est continué. Aucune douleur dans les jours suivants.
II. Comme la douleur, la photophobie est un symptôme sur lequel les applications froides exercent une influence puissante. Après vingt-quatre heures de ce traitement, les malades auxquels il était impossible d’écarter les paupières, ouvrent l’œil assez librement et regardent sans peine les objets à la lumière diffuse.
Cette diminution rapide de la photophobie est sans doute liée d’une part à l’action sédative qu’exerce la glace sur les phénomènes nerveux de l’inflammation oculaire, d’autre part à l’influence qu’en éprouvent les symptômes congestifs.
III- Sur un organe comme le globe oculaire, où les phénomènes morbides sont facilement explorés, où les modifications les plus minimes deviennent immédiatement appréciables, les rapports des symptômes avec la médication peuvent être plus sûrement établis.
Sous l’influence de la glace, la rougeur de la muqueuse oculaire se modifie avec une rapidité vraiment surprenante. Après vingt-quatre heures de traitement, le changement est, en général, très-uotable ; et il est trèsfréquent de voir les surfaces phlegmasiées, reprendre en quelques jours, smon leur aspect normal, du moins une coloration assez voisine de l’état
TITRE IL — HYDROTHÉRAPIE OCULAIRE, physiologique. Ce décroissement de la rougeur n’est que la conséquence
du retrait de la vascularisation morbide. .
Les sécrétions pathologiques subissent des modifications égales. j\ aïs ici, il faut différencier avec soin l’écoulement produit par les surfaces phlegmasiées d’avec le simple larmoiement. Ce dernier, qui n est que la conséquence de l’irritation nerveuse de l’organe, est promptement influencé par la médication : associé à la photophobie, il ne constitue qu une manifestation sympathique, il diminue et disparaît avec elle, dès que la sédation exercée par le froid a modéré l’état d’éréthisme inflammatoire. Il n’en est pas de même de la sécrétion catarrhale, muco-purulente qui provient des surfaces phlegmasiées. Celle-ci persiste plus longtemps.
Tels sont les principaux effets que produit la médication réfrigérante sur les diverses manifestations de la phlegmasie oculaire.
Un dernier point qu’il est important de signaler avant de terminer cette étude, c’est l’influence différente qu’exerce le froid suivant les époques de son application. Au début , il produit presque immédiatement, avec une sédation des plus marquées, une diminution considérable des symptômes congestifs ; la rougeur, la vascularisation, les phénomènes douloureux se modifient d’une façon profonde dans les vingt-quatre ou les trente-six premières heures. Dans les trois ou quatre jours qui suivent, l’influence médicatrice se continue, mais déjà elle se ralentit ; ainsi, quoique progressive, l’amélioration est infiniment moins marquée du quatrième au sixième jour que du premier au second. Puis vient une époque où la phlegmasie oculaire, après avoir été domptée dans ce qu’elle avait de sur-aigu, passe à un état subinflammatoire, qui persiste sans changement pendant un temps assez long et malgré l’emploi continu des applications réfrigérantes. La résolution languit, et il semble qu’à cette dernière période, le froid perde toute influence pour dominer un reste d’irritation morbide.
En résumé, la glace, pour ainsi dire, frappe un grand coup au début , son action immédiate est des plus énergiques , pour maîtriser les phénomènes d’excitation et déprimer l’éréthisme initial; puis son influence diminue à mesure que les symptômes de suracuïté se calment ; enfin, dans les derniers temps, elle semble presque insuffisante à terminer la résolution qu’elle avait si puissamment préparée.
L’analyse précédente des effets produits par la glace sur les divers symptômes de l’inflammation oculaire indique implicitement les variétés morbides auxquelles la méthode réfrigérante est le plus avantageusement applicable. C’est à combattre des phlegmasies violentes et dans leur période d’acuité primitive, c’est principalement à déprimer l’excitation initiale, que le froid doit être réservé. D’autre part, le peu dùnfluence exercé par cette médication sur les phénomènes d’inflammation subaiguë, en contre-indique formellement l’emploi dans tous les cas d’ophthalmie, où les symptômes se présentent avec un caractère languissant ou chronique.
Les heureux résultats que produisait ainsi la médication réfrigérante dans les cas d’ophthalmies franchement déclarées, fournissaient l’indication d’une thérapeutique semblable dans les circonstances nombreuses où le chirurgien se trouve appelé à combattre une phlegmasie imminente’ De curative, la méthode ne tarda point à devenir prophvlaclique, et ce ne fut pas dans cette nouvelle application qu’elle trouva ses moindres succès
Le froid lut donc employé comme moyen préventif des phlegmasies consecutives aux lésions traumatiques de l'œil.
Les lésions traumatiques de l’œil se divisent naturellement en deux classes : dans la première se rangent celles qui résultent d’un accident'dans la seconde, celles que produit, dans un but thérapeutique, la main du chirurgien .
Les cas de blessures graves de l’œil observés à 1 hôpital Lariboisière ne se sont accompagnés, grâce à cette médication préventive, d’aucun accident inflammatoire consécutif. Dans l’un de ces cas, la cornée complètement déchirée d un bord à l’autre laissait saillir au dehors une portion de 1 iris ; la sclérotique était, de plus, dilacérée dans l’étendue de 3 à 4 millimèti es. foute complication lut nettement prévue.
Mais un fait moins connu, c’est le bénéfice que la chirurgie peut trouver dans 1 emploi du même agent à la suite des opérations pratiquées sur
l’aPPareil oculaire, notamment celles de la pupille artificielle et de la cataracte.
D une façon générale, j ai recours aux applications glacées consécutivement à toutes les opérations qui intéressent l’organe delà vision. J’aurai donc un certain nombre de faits à passer en revue pour montrer les résultats de cette pratique.
1 0 Strabisme. — Sur treize opérations de myotomie oculaire (année 1855). suivies d’applications réfrigérantes continues , je trouve dans mes notes qu il ne s est manifesté qu une seule fois une très-légère irritation consécutive; en douze cas, absence complète de tout symptôme phlegmasique.
2° Pupille artificielle. — Les applications froides trouvent un emploi très-bien approprié dans l’opération de la pupille artificielle. J’en ai observé plusieurs cas où la glace a prévenu tout phénomène réactionnel.
3° Opération de la cataracte.
Le danger des accidents consécutifs à l’opération de la cataracte a préoccupé de tout temps les chirurgiens et donné naissance à des méthodes prophylactiques diverses. Sans parler des précautions qui rentrent dans la pratique générale, comme le repos au lit, l’occlusion des paupières, la diète, etc., il est d’autres moyens, d’un usage plus restreint, qu’on a essayé tour à tour d’opposer au développement de l’inflammation consécutive. C’est ainsi, par exemple, que les anciens chirurgiens faisaient appliquer a la nuque un large vésicatoire, le jour même de l’opération;
TITRE 11. — HYDROTHÉRAPIE OCULAIRE
que Sanson avait l’habitude de prescrire « une saignée du pied deux a heures après l’opération à moins que le sujet ne fût faible ou très-vieux. » A notre époque un certain nombre de médecins font pratiquer dans la soirée du premier jour une large saignée du bras et ordonnent consécutivement un ou plusieurs purgatifs. M. Sichel, après avoir extrait une cataracte, ne manque pas d’administrer aussitôt une préparation opiacée qu’il renouvelle au besoin quatre ou cinq heures plus tard ; en même temps ou le lendemain, il pratique une saignée du bras, et si, malgré ces précautions, l’ophlhalmie traumatique se manifeste, il en combat avec énergie les premiers symptômes.
Telle est la crainte qu’ont inspirée à certains chirurgiens les phénomènes inflammatoires consécutifs à l’opération de la cataracte que les méthodes les plus énergiques ont été proposées comme moyen de prévenir ces dangereuses complications. M. Heylen n’hésite pas à recourir à la salivation mercurielle , comme médication prophylactique des accidents inflammatoires. Ailleurs, on voit prescrire, dans le cours d’un ou deux septénaires avant l’opération, un régime débilitant, des purgatifs répétés, des émissions sanguines coup sur coup. Lawrence a atteint l’extrême limite dans les précautions préliminaires qu’il imposait rigoureusement à ses malades. « Il vaut mieux, disait-il, pécher sur ce point par excès que par défaut, » et, fidèle à cette maxime, il n’opérait « une vieille femme de soixante-dix ans, conservant encore , avec un peu d’embonpoint, le teint coloré, » qu’après l’avoir soumise pendant quatorze jours à un régime des plus sévères, à des purgations multiples et à plusieurs saignées. Sur un autre sujet pléthorique, il ne se risquait à pratiquer l’extraction qu’après lui avoir tiré cent vingt onces de sang !
Quelque énergiques que soient toutes ces méthodes, elles ne constituent que des médications générales , n’exerçant sur l’organe, où l’on craint le développement de la phlegmasie, qu’une influence indirecte et médiate.
Toutefois, on a souvent recours aux médications antiphlogistiques locales. C’est alors à Veau fi'oide que l’on s’adresse pour modérer ou prévenir les symptômes fluxionnaires de l’irritation traumatique. Pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent l'opération, on prescrit de maintenir constamment appliquées sur l’orbite des compresses fortement imbibées d’eau très-froide et fréquemment renouvelées.
Ce n’est que dans ces derniers temps (1) que j’ai proposé de remplacer l’eau froide par l’emploi de la glace , tenue en permanence sur la région orbitaire. — Quels avantages présentait cette dernière méthode sur la précédente?
(i) Mes premiers travaux sur ce sujet datent de 18 44. Vog. les diverses publications que j’ai faites à ce sujet.
3oO SECT. III. — OPÉRATIONS SCR L’APPAREIL OCULAIRE.
Le bat poursuivi par l’une et par l’autre méthode est identique : opposer l’action sédative du froid à la manifestation des symptômes inflammatoires. La compresse mouillée agit dans le même sens que la glace, pour déprimer les phénomènes de réaction. Mais tout est dans l’effet produit. Or, l’on ne saurait se dissimuler l’inégale puissance des deux méthodes.
L’application de l’eau froide, sous forme de compresses mouillées, ne produit qu'un refroidissement médiocre et insuffisant. De plus cette réfrigéialion, ainsi que je 1 ai déjà lait remarquer, est éminemment passagère. 1 oui devenii veiitablement efficace, elle a besoin d’être incessamment répétée. Enfin, « ces applications continues de compresses froides remplaçant des compresses échauffées par le contact des parties sous-jacentes, font passer l’organe par une série de températures opposées, dont la brusque succession provoque inévitablement un mouvement réactionnel. »
L’emploi de la glace fournit au contraire une réfrigération active et continue.
J’emploie d’une manière générale les applications réfrigérantes à la suite de toutes les opérations de cataracte, je les prolonge de sept à dix jours sans aucune interruption, puis je les distance avant de les supprimer complètement, afin d’éviter la réaction inflammatoire que pourrait provoquer une transition trop brusque.
Y oici les résultats que m’a fournis cette pratique dans une série de 21 cas recueillis par M. Alfred Fournier (1855).
Sur vingt et un cas d’opéra tions de cataracte (cinq par la méthode d’extraction, six par celle de l’abaissement, dix par celle du broiement), je n’en trouve que deux où il se soit déclaré des phénomènes d’inflammation consécutive assez intense. Or, dans l’un de ces cas les applications de glace n’avaient été faites que d’une façon très-irrégulière ; dans l’autre, l’opération pratiquée par la méthode de l’abaissement se trouva compliquée d’une blessure de l’iris, par suite d’un mouvement brusque que fit le malade au moment où l’aiguille allait attaquer la capsule cristalline; l’inflammation qui survint fut du reste combattue avec succès par l’emploi de la glace et céda en quelquesjours.
Sur les dix-neuf autres cas je trouve ces résultats : onze fois il ne se manifesta, sur la surface du globe oculaire aucune trace d’inflammation; six fois il survint soit une irritation très-légère de la conjonctive se traduisant par une vascularisation passagère et superficielle, soit par une infiltration séreuse sous-conjonctivale. Dans tous les cas ces légers symptômes ont cédé promptement à la médication réfrigérante.
Enfin, dans une dernière observation, je vois des symptômes réactionnels se manifester non sur l’œil opéré, mais sur l’œil opposé : retentissement sympathique que les applications froides ont maîtrisé rapidement.
Les résultats de cette petite statistique viennent donc confirmer les succès signalés antérieurement à celte étude.
TITRE II. - HYDROTHÉRAPIE OCULAIRE
KÉSIJMÉ.'
1 . La méthode de réfrigération sèche paraît posséder une supériorité pratique réelle sur la méthode de réfrigération humide.
2. La plupart des inconvénients et des dangers dont on accuse l’emploi delà glace sur l’œil sont véritablement imagina ires, et ne sauraient justifier la proscription dont l’ont frappée quelques médecins.
3. Les applications réfrigérantes constituent le sédatif le plus puissant des phénomènes douloureux des affections oculaires. La douleur de l’ophthalmie est véritablement jugulée par; ce mode de traitement.
D’une façon constante, la glace produit un soulagement immédiat des plus notables : les douleurs, considérablement diminuées dès la première journée de l’application, disparaissent en général vers la seconde ou la troisième. Il n’est pas rare de les voir céder complètement dès les vingtquatre premières heures, et cela même pour les cas les plus graves.
La glace diminue également la photophobie.
Sous l’influence de la glace, la rougeur de la muqueuse oculaire se modifie avec une rapidité vraiment surprenante. Après une journée de traitement, le changement est en général fort notable, et il est très-fréquent de voir les surfaces phlegmasiées reprendre en quelques jours une teinte assez voisine de l’état physiologique.
Les sécrétions pathologiques subissent des modifications notables.
Un point très-important à connaître, c’est l’influence différente qu’exerce le froid, suivant les époques de son application. Au début, l’action immédiate est des plus énergiques pour déprimer les phénomènes d’excitation : plus tard, l’influence médicatrice se ralentit ; puis, à la dernière période, le froid semble impuissant à terminer la résolution.
A. De là cette indication thérapeutique : réserver l’emploi des applications de glace contre les phlegmasies les plus intenses , contre l’excitation initiale et les phénomènes les plus aigus des inflammations oculaires.
Les applications de glace ont été avantageusement employées pour prévenir les phlegmasies consécutives aux lésions traumatiques de l’œil : blessures accidentelles, opérations chirurgicales, strabisme, pupille artificielle , et spécialement opérations de cataracte.
L’eau froide, employée consécutivement à l’opération de la cataracte sous forme de fomentation, ne produit qu’un refroidissement médiocre, insuffisant à dominer la réaction consécutive. La glace fourn i t au contraire une réfrigération active et continue.
Médication mixte. — Hou cites et glace asso ciécs.
Les douches oculaires et la glace constituent deux variétés d’une même méthode, la réfrigération. Mais l’inégalité des modifications thérapeu-
3o2 SECr. 111. OPÉRATIONS SUR L’APPAREIL OGULAIITE.
tiques que chacune d’elles est apte à produire, ne permet pas de confondre ces deux branches d’une même médication.
Il convient donc d’interroger les faits cliniques pour déterminer les états morbides contre lesquels chacune d’elles peut être le plus avantageusement employée. Or, voici ce qu’enseigne l’observation à cet égard.
1° Dans toutes les phlegmasies où les sécrétions de la muqueuse oculaire empruntent une valeur pronostique spéciale soit à leur abondance soit à leur caractère virulent et contagieux, c’est aux douches qu’il faut surtout recourir comme au moyen le plus actif de détersion pour les surfaces contaminées, et de préservation pour les parties encore saines. — Ophthalmie purulente; ophthalmie blennorrhagique ; ophthalmie pseudo-membraneuse des nouveau -nés.
2° Dans tous les cas où il importe également d’expulser de l’œil des substances étrangères, introduites accidentellement sous les voiles palpébraux (plâtre, chaux, matières pulvérulentes ou liquides, acides, huile de eroton, poudres médicamenteuses, etc., etc.), c’est encore aux douches oculaires qu’il faut s’adresser.
La phlegmasie est-elle très-mknte, s’accompagne-t-elle de vives douleurs et d’une vascularisation intense ; convient-il, en un mot, de déployer une médication énergique et de frapper un grand coup, c’est la glace qui se présente comme l’agent le plus puissant pour déprimer les phénomènes d’excitation inflammatoire.
( S’agit-il au contraire d’un état phlegmasique moins intense, à fortiori, d’une affection légère, la glace devient inutile ; les douches seules en triompheront facilement. i h ;
La chronicité, qui modère les symptômés en les perpétuant, s’accommoderait mal de l’emploi d’un antiphlogistique aussi puissant que la glace. L’observation clinique démontre que les douches oculaires lui sont plus avantageusement applicables.
Il en est de même pour ces variétés d’inflammations dites phlegmasies atoniques de Iceil. Autant les douches leur paraissent favorables en provoquant un mouvement réactionnel sur des organes à vitalité languissante, autant une réfrigération trop intense pourrait leur devenir nuisible en y ralentissant encore la circulation.
i° Les phénomènes douloureux qui accompagnent l’inflammation oculaire se présentent-ils avec une intensité telle qu’ils constituent par eux-mêmes une indication urgente, la glace seule pourra les calmer. Je montrerai plus loin les applications réfrigérantes produisant, dans les cas les plus graves, une sédation complète, absolue et presque instantanée. Telle est cette influence de la glace sur les symptômes douloureux, qu’on serait presque tenté de la considérer comme ayant pour effet une véritable anesthésie locale.
b° Pour les lésions traumatiques de l’œil, les douches ne sont guère applicables, du moins dans les premiers temps; car le passage répété de
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l’eau surles plaies, sur les solutions de continuité, pourrait devenir une condition nuisible autravailde cicatrisation, en balayant sans cesse la lymphe plastique épanchée. Déplus, la plupart de ces lésions sont sujettes à déterminer des phlegmasies consécutives assez graves pour que l’emploi des simplesaffusions froides ne soit pas toujours suffisant. La glace est donc préférable, du moins au début ; plus tard, les douches lui seront utilement associées.
Telles sont les principales indications sur lesquelles repose l’emploi respectif des deux méthodes.
Mais, il faut bien le reconnaître, les faits pathologiques ne sont pas toujours aussi simples que le besoin des divisions thérapeutiques les représente. Ainsi telle affection semble, par les caractères spéciaux de la sécrétion qui l’accompagne, nécessiter l’emploi des douches oculaires, qui d’autre part, en raison.de l’intensité de ses manifestations inflammatoires, réclame les applications réfrigérantes continues. Ajoutez encore que la marche naturelle des phlegmasies, en présentant une succession de symptômes d’acuïté graduellement décroissante, contre-indique naturellement l’emploi d’une méthode unique pour les diverses phases de l’état morbide.
Les faits cliniques semblent d’ailleurs démontrer que, toute-puissante pour dominer les premiers phénomènes d’une phlegmasie, la glace exerce peud influence sur un état inflammatoire moins aigu, et qu’en revanche les douches oculaires, indépendamment de leur puissante action détersive, possèdent une merveilleuse aptitude à modifier les symptômes de subacuïté. Il y avait donc là le germe d’une méthode thérapeutique mixte , dans laquelle les irrigations aqueuses et la glace pussent se prêter un mutuel concours.
La théorie et l’observation clinique se réunissaient pour montrer les avantages de cette association. Aussi ai-je abandonné de bonne heure l’emploi exclusif de l’une ou l’autre de ces médications. J’en suis venu à les combiner suivant les indications symptomatologiques soit en les prescrivant simultanément et d’emblée au début du traitement, soit en les faisant succéder l’une à l’autre dans le cours de la maladie.
Cette méthode mixte, est formulée d’après les règles suivantes.
Une phlegmasie oculaire intense étant donnée dans la période aiguë, la glace et les douches sont prescrites simultanément et d’emblée ; mais les applications de glace sont entretenues d’une façon permanente ; une ou deux douches seulement sont administrées à titre de simple lavage et pour débarrasser la muqueuse de tout produit anormal de sécrétion. La phlegmasie diminue et les phénomènes d’acuïté décroissent : alors les ap- 1 plications de glace sont distancées progressivement ; au contraire le nomre des douches est augmenté : il est porté successivement à trois quatre C! cinq dans les vingt-quatre heures. Enfin la résolution se déclare - la glace est complètement supprimée, et les douches achèvent la guérison. '
Si l’indication se présente de combattre les effets d’une sécrétion surabondante et contagieuse (ophthalmie purulente, blennorrhagique, etc.), les douches sont multipliées. La glace n’est appliquée que pendant les intervalles des douches et pendant le sommeil.
S’agit-il d’une lésion traumatique, accidentelle ou chirurgicale, la glace est seule employée pendant les premiers jours ; puis les applications réfrigérantes sont distancées et remplacées par les douches.
Telles sont les simples règles sur lesquelles repose l’emploi de la ûéthode mixte.
Les méthodes thérapeutiques précédentes ne constituent pas des médications exclusives. Si la nécessité d’une démonstration rigoureuse a fait que dans la plupart des cas observés par nous, les douches ou la glace ont été employées seules, à l’exclusion de tout agent auxiliaire, il ne suit pas de là que les autres méthodes curatives, plus généralement employées dans le traitement des phlegmasies de l’œil, ne puissent leur être utilement associées : tels sont la salutaire dérivation qu’exerce sur le tube intestinal l’administration de purgatifs salins, l’usage des divers collyres médicamenteux, les révulsifs de tout genre, les émissions sanguines générales ou locales, etc. Ni les douches ni la glace n’excluent l’emploi d’aucun de ces traitements.
TITRE III