TITRE III. — ANESTHÉSIE OCULAIRE
1° sur la sensibilité et la motilité des paupières ; 2° sur la sensibilité de la conjonctive ; 3° sur la motilité du globe de l’œil ; 4° sur la motilité de l’iris.
Nous croyons pouvoir dire dès à présent, et avant de consigner dans les quelques propositions qui vont suivre les résultats obtenus, que le chloroforme est destiné à rendre dans l’avenir des services réels à la thérapeutique oculaire (J), mais à la condition qu’on se sera rendu compte de son mode d’action sur l’organe de la vue; autrement il y aurait chance de déceptions fâcheuses pour le chirurgien et pour le malade. Il y aurait déception pour cette raison : que les résultats prévus par la théorie, d’après ce que l’on sait de l’action générale du chloroforme, sont très-souvent démentis par l’expérience quand il s’agit de l’appareil de la vision.
L’effet constant du chloroforme, quand l’inhalation est portée au degré qui se caractérise par la résolution générale, c’est l’immobilité complète, en quelque sorte absolue, du globe oculaire. C’est là le phénomène le plus constant, car la dilatation de la pupille subit des variations, et même se convertit en un état de resserrement dans la période la plus avancée de l’anesthésie.
In second caractère, également très- important à noter, surtout dans l’opération de la cataracte, c’est ce que nous appellerons, en imitant le langage de Barthez, la force de situation fixe que l’œil acquiert sous 1 impression du chloroforme. Quelle que soit, en effet, la position du globe de l’œil au moment où il est en quelque sorte saisi par l’état anesthésique, il reste dans cette position pendant toute l’expérience.
La position dans laquelle l’œil des anesthésiés se fixe le plus habituellement, c est la déviation en haut, sous la paupière supérieure. Toutes les tentatives que 1 on fait avec le seul secours des doigts et sans instrument, i poui déplacer lœil, restent sans effet. Cette particularité est, comme on le voit, d’une grande importance.
Il semble, au premier abord, que les deux propositions qui précèdent n’en font qu’une, et que ces deux mots immobilité et fixité du globe sont ! ^oax expressions absolument synonymes. Si le langage n’y met pas de ! grandes différences, les faits cliniques nous en montrent de réelles, et voici : dans quel sens : pour bien faire comprendre notre pensée, comparons l’œil ! d un cadavre et celui d’un sujet anesthésié. Sur le cadavre, il y a bien.
* comme chez 1 anesthésié, immobilité du globe de l’œil, mais il y a entreles > deux celte différence que si l’on cherche, au moyen de propulsions impri-
(I) M. Jungken, ophtalmologiste allemand, a déi:i mentionnn fins résulta te rVor»™!;™
e savo,r Sl les opinions de M. Jungken étaient la rigoureuse ou un ensemble de prévisions sur ce qui pourrait être tenté.
mées avec les doigts, à faire exécuter au globe de l’œil des mouvements par suite desquels la cornée se porte soit en haut, soit en bas, à droite ou à gauche, on le peut très-facilement. Chez l’anesthésié, au contraire, l’œil est non-seulement immobile, mais il est fixe , et les mouvements dont nous venons de parler ne peuvent s’exécuter sous la propulsion imprimée par les doigts de l’observateur. Le globe de l’œil peut bien subir un déplacement en masse, mais il cesse complètement de rouler, soit sur son axe vertical, soit sur son axe transverse.
Ce fait, qui est de la plus haute importance au point de vue physiologique, mérite que l’on en cherche la signification.
H tient évidemment, selon nous, à ce que les quatre muscles droits de l’œil et les deux muscles obliques entrent dans une espèce de contraction tonique où ils se font équilibre pour maintenir le globe de l’œil dans la situation où ce dernier a été saisi par l’état anesthésique. Mais alors, et c’est là ce qui intéresse surtout le physiologiste, n’est-il pas étrange que, tandis que le chloroforme a pour effet de résoudre sur tous les points les contractions musculaires, il ait ici pour résultat de traiter les muscles de l’œil d’une manière tout à fait différente et de leur donner une sorte de contraction tétanique, qui fait un singulier contraste avec l’état généal du sujet?
Une conséquence qui sort immédiatement, au point de vue opératoire, du fait que nous venons de signaler, c’est que, sous l’influence de l’état des muscles de l’œil, les liquides renfermés dans les enveloppes oculaires doivent tendre à s’échapper aussitôt qu'une^solution de continuité intéresse ces enveloppes. C’est ainsi, du moins, que nous avons cru pouvoir expliquer la production presque instantanée d’un double chémosis séreux chez le dernier malade sur lequel nous avons pratiqué l’opération de la cataracte par abaissement pendant l’état anesthésique.
Il y a dans l’action du chloroforme sur l’organe de la vue deux ordres d’influences et deux périodes d’action dont il importe de ne pas confondre les effets. Il y a l’action pendant la période «l’excitaiion et l’action pendant la période de collapsus.
Le premier effet produit par le chloroforme sur la muqueuse oculaire, c’est une action irritante ; aussi l’impression générale des malades soumis • à l’inhalation les porte-t-elle à fermer les paupières ; le second effet est de modifier la contractilité de l’iris, et cet elfet très-complexe, mérite d’arrêter spécialement notre attention. Tout à fait au début, et par conséquent pendant la période d’excitation, l’effet général consiste dans un état de dilatation de la pupille. Mais, chose étrange et bien imprévue, au moment où la période d’anesthésie a atteint son maximum d’intensité, la pupille, naguère dilatée, reprend une contractilité manifeste peu d’instants après qu’on a ouvert les paupières. Il semblerait que cette action physiologique appartienne à cet ordre curieux des phénomènes de l’action