‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 75 sur 256 · TITRE III. — ANESTHÉSIE OCULAIRE · texte numérisé non relu

TITRE III. — ANESTHÉSIE OCULAIRE

reflexe, car il est positif que dans l’état dont nous parlons, le cerveau du sujet ne perçoit aucune impression lumineuse externe.

Gela prouve encore que le chirurgien qui aurait compté sur la dilatation anesthésique de la pupille pour ses manoeuvres opératoires, éprouverait une singulière déception en face du phénomène dont nous venons de parler; c’est ce qui nous a fait dire dans un autre travail que le chloroforme est un mauvais dilatateur «le la pupille.

Un autre phénomène qui s'observe dans l’état des voiles palpébraux et que nous avons qualifié à’ immobilité cadavérique des paupières , mérite d’être noté. On remarque, en effet, que chez certains sujets (pas chez tous), quand l’anesthésie est poussée assez loin, les paupières gardent la situation que la mainde l’observateur vient de leur donner; s’il les entrouvre, elles restent entr’ouvertes ; s’il les ouvre plus largement, elles ne se referment pas. Ce fait est remarquable ; il est presque effrayant pour ceux qui l’observent une première fois; il témoigne d’une absence si complète, non pas seulement de contractilité, mais même de toute tonicité, qu’on est tout d’abord porté à croire à une certaine gravité dans l’état du sujet qui présente une pareille absence de la spontanéité vitale.

Un autre fait, qui doit être pris en grande considération au point de vue opératoire, c’est la reprise subite et instantanée de la contractilité pupillaire suivant des lois difficiles à déterminer. On voit en effet que tout à coup, et sans qu’on puisse se rendre compte du motif qui amène ce changement, la pupille, un instant avant largement dilatée, revient sur elle-même, sans que rien ait été changé, en apparence du moins, dans l’état général du sujet et dans les conditions de l’expérience. Dans les opérations de cataracte faites avec emploi du chloroforme, au moment où le cristallin cesse d’occuper sa position, le même resserrement a lieu.

Nous n’avons pas remarqué que l’âge des sujets exerçât une influence notable sur les résultats généraux de l’expérience. Il n’en est peut-être pas de même de la constitution. En effet, lorsque celle-ci est affaiblie, les effets du chloroforme sur l’œil sont beaucoup plus actifs, le malade ayant moins de résistance.

Dans la pensée que l’anesthésie pouvait produire quelques phénomènes relatifs à la tonicité de l’œil comme elle en produit sur la tonicité musculaire, nous avons exploré la consistance de l’œil aux diverses périodes, et nous l’avons trouvée normale.

Quoique nous ayons recueilli un très-grand nombre d’observations, il ne nous a été possible d’en faire figurer qu’un nombre assez limité, comme • base des résultats définitifs. On en comprendra facilement la raison en se rappelant que la plus grande partie des anesthésies observées ont eu lieu pour tout autre motif que celui de l’étude de l’anesthésie oculaire.

En second lieu, l’observation de ce genre de phénomènes n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire ; il y a de nombreuses causes d’erreur et

de difficulté qui obligent à reléguer hors cadre les observations entachées de quelque doute. Le lecteur comprendra dès lors comment, sur un nombre considciable d obseï vations, nous n en avons trouve que trente-cinq qui fussent susceptibles de figurer dans notre tableau définitif.

Sur ces trente-cinq observations, huit ont été recueillies sur des sujets âgés de moins de 20 ans, dix sur des sujets âgés de 20 à 30 ans, onze suides individus de 30 à 40 ans, et six seulement sur des sujets âgés de plus de 40 ans. D

L état cadavérique des paupières ou leur inertie absolue peut cire considérée comme un excellent critérium de l’état d’anesthésie complète.

En effet, chez tous les sujets en collapsuselle existait, et par contre, on ne l’a observée que rarement (cinq fois sur trente-cinq) pendant la période d’excitation.

Quelque inoffensives que soient les inhalations bien faites, aucune de mes expériences sur 1 organe de la vision n'a eu lieu sur des sujets qui auraient été endormis dans la seule vue de ces expériences. Mais j’ai cru de- ' oir profiter des cas d inhalation faite pour tout autre motif et surtout pour les opérations. De cette manière les expériences perdaient tout caractèie de recherches de curiosité. Mes observations ne sont donc pas des espèces d’expériences sur l’homme. Nous sommes parfaitement dans nos droits et dans le respect dû à l’humanité, quand nous profitons, pour certaines expérimentations inoffensives, d’un état particulier où a dû être placé, dans un but important, le malade sur lequel nous observons. Mais lorsqu’en vue de recherches d’une importance secondaire, nous faisons en quelque sorte sur l’homme de |la physiologie expérimentale pure, c’est là une chose qui pourrait, le cas échéant, nous attirer des reproches graves, d’autant plus graves qu’ils seraient mérités.

TITRE IV

Page 1