TRAITEMENT DE LÀ PHTHISIE AIGUË
Les troubles de la menstruation ne réclament pas de traitement spécial : les règles reviennent lorsque la tubereulose s'arrête, s'améliore ou marche vers la guérison.
Les accidents du côté des voies urinaires réclament leur traitement connu : balsamiques, essence de térébenthine, chlorate de potasse, opium contre les douleurs et les besoins d'uriner trop fréquents et accompagnés de malaise. S'il y a rétention d'urine, il faut sonder les malades régulièrement.
Les aphthes, si incommodes souvent vers la fin, doivent être cautérisés avec le nitrate d'argent; la stomatite parasitaire ou muguet réclame un traitement mécanique : on enlève avec un linge les amas d'oïdium et on fait gargariser avec du chlorate de potasse.
Il faut éviter soigneusement les eschares au sacrum ou dans la région des trochanters. Des coussins remplis d'air, des lavages aromatiques, le changement fréquent de position peuvent les prévenir. Quand elles sont formées, on les soigne d'après les règles connues. Aussi longtemps que possible je fais rester les phihisiques pendant plusieurs heures par jour hors du lit.
Votorrhée des tuberculeux est traitée par les astringents, unis aux émollients.
Du traitement de la phthisie aiguë, de la méningite tuberculeuse, de la péritonite tuberculeuse, de la tuberculisation des glandes bronchiques et de celle des glandes lymphatiques superficielles.
Du traitement de la phthisie aiguë et subaiguë.
La tuberculose aiguë et subaiguë est ordinairement mortelle, bien qu'elle puisse s'arrêter aussi dans sa marche, comme nous l'avons démontré. Les ressources thérapeutiques sont donc bien peu considérables. L'huile de foie de morue, si utile dans la
phlhisie chronique, reste sans effet. Cependant, dans un cas, dans lequel elle a été bien supportée, elle m'a paru ralentir la marche du mal. C'est donc un essai à tenter, lorsque la luberculisation n'est pas trop rapide ou tend à se restreindre. En général il faut éviter tout traitement affaiblissant, ne pratiquer une petite saignée que lorsqu'il y a une dyspnée intense et persistante qui ne cède pas à l'opium et aux révulsifs. 11 faut appliquer quelques ventouses scarifiées, après que les ventouses sèches ont échoué, lorsqu'une douleur localisée incommode beaucoup le malade. Même dans ce cas un vésicatoire volant est préférable.
La fièvre, dans la phthisie aiguë, est si continue, quelquefois si intense, qu'elle contribue largement à rendre la consomption rapide. Aussi la méthode antipyrétique domie-t-elle quelquefois un soulagement momentané. Nous rappelons ce que nous avons dit plus haut à l'occasion du traitement de la fièvre dans la phlhisie en général : chlorhydrate de quinine à la dose de 1 gr. à lsr,50 par jour, en 3 ou 4 prises, salicylate de soude à 3 et 4 grammes dans les 24 heures. Le vin et l'alcool peuvent aussi rendre service dans ce but. L'alcool est prescrit à la dose d'une demi-cuillerée à une cuillerée à soupe, surtout sous forme de rhum ou de cognac, délayé avec 2 à 3 parties d'eau sucrée, dose à réitérer toutes les 2 à 3 heures. L'infusion de digitale avec de l'opium a soulagé aussi quelques-uns de mes malades et a calmé la toux et les souffrances, contre lesquelles l'injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine à 0sr,010 et 0sr,015 offre un secours momentané. Outre le vin et les alcooliques, les boissons acidulées, la limonade, l'orangeade sont agréables aux malades. Le vin de quinquina peut remplacer quelques doses de bon vin ordinaire. Le lait etle bouillon sont presque seuls bien supportés, et je préfère le lait, comme plus nourrissant,
LÀ MÉNINGITE TUBERCULEUSE. 583 S'il y a, contre tout espoir, ralentissement de la maladie, on a recours à l'huile de foie de morue ferrugineuse, aux préparations de quinquina, au vin, à un régime plus substantiel. Les accidents cérébraux ne cèdent à aucun traitement.
Je suis quelquefois resté dans le doute, pour savoir s'il s'agissait d'une bronchite capillaire intense et prolongée ou d'une tuberculose aiguë. Dans ces cas je me suis bien, trouvé d'un traitement énergique, de celui de la bronchite capillaire prolongée, par le tartre stibié à haute dose, par les vomitifs répétés, pour passer plus tard aux expectorants légèrement excitants.
Traitement de la méningite tuberculeuse.
Il y a des familles dans lesquelles cette maladie est plus particulièrement fréquente. C'est alors qu'il peut être question de prophylaxie. Il faut conseiller alors une diète à la fois nourrissante et rafraîchissante, on fait éviter tout ce qui peut porter le sang à la tête, les promenades au soleil, une température trop élevée clans les chambres ; on surveille les moindres indispositions.
Lorsqu'on assiste au début de la méningite, on peut tenter un traitement légèrement antiphlogïslique : quelques sangsues derrière les oreilles, l'application de l'eau froide ou de la glace sur la tête. Chez l'adulte on peut mettre un plus grand nombre de sangsues, 10 à 12 derrière les oreilles. Rilliet et Barthez conseillent l'irrigation continue de la tête avec de l'eau froide. Les affusions d'eau froide ont été vantées par des médecins de mérite. On emploie le calomel assez généralement dans ces cas, chez l'adulte de fjer,06 à 0»r,12 toutes les deux heures, chez l'enfant de 0er,02 à 0,05 chaque fois. Je fais faire en
oulre toutes les 3 heures une friction avec 1 à 2 grammes d'onguent mercuriel sur différentes parties du corps. Des sinapismes fréquents peuvent aussi servir de dérivatifs.
Ce traitement énergique, malheureusement presque toujours inutile, ne convient que pendant la période d'irritation. Une fois les malades affaiblis, affaissés, lorsque les phénomènes de prostration commencent à dominer, les applications tièdes sur la tête, des cataplasmes minces même, conseillés par Romberg, conviennent mieux que le froid et calment mieux la céphalalgie. Les vésicatoires volants doivent être placés derrière les oreilles ou à la nuque. Ceux qui sont appliqués directement sur la tête ne donnent ni une bonne vésication, ni un meilleur résultat que les vésicatoires placés dans les autres points. Il est vrai que d'ordinaire ces derniers restent malheureusement aussi dans lès autres points sans résultat. Si le calomel ne réussit pas à produire tous les jours une à deux selles, on donne de l'huile de ricin, de la magnésie, ou, à l'exemple de Rilliet, l'huile de croton dans la forme suivante :
Huile de croton
Sucre blanc
Poudre de gomme
Teinture de cardaniine Eau distillée
10 a 12 centigr.
8 grammes
Les enfants en prennent plusieurs fois par jour une à deux cuillerées à café.
J'ai fait toute une série de tentatives de traitement avec l'iodurede potassium, à dose croissante; mais ce médicament à haute dose, combiné avec des frictions mercurielles, ne m'a jusqu'à présent donné aucun résultat. Parfois, tout au début, lorsque les malades sont très agités, je ne crains pas de leur donner de petites doses de morphine ou de laudanum. Lors-
. LA PÉRITONITE TUBERCULEUSE. 585 que les malades s'affaiblissent et tombent dans le collapsus, les excitants, les préparations ammoniacales éthérées, le camphre, le musc, le vin apportent quelque consolation à l'entourage sans être utiles aux malades.
Mais pourquoi tourmenter, pendant toute la durée de la maladie, par un traitement actif, ces pauvres êtres voués à une mort presque certaine? C'est que la mort n'est que presque certaine, et qu'il existe quelques rares exemples de guérison, comme nous l'avons exposé. Aussi, si la maladie se ralentit alors dans sa marche, il faut redoubler de soins, on tient les malades dans le calme le plus absolu, dans l'obscurité; on leur donne du lait en petite quantité, souvent répétée; on a soin qu'il y ait tous les jours une évacuation alvine, on évite pendant longtemps encore toute excitation physique et morale. Peu à peu on passe alors au traitement tonique par un régime plus substantiel, par l'iodure de fer, par l'huile de foie de morue ordinaire ou ferrugineuse, par le séjour à la campagne pendant la bonne saison.
Du traitement de la péritonite tuberculeuse.
Le traitement général est le même que pour les autres localisations, pour la tuberculose en général. Malgré les douleurs, il faut être sobre de l'application de sangsues et les réserver pour les douleurs vives, continues, non soulagées par l'opium. Ces malades se trouvent ordinairement bien dans un bain tiède; les cataplasmes, les compresses hydropathiques, aidés de l'usage interne des narcotiques, leur procurent un bien passager. Les injections hypodermiques de morphine sont aussi un bon palliatif. Les vésicatoires volants soulagent quelquefois de douleurs fixes fort incommodes. Lorsque les douleurs sont
supportables, la fièvre modérée, on remplace ce traitement palliatif par l'iodure de potassium, l'iodure de fer, l'huile de foie de morue, et on recommande alors un régime plus substantiel. Malheureusement ce mieux est ordinairement passager; une fois seulement il m'a été donné d'observer une amélioration plus durable. Mais pourquoi la péritonite tuberculeuse ne pourrait-elle pas s'arrêter dans sa marche, comme, très exceptionnellement il est vrai, la méningite de même nature? — On traite les nausées, les vomissements, la diarrhée d'après les règles déjà indiquées. Quelquefois la fluctuation est très évidente, l'abdomen est distendu par la masse de liquide, le diaphragme est refoulé en haut, ce qui donne lieu à une dyspnée habituelle. Dans ces cas il ne faut pas hésiter à faire la ponction et à la répéter au besoin.
Traitement de la tuberculose des ganglions bronchiques.
Si le traitement général ne doit pas varier considérablement, il y a lieu cependant d'user des préparations iodées plus largement encore que dans d'autres localisations tuberculeuses, attendu que les ganglions bronchiques sont très tuméfiés, très hypertrophiés en dehors même des tubercules et des infiltrations. Il faut alors porter la dose journalière de l'iodure de potassium de 1 à 2 grammes et au delà, badigeonner largement avec la teinture d'iode les parois de la poitrine. Une nourriture substantielle, les narcotiques contre la toux, des frictions chloroformées sur les parois de la poitrine, ou des frictions calmantes de 0°r,G0 de chlorhydrate de morphine dans 15 à 20 grammes de glycérine contre les douleurs thoraciques, constituent le traitement palliatif ordinaire. Mais il y a, en outre, les accès asthmatiques, que l'on combat par les révulsifs, par l'inspiration de vapeurs,
L'ADÉNITE TUBERCULEUSE. 587 par le mélange de sirop d'éther et de sirop d'opium par cuillerées à café, par l'hydrate de chloral en perles à 25 centigrammes ; on donne encore le chloral dans une potion de 480 grammes contenant 4 grammes du médicament, que l'on fait prendre par cuillerées à soupe de demi en demi-heure, et plus rarement lorsque l'accès passe. De petits lavements opiacés peuvent aider l'effet de ces divers moyens. Pendant la belle saison, l'hygiène et le changement d'air sont de rigueur et doivent être exécutés dans les mêmes conditions que pour les autres affections tuberculeuses.
Vu traitement de la tuberculose des ganglions lymphatiques superficiels.
Le traitement général est celui que nous venons d'indiquer tout à l'heure. Outre l'huile de foie de morue cependant, les iodures, l'iodure de potassium d'abord et celui de fer ensuite, doivent être largement et longtemps employés.
Mon sirop d'iodure de fer, préparé par la double décomposition de l'iodure de potassium et du sulfate de fer, dont j'ai donné la formule plus haut, m'a rendu de bons services dans des cas où le traitement devait être de longue durée. Deux à trois cuillerées à dessert d'abord et à soupe ensuite constituent la dose journalière. Lorsque les malades sont affaiblis par la longue durée de la suppuration, je fais prendre comme principal remède l'huile de foie de morue ferrugineuse. J'ai abandonné depuis longtemps d'autres moyens très vantés, mais qui ne m'ont point donné de résultats satisfaisants, tels que les bromures, les préparations d'or, le chlorhydrate de baryte, la ciguë. Il faut toujours se rappeler qu'il ne convient pas de donner trop de médicaments aux enfants et qu'il est essentiel de leur conserver l'estomac en bon état.
Pendant les inflammations intercurrentes qui préparent la suppuration, on met les malades à une diète moins succulente, on leur ordonne des boissons rafraîchissantes, on suspend le traitement tonique et résolutif, on fait garder le repos, et, si l'inflammation et la fièvre sont fortes, on prescrit de petites doses de calomel, de 0>,2 à 0>,3, dont on prendra trois ou quatre par jour.
Les bains chlorurés, salés, brornurés et iodés, pendant la bonne saison, sont très utiles à ces jeunes malades. On leur fait prendre à la maison des bains salés avec addition de cinq cà six litres d'eaux mères deKreuznach,ou on les envoie à Kreuznach, à Bex, à Salins, dans un des nombreux établissements de ce genre qui existent aujourd'hui.
Il ne faut pas laisser passer la bonne saison sans un séjour à la campagne, aux bords de la mer ou à la montagne. Les bains de mer, chauds d'abord, puis dans la mer, conviennent bien aussi, soit dans la mer du Nord ou la Baltique, soit dans un climat plus doux, comme à Arcachon, dans la Méditerranée, à Pegli, à Castellamare, au commencement de l'automne. L'hydropathie peut être un adjuvant utile, mais n'a pas d'action directe. Cependant j'ai employé avec succès, dans le temps, à Lavey (1846), une méthode qui m'a paru utile et que j'ai appelée hydropathie médicamenteuse. Les jeunes malades étaient enveloppés le matin dans le drap mouillé, entourés de couvertures et y restaient une heure ou deux, jusqu'à la transpiration. Pendant ce temps ils prenaient toutes les 15 cà 20 minutes 0=r,2 à 0sr,3 d'iodure de potassium dans un demi-verre d'eau. La transpiration une lois établie, je les faisais porter dans le bain froid établi dans le Rhône, qui cà Lavey n'a que 0 à 8° R. en été; je les faisais plonger dans cette eau froide, puis ils s'habillaient, déjeunaient et se promenaient. Ce traitement
L'ADÉNITE TUBERCULEUSE. 589
a toujours été fort bien supporté, et mon successeur et ami M. Gossy a continué d'obtenir de bons résultats de cette méthode à Lavey et à Bex, où dans le plus beau site, avec un climat des plus agréables, l'hydropathie est fort bien combinée avec les bains salés et avec ceux additionnés des eaux-mères des salines. Parmi les topiques, lorsqu'il n'y a pas suppuration, j'emploie les frictions mercurielles, celles d'iodure de potassium, et volontiers celles avec du bi-iodure de mercure, Or,30 pour 30 grammes^d'axonge; ces frictions, qui irritent la peau, doivent être suspendues pour quelques jours dès qu'elles provoquent de l'érythème.
Lorsque les ganglions tuberculeux suppurent, il faut ouvrir chaque abcès de bonne heure. On peut panser les ulcères avec une pommade saturnine ou avec une solution de nitrate d'argent, 0sr,10 à 0sr,15 pour 30 grammes d'eau distillée, liquide dont on imbibe de la charpie ; le tout est recouvert d'ouate. Il est bon de cautériser de temps en temps les ulcères avec de l'azotate d'argent, lorsque les bourgeons charnus sont exubérants.
Il faut fendre les fistules, faire l'ablation des parties décollées de la peau, éviter, en un mot, toute stagnation de pus. C'est ainsi que l'on évite des cicatrices difformes. L'extirpation des ganglions tuberculeux doit être conseillée, lorsqu'il n'en existe qu'un petit nombre de volumineux, ou lorsqu'un paquet, un chapelet de ces ganglions occasionne une véritable difformité à la partie antérieure du cou.
Pages.
Introduction et plan de l'ouvrage 1
Quelques remarques historiques générales, résumant principalement mes travaux de trente-cinq ans sur la phthisie et les maladies tuberculeuses
des divers organes 13