CINQUIÈME PARTIE
DES TRAITEMENTS »E LA IMITI1ISIE PULMONAIRE ET DES MALADIES TUBERCULEUSES BOA GENERAL.
On a souvent reproché à notre époque médicale de négliger la thérapeutique pour ne s'occuper que de physiologie pathologique. Que ce reproche s'applique à un certain nombre d'auteurs modernes, on ne saurait le nier. Pour ma part, j'ai toujours tenu haut le drapeau de la thérapeutique, et même, dans un temps où le nihilisme en matière de traitement paraissait envahir épidémiquement l'esprit des écoles, j'ai soutenu énergiquemeut les saines doctrines. J'ai toujours pensé que le médecin qui néglige de faire du bien à ses semblables, par toutes les ressources que la science et l'art mettent à sa disposition, manque au premier de ses devoirs.
D'un autre côté, le retour à la thérapeutique se manifeste de plus en plus, et ses conquêtes incessantes sont vraiment dignes d'intérêt. Si bien des médecins ne participent pas à ce progrès, c'est leur faute tout individuelle, et ils sont sans excuses aux yeux de la vraie science. L'hygiène, la thérapeutique médicamenteuse, l'application des ressources de la chirurgie, tendenl plus que jamais à concourir d'une manière harmonieuse et efficace au soulagement et à la guérison de ceux qui souffrent.
L'hygiène est devenue de nos jours une science exacte, basée sur 1ns résultats de toutes les sciences naturelles.
Très-perfectionnée dans ses applications à la vie individuelle, tant normale que pathologique, elle est devenue aussi une science sociale et humanitaire qui tend de plus en plus à attaquer dans leurs sources les causes des maladies sporadiques el des épidémies. La prolongation de la vie, la conservation de la santé et le perfectionnement du genre humain constituent le but qu'elle se propose d'atteindre.
De nouveaux médicaments , de nouvelles méthodes ont été introduites dans la thérapeutique médicale. Le chloral, l'apomorphine, l'acide salycilique, la méthode hypodermique, l'emploi des antipyrétiques contre la consomption aiguë déterminée par la fièvre , les nombreuses applications de l'électricité , comme moyen de diagnostic aussi bien que de traitement, el bien d'autres moyens, qu'il serait trop long d'énumérer, en témoignent.
A mesure que le perfectionnement de toutes les voies de communication rend les ressources des pays éloignés plus accessibles, l'étude des eaux minérales, thermales ou froides, des bains de mer, et, avant tout, la climatologie ont réalisé de sensibles progrès.
La chirurgie est appliquée d'une manière bien autremeni large que précédemment à la thérapeutique des maladies internes. J'en citerai comme exemple la thoracocentèse faite avec l'appareil Dieulafoy, l'opération de l'empyème, la gastrotomie, le traitement chirurgical des ganglions tuberculeux superficiels et des ulcères qu'ils déterminent, la trachéotomie, si admirablement perfectionnée de nos jours, les progrès faits dans le traitement opératoire de l'œdème, jusque-là si rebelle aux divers traitements.
La physiologie tend à son tour à éclairer de plus en plus la pathologie et la thérapeutique. Sous ce dernier rapport aucune
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 421 époque n'a été aussi riche et aussi fructueuse que la nôtre en bonnes expériences sur l'action des médicaments. C'est ainsi que l'application des sciences naturelles réduit de plus en plus l'élément inconnu et mystérieux qui voilait l'action des remèdes et rend l'emploi de ceux-ci plus utile et plus efficace.
Sortant ainsi de plus en plus de la voie d'un empirisme aveugle, d'une tradition mal fondée, bien que parfois séculaire, le médecin se demande , avant de formuler un traitement, quelles sont les vraies indications thérapeutiques et de quelle façon l'hygiène, les médicaments, la chirurgie peuvent aider à les remplir. C'est seulement après cet examen critique et attentif qu'arrivent les prescriptions médicales détaillées. Plus que jamais la tâche du médecin désireux de remplir consciencieusement son devoir, est belle et vraiment humanitaire.
Les principes que je viens d'énoncer trouvent largement leur application dans le traitement de la tuberculose. On a renoncé à l'idée fatale qu'elle est un néoplasme analogue aux produits nouveaux de mauvaise nature. La théorie de sa nature inflammatoire a fait rapidement sou chemin, et l'observation, tant anatomique que clinique, nous a fourni de nombreuses preuves do sa curabilité. En se rappelant le fait que la dystrophie, le mauvais état de la constitution et de la nutrition, est le sol le plus favorable au développement de la tuberculose, on ne songe même plus a s'adresser a la médication antiphlogistique uniquement parce qu'il y a phlogose. Nous sommes très-loin des idées de Broussais, heureusement pour les malades.
Cherchant à soutenir toute la constitution, à relever la santé générale, nous nous efforçons de donner à l'économie la possibilité de résister, et non d'affaiblir l'organisme par des méthodes débilitantes. Nous savons aussi que nous ne possédons point pour cela de moyens spécifiques: Mais nous ne nous faisons pas
illusion non plus sur le fait que la lutte de l'organisme contre l'envahissement et les progrès de la tuberculose rencontre de grandes difficultés, qu'elle devient souvent à la longue insuffisante, qu'elle ne peut pas empêcher, dans un nombre de cas encore malheureusement beaucoup trop grand, l'issue fatale de la maladie, qu'elle est souvent même incapable de prévenir les effets de l'hérédité. Le médecin qui voit juste et qui craint les illusions est-il par cela même voué au découragement? Non, en aucune façon. Il lutte à son tour, il agit de son mieux, et souvent il a la satisfaction d'arriver au soulagement, à la prolongation de la vie, dans un certain nombre de cas à la guérison momentanée, dans quelques-uns à la guérison durable des malades. Est-il simple spectateur de ces événements, en est-il acteur? Évidemment la marche naturelle de la maladie, son histoire naturelle, pour ainsi dire, viennent d'autant plus à son aide, qu'il les connaît mieux. Mais il peut contribuer, par ses conseils, à amener un heureux résultat, qui, la maladie et le malade étant abandonnés à eux-mêmes, n'aurait souvent pas eu lieu, ou ne serait arrivé que d'une manière beaucoup plus incomplète.
Formulons maintenant en quelques mots les indications générales du traitement de la phthisie pulmonaire et des maladies tuberculeuses des divers organes.
La prophylaxie doit nous occuper tout d'abord. Une maladie aussi grave, lorsqu'elle estime fois déclarée, lorsqu'elle affecte une marche progressive, doit être combattue à l'état de simple prédisposition, de diathèse, alors qu'elle rend possible l'évolution d'affections ou d'états anti-bygiéniques qui y conduisent. La prédisposition héréditaire en particulier demande à être combattue énergiquement et sans relâche. La prophylaxie sociale, ou la diminution de la fréquence de la phthisie par les progrès
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de l'hygiène publique, est certainement un des besoins urgents de l'époque. Tous les efforts des médecins et des gouvernements doivent y tendre. Mais jusqu'à présent nous sommes si peu avancés sur ce terrain, qu'il est aujourd'hui encore impossible de formuler à ce sujet des propositions à la fois efficaces et réalisables.
La seconde indication à remplir est celle d'attaquer les causes chaque fois qu'il est possible de les atteindre et que la maladie n'est pas trop avancée, lorsque l'on peut encore espérer quelque effet salutaire de la suppression de causes actives. Nou citerons comme exemple les succès souvent satisfaisants, quelquefois surprenants, d'un traitement anti-syphilitique, lorsque la syphilis constitutionnelle a pris part à la production de la tuberculose.
. La prophylaxie et le traitement des causes ne sont souvent plus applicables. On arrive alors au traitement fondamental de la maladie. Nous ne possédons, je le répète, aucun remède anti-tuberculeux, capable de combattre directement la maladie, et il n'est pas probable que de longtemps on en trouve. Ne préjugeons pas toutefois de l'avenir. Nous arrivons donc en tout premier lieu, fidèles au principe de donner au corps des forces suffisantes pour soutenir la lutte, au traitement hygiénique, sans lequel aucun médecin sérieux ne voudrait traiter la phthisie. Pour la diète il y a un double écueil à éviter, celui sur lequel nos prédécesseurs ont souvent échoué, celui de ne pas donner aux malades une nourriture suffisamment substantielle, et celui, plus commun aujourd'hui, de leur prescrire des viandes succulentes et des vins généreux en trop grande abondance. Il ne faut pas moins régler les habitudes, les occupations, tout le genre dévie des malades, s'enquérir de leur habitation, de leur chambre à coucher surtout, choisir pour l'été et pour l'hiver un séjour et
un climat convenables. Il ne faut point, enfin, négliger le traitement psychologique, qui exige des connaissances spéciales.
Le traitement par les médicaments ne constitue que la quatrième indication et ne saurait avoir d'autre but que de modifier la nutrition et de combattre les symptômes qui augmentent les souffrances des malades ou qui aggravent, par leur intensité et leur opiniâtreté, la marche de la maladie. Mais il ne faut pas oublier que les maladies tuberculeuses agissent déjà par ellesmêmes d'une manière défavorable sur les voies digestives, dont la souffrance prolongée abrège les jours des malades. Il faut, par conséquent, s'abstenir de l'usage de médicaments qui ne sont pas de rigueur, choisir ceux que l'estomac supporte généralement bien et surveiller pour chaque prescription la tolérance de cet organe.
Il ne faut pas enfin, en cinquième lieu, négliger les préceptes delà chirurgie, qui peuvent porter secours là où les remèdes sont impuissants. On tourmenterait et on affaiblirait, par exemple, inutilement les malades avec les diurétiques ou les purgatifs, lorsqu'une simple ponction peut vider promptement des amas considérables de liquide dans la plèvre ou le péritoine. Il ne faut pas perdre son temps avec les sangsues et les vomitifs, lorsqu'un malade est pris rapidement d'œdème de la glotte dans le cours d'une affection grave du larynx. La trachéotomie seule peut, en cas pareil, prévenir la mort si pénible par suffocation.
Cette simple revue des indications nous montre déjà combien le champ d'action du médecin est vaste dans le traitement de ces maladies.