PROPHYLAXIE GÉNÉRALE
De la prophylaxie.
A. De la prophylaxie générale et publique.
Cette partie si importante de l'hygiène n'a que peu ou point lixé jusqu'ici l'attention des médecins et des autorités. Des propositions faites à différentes reprises, telles que l'intervention de l'État pour empêcher le mariage de ceux qui sont tuberculeux ou qui sont soupçonnés de l'être, sont absolument impraticables et par conséquent stériles. Cependant il est probable que l'amélioration très-considérable que l'hygiène publique a réalisée de notre temps, et qu'elle réalise tous les jours, aura une influence favorable sur la santé publique en général et sur la diminution de la phthisie en particulier. J'ai publié en 1870, dans les Archives cliniques allemandes (Deutschesklinisches Archiv ,1870) , un travail sur les épidémies de typhus exanthématique et de typhus cà rechutes qui ont régné à Breslau en 1868 et 1869. J'ai démontré dans ce travail l'influence fâcheuse, non-seulement sur les épidémies, mais aussi sur les maladies régnant endémiquement et sur la phthisie en particulier, d'une constitution géologique défavorable du sol et du sous-sol, d'une eau potable détériorée par le mauvais état des puits, par le voisinage et la liltralion dans ceux-ci des produits d'excrétion , des fosses d'aisances, des stations voisines de nombreuses voitures publiques, d'une méthode vicieuse, enfin, du transport et de l'éloignementdes produits d'excrétion. J'ai signalé la gravité de ces éléments anti-hygiéniques , auxquels une bonne édilité peut et doit remédier, leur influence sur le développement d'affections gastro-intestinales aiguës et chroniques, sur la mortalité des enfants en bas âge, sur le développement de maladies dystrophiques des voies respiratoires. Que les maires, les conseils
municipaux, les conseils de santé ou de salubrité publique, procurent à leurs populations une bonne eaupotable,la canalisation ou tel autre bon système pour enlever promptcment les urines et les matières fécales ; qu'ils surveillent mieux tout ce qui a rapport aux puits, aux sources, aux eaux du sous-sol (Grvndiiasser) , et ils seront tout étonnés de voir la santé pub iue devenir meilleure, les épidémies, les maladies chroniques, la phthisie en particulier, diminuer et faire moins de ravages. Que cette même sollicitude s'applique à la surveillance et à l'établissement des habitations pour les pauvres, qu'on soif plus sévère dans la punition de la falsification des aliments el des boissons, et l'on verra que la diminution de la phthisie dans les classes pauvres n'est point une chimère.
J'ai vu en Suisse, dans le haut Valais aussi bien que dans le bas Valais, des terrains marécageux disparaître par l'endiguement du Rhône, par des fossés d'écoulement d'eau, en un mot, par des travaux appropriés. Eh bien! ce dessèchement des marais a non-seulement fait cesser les fièvres intermittentes, mais a diminué notablement aussi les cas de phthisie pulmonaire. J'en ai eu surtout la preuve clans le bas Valais, depuis Martigny jusqu'au lac Léman.
Il faut aussi améliorer, mieux que cela n'a été fait jusqu'à présent, les conditions de vie et d'habitation des gens qui vivent agglomérés dans des locaux restreints, tels que les fabriques, les casernes, les prisons, les écoles. Ces dernières sont en pleine voie d'amélioration hygiénique, pour l'air, la lumière, le chauffage, les bancs, les tables, la distribution des heures de travail, la gymnastique, etc. La législation règle de plus en plus, poulies fabriques comme pour les écoles, les heures de travail, l'âge d'entrée pour les enfants, etc. Mais les locaux laissent souvent encore beaucoup à désirer au point de vue hygiénique.
PROPHYLAXIE GÉNÉRALE. m On a bien amélioré les locaux et le régime des casernes et des prisons; mais clans beaucoup d'entre elles on laisse encore dormir trop d'individus dans les mêmes dortoirs, où s'accumule un air vicié. On oublie que l'homme passe au lit et dans les chambres à coucher à peu près le tiers de sa vie.
Un dernier point d'hygiène publique qui a besoin d'entrer dans une meilleure voie, par rapport à la phthisie, ce sont les hôpitaux. Je ne veux pas discuter cette question générale; mais tout médecin d'hôpital expérimenté envisage comme moi le séjour prolongé dans les salles comme souvent plus nuisible qu'utile aux phthisiques. Je ne parle pas même du manque d'intérêt qu'inspirent souvent ces maladies, devenues incurables, aux médecins qui recherchent avant tout les cas intéressants, et le nombre de ces disciples d'Esculape n'est pas petit, Mais malgré les grands perfectionnements de l'hygiène hospitalière, nos phthisiques peu avancés meurent plus vite dans les hôpitaux; la durée moyenne de leur maladie est moindre que dans la pratique privée des pauvres, même dans la polyclinique. Être pendant des mois au milieu d'un grand nombre de malades est déjà un inconvénient; souvent la nourriture n'est pas assez substantielle pour eux; en un mot, leur hygiène, par rapport à l'air, au régime, souvent aux soins même, laisse beaucoup à désirer.
C'est pour cela que, dès 1869, dans mon travail sur les cures de lait, j'ai proposé une réforme complète sous ce rapport, savoir : l'établissement, à la campagne, d'asiles pour les phthisiques, dans des sites abrités et salubres, simplement, mais hygiéniquement construits, avec du bon lait dans le proche voisinage, des chambres bien aérées, chacune pour un petit nombre de malades, le tout avec un régime approprié, sous la direction médicale du médecin le plus rapproché. Ces asiles
ainsi établis, avec simplicité, ne coûteront guère pins aux administrations que les phthisiques des hôpitaux ordinaires des villes. Des colonies de ce genre pourraient même être utilisées pour un travail modéré et facile, lorsque la maladie n'est pas trop avancée. En un mot, l'hygiène hospitalière des tuberculeux, bien améliorée, pourra prolonger leur existence, la rendra plus supportable, favorisera chez un plus grand nombre l'arrêt ou la guérison de la maladie et conservera ainsi à l'État son meilleur capital^ la force vivante.
Si je ne me trompe, les principes que j'ai énoncés ont déjà trouvé leur application à Christiania.
B. Prophylaxie individuelle.
Toutes les questions qui se rapportent à l'hérédité forment, pour ainsi dire, la transition entre l'hygiène publique et la prophylaxie individuelle.
La liberté individuelle ne saurait être gênée par l'État, ni pour le mariage, ni pour le choix d'une profession, ni pour aucun objet ressortissant de l'initiative individuelle, dans les limites de la loi. Mais les médecins, les auteurs médicaux, les hygiénistes, les autorités préposées à la salubrité publique doivent éclairer le peuple par de bons conseils et des écrits sensés et chaleureux. Un appel fait ainsi, non-seulement à la raison, mais aussi au véritable intérêt des hommes, pourra prévenir bien des malheurs. Le médecin doit scrupuleusement déconseiller le mariage, lorsqu'il y a hérédité tuberculeuse, car souvent alors, chez l'adulte, la tuberculose a déjà commencé à produire ses effets à l'époque d'un mariage possible. Faut-il se borner à ces conseils pour l'hérédité? A coup sûr, non.
Un homme jeune ou dans la force de l'âge a eu un crache-
PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE. m
ment de sang; les signes du catarrhe d'un sommet pulmonaire se sont établis, un lobe pulmonaire a été envahi, la santé générale a fléchi. Un tel malade ne se marierait pas. Mais sa santé se rétablit, il cesse de tousser, et même l'examen de la poitrine fournit des résultats satisfaisants. C'est alors que la question de l'opportunité du mariage est posée au médecin. Dans ces cas, il estde son devoir de prévenir ce malade, actuellement bien portant, de la possibilité d'une rechute ultérieure, delà possibilité de transmettre à ses enfants le principe de la même maladie.
Si vous ne parvenez pas à dissuader le malade, demandezlui au moins un sursis de une, de deux, de plusieurs années, en lui faisant comprendre en même temps l'effet souvent nuisible des grandes fatigues souvent inséparables des premiers temps du mariage, source de bien-être pour les forts, de malaise, de maladie même pour les faibles.
Soyez bien plus sévères encore, lorsqu'il s'agit d'une jeune fille que vous avez traitée ou qui a été atteinte antérieurement, même plusieurs années auparavant, de crachement de sang, de toux, des signes de la tuberculose, en un mot. Faites bien comprendre aux parents et à la jeune personne qu'il y va de la vie, et que la grossesse et les couches, dans un trop grand nombre de cas, réveillent la diathèse endormie, provoquent la rechute de la tuberculose en accélérant sa marche, et peuvent ainsi abréger considérablement la vie.
Cette même sévérité n'est plus de mise lorsqu'il s'agit, dans les antécédents, de tuberculose ganglionnaire superficielle. Toutefois, si vous êtes consulté, en cas pareil, sur l'opportunité du mariage, ne cachez pas aux parents que cette maladie peut se transmettre aussi, qu'elle peut donner lieu chez les enfants à des maladies scrofuleuses, et même, quoique plus rarement, aux tubercules pulmonaires. Il faut aussi être prévenu du fait
que l'affection tuberculeuse d'un testicule affaiblit non-seulement la force et l'énergie des fonctions génitales, mais que le second se prend souvent par la suite, et que cette maladie en apparence locale peut transmettre aux descendants le germe de la phthisie pulmonaire. On donnera donc, le cas échéant, son' avis médical en conséquence.
Quoi qu'il en soit, un certain nombre de personnes atteintes ou menacées de phthisie se marient. C'est ici que, lorsque la femme devient enceinte, la prophylaxie doit s'étendre à deux générations à la fois. La mère doit être très-prudente et éviter autant que possible tout refroidissement, toute fatigue. Le moindre catarrhe doit être traité avec le plus grand soin. Une nourriture bonne, substantielle, d'une digestion facile, doit fortifier à la la fois la mère et l'enfant.
La mère ne doit point nourrir son enfant, et de bonne heure il faut chercher une nourrice forte, saine, ayanl un lait abondant et de qualité irréprochable.
Lorsque l'enfant est venu au monde avec une prédisposition héréditaire, il doit être nourriplus longtemps que de coutume, pendant un an et au-delà, surtoutdans les villes, dans lesquelles la mauvaise qualité du lait et de l'eau fait succomber beaucoupj d'enfants en bas âge à des affections gastro-intestinales assez souvent infectieuses, septicémiques même. La farine lactée de Nestlé est alors un excellent succédané du lait, et encore doitelle être délayée avec une eau potable salubre. A défaut de celle-ci, on doit la délayer avec de l'eau cuite aù-delà du point! d'ébullilion et refroidie ensuite.
Il faut mettre un soin tout aussi grand pour la vaccination qui doit avoir lieu de bras à bras, mais après avoir constaté par une véritable enquête, la santé de l'enfant qui fournit 1 vaccin et celle de ses parents. La vaccination avec le vaccin d