LES STATIONS EN PARTICULIER
teux peuvent y avoir leurs accès comme ailleurs, mais la possibilité d'y prendre beaucoup plus d'exercice qu'on ne le peut dans le Nord, pendant l'hiver, est pour eux un avantage trèsappréciable.
Les maladies du système nerveux central n'offrent rien de. spécial; cependant j'ai vu plusieurs malades se trouver bien du séjour de Montreux et de Nice après des attaques d'apoplexie qui avaient laissé, avec des restes d'hémiplégie, une certaine atonie générale, une lenteur intellectuelle, une aphasie incomplète. Quelques mois ou une saison passés dans le Midi conviennent à ces malades.
Les névroses complexes, l'hystérie surtout, ne trouvent rien de spécial dans le changement de climat ; toutefois, un hiver plus doux leur permet davantage de pouvoir se livrer à l'exercice en plein air. Pour les malades affaiblis et très-impressionnables, la vie calme de Montreux convient mieux; pour ceux qui recherchent plutôt des distractions sous un beau ciel, avec une température douce, Nice, surtout dans les quartiers qui ne touchent pas à la mer, offre beaucoup de ressources. L'usage du bromure de potassium, de la quinine, des ferrugineux, des préparations arsenicales, peut, au besoin, aider l'effet de la cure climatologique.
Nous arrivons aux détails des stations. Nous devons être bref dans cet exposé, vu les limites restreinles de cet ouvrage, et nous renvoyons, pour de plus amples détails, aux ouvrages spéciaux de climatologie et de géographie médicales, et tout particulièrement à l'excellent ouvrage que mon ami Saint- Lombard vient de publier sur ce sujet, œuvre de toute une vie médicale des mieux employées, œuvre élaborée avec autant de conscience que de talent et de perspicacité.
Stations climatologiques.
On peut diviser les stations climatologiques en quatre groupes : 1° stations à température moyenne, allant jusqu'à 43°, comme Madère, Alger, le Caire ; 2° stations à température moyenne d'hiver moins haute, oscillant autour de 9°, comme la Riviera, mais descendant jusqu'à 6° et quelques dixièmes, comme Rome, Venise, Hyères, Pise, Pau ; 3° stations à température d'hiver au-dessous de 6°, comme Méran, comme Montreux, quelques stations du midi de l'Allemagne, des côtes bien abritées d'Angleterre, l'île de Wight, etc.; 4° sanatoriums de montagne, tels que Gœrbersdorf, Davos, la Haute-Engadine.
Les températures moyennes indiquées dans les divers tableaux, de même que les chiffres indiqués pour l'humidité, les vents, la pluie, etc., diffèrent en partie d'un auteur à l'autre et ne méritent souvent pas une confiance absolue. En outre, l'important pour une station médicale n'est pas la température moyenne de l'hiver en général, mais celle des cinq à six heures du milieu du jour qui constituent le jour médical et qui permettent aux malades de se promener et de vivre en plein air.
/. Stations climatologiques à température d'hiver élevée.
Sans compter les stations de fantaisie, ce sont surtout Madère, l'Algérie et l'Egypte qui attirent chaque année un grand nombre de malades.
Madère occupe depuis longtemps un haut rang dans ces stations. La température moyenne de l'hiver y est non-seulement élevée, mais aussi très-égale. L'île est à l'abri des vents violents, etFunchal, le séjour de prédilection des phlhisiques, jouit d'un air calme ; l'humidité de l'air est modérée. Le
MADÈKE, ALGER, LE GAI HE. 511 nombre des jours de pluie est de soixante-dix dans l'année ; la végétation y est fort belle et offre, ainsi que la faune, des particularités remarquables. En suivant bien les indications exposées, il est bon que les malades restent plusieurs années dans l'île, lorsqu'il s'agit d'une prédisposition marquée ou d'une tuberculose commençante, et lorsque dès les premiers mois le malade s'y est bien trouvé. Il y a pour l'été de bonnes stations dans les montagnes de l'île. On s'exagère le grand éloignement : on peut arriver en deux ou trois jours dans un port, comme Liverpool, d'où le trajet se fait en six jours. Cependant il est bon que l'on ne regarde pas ce séjour, souvent si utile et qui m'a conservé un de mes meilleurs amis, comme l'Eldorado des phtliisiques. D'après la statistique de Renton, il y est mort 32 phtliisiques sur 47 malades à phthisie prononcée, et cela pendant les six premiers mois ; 6 autres y sont morts plus tard. Sur 359 de ces malades revenus en Angleterre, 6 ont succombé plus tard. Sur 35 malades avec tuberculose commençante, l'état de 26 s'est amélioré à Madère. Ce tableau me paraît trop sombre pour représenter une moyenne,- et ferait supposer un choix de malades souvent peu judicieux pour le séjour de Madère.
V Algérie et la ville d'Alger surtout sont très-recommandées comme stations d'hiver. Ce pays est facile à atteindre ; la phthisie y est rare, mais j'ai entendu émettre des opinions bien différentes sur l'opportunité de ce séjour. Pendant que j'exerçais la médecine à Paris, j'y ai envoyé plusieurs malades qui y sont morts ou qui ont succombé peu de temps après leur retour, mais le nombre n'était pas assez considérable pour en tirer des conclusions. L'Algérie est grande et renferme des localités bien abritées pour lesquelles la condition essentielle de séjour serait de ne pas offrir de vestige d'émanations palu-
déennes. Jusqu'à présent, aucune localité n'a su conquérir, pour la tuberculose, les suffrages des médecins, mais il est probable que l'avenir sera, sous ce rapport, plus heureux que le passé. La question est donc encore à l'étude pour l'Algérie.
VÉgypte offre, au Caire, une excellente localité, dans laquelle on peut bien s'installer pour l'hiver. J'ai vu plusieurs malades qui se sont bien trouvés de ce séjour, mais j'ai cherché vainement les preuves de son utilité plus grande que celle de nos stations d'Europe. Quant à la navigation prolongée sur le Nil, érigée en méthode, je n'ai pas sur elle d'expériences suffisantes non plus. J'ai vu quelques malades qui l'ont bien supportée et qui sont revenus améliorés, mais je n'ai pas trouvé dans les auteurs de preuves de l'utilité particulière de cette navigation prolongée, très-coûteuse, souvent peu hygiénique, médiocrement confortable et monotone. Il faut quitter l'Egypte dès le commencement d'avril, mais on trouve en Syrie des stations de montagne agréables et salubres. Toutefois je doute que l'on y trouve l'hygiène nécessaire aux malades, et vivre sur une- terre classique a bien son charme, mais cela n'a aucune influence, que je sache, sur la marche de la tuberculose.
//. Des stations à température moyenne d'hiver, de 0 a 9°.
Toutes ces localités appartiennent aux parties méridionales de la France et à l'Italie. La Corse, appartenant à la France, a plus de rapports avec le climat de la Riviera qu'avec Rome et Pise. Le type des stations d'hiver méridionales de l'Europe est, sans contredit, représenté par la Riviera di ponente, qui offre toute une série de localités très-abritées, à température d'hiver moyenne d'environ 9% avec beaucoup de soleil, très-peu de pluie, un ciel presque toujours beau et pur, une humidité d'air
CANNES, LE CANNET. 513 moyenne, une végétation splendide et d'excellentes conditions hygiéniques, tant au point de vue des hôtels et des pensions qu'au point de vue médical, peu de maladies réclamant autant de médecins à expérience spéciale que la tuberculose. Aussi ai-je tout particulièrement étudié cette belle contrée pendant ces dernières années.
Des stations d'hiver de ta Riviera di Ponenli.
Cannes est une des plus belles localités de la Riviera, abritée, même très abritée selon les points. Mais il y a des malades lymphatiques ou scrofuleux, à tempérament mou, peu excitable, à tuberculose lente et peu fébrile. Pour ceux-là, les bords de la mer, avec son air plus vif, le vent qui y souffle de temps en temps, conviennent de préférence. Le Cannet, situé en arrière, un peu sur la hauteur, est très abrité, ainsi que tout ce splendide amphithéâtre de collines, parsemées de belles villas au pied de la montagne. C'est là où les tuberculeux, les phtisiques, très impressionnables à l'air, très disposés au refroidissement, ayant facilement de la lièvre, toussant beaucoup, nerveux, excitables, trouveront un abri aussi beau que salubre. Il est donc nécessaire que les malades, en arrivant, consultent un médecin qui leur conseille l'exposition la plus favorable. A Cannes, comme ailleurs, la saison peut commencer à la lin d'octobre ou au commencement de novembre. Le mistral de mars et d'avril y est faible, rare et peu incommode. S'il est fort, il faut rester à la maison ou ne sortir qu'avant onze heures ou midi, à partir de neuf à dix heures, où il est moins fort. Ces jours de vents forts passent, et le printemps, jusqu'en mai, y est très beau. D'autres vents, quelquefois forts, n'y sont pas rares au printemps; mais quelle
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est la station de la Riviera, quelle est la station d'hiver en général qui soit exempte de vents parfois fort incommodes?
Nice est connu depuis l'antiquité comme séjour agréable, salubre, à climat doux, à ciel serein, très riche en soleil pendant l'automne , l'hiver et le printemps ; aussi les malades atteints d'affections de la poitrine y ont-ils afflué de toute l'Europe pendant longtemps. Il est alors arrivé à Nice ce qui arrive à toutes les stations de ce genre : on y a envoyé un grand nombre de cas désespérés de tuberculose avancée, incurables clans la majorité des cas. C'est alors qu'une réaction s'est faite, et, au lieu de devenir plus judicieux dans le choix des malades à envoyer, au lieu de n'y diriger que les tuberculeux auxquels la nature, l'art, la curé climatologique pouvaient être vraiment utiles, et ces cas sont heureusement nombreux, on a attribué au climat de Nice ce qui était la faute des indications thérapeutiques mal posées et mal remplies. Le mauvais vouloir y a aidé. Eh bien, malgré les fautes graves des uns et les calomnies des autres, Nice a conservé sa belle réputation; elle est sortie victorieuse de cette lutte, et l'avenir lui réserve une place d'autant, plus belle, d'autant plus assurée parmi les stations de la Riviera, que l'on a appris davantage à user de son climat d'une manière réfléchie et opportune,
Mieux que tous les raisonnements, les laits parleront et rendront témoignage au climat de Nice; analysons donc rapidement en premier lieu ses éléments météorologiques.
Nous possédons des observations exactes sur Nice depuis 1806 jusqu'à aujourd'hui. Des hommes très distingues s'en sont occupés sans interruption. Il suffit de prononcer les noms de Fodéré, Risso, Richelmi, Roubandi, Naudot, Verany, Cabrai, Teysseire. Ce dernier auteur, étranger, du reste, à la médecine, a continué depuis près de trente ans ses observations météore-