‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 88 sur 113 · INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER · texte numérisé non relu

INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER

altération des cartilages, et tout particulièrement avec destruction partielle de l'épiglotte, cas dans lesquels le mauvais état général est considérablement aggravé par la difficulté croissante de la déglutition, et où l'on peut craindre toutes les horreurs d'une mort par inanition. D'un autre côté, de simples ulcérations laryngées, avec intégrité de l'épiglotte et des autres cartilages, avec facilité de la déglutition, ne contre-indiquent nullement la cure climatologique. Plus d'une fois j'ai constaté le retour de la phonation normale ou presque normale du moment où l'état général et celui des poumons sont allés en s'améliorant. Il n'est pas très-rare de trouver, dans des circonstances pareilles, la syphilis comme cause principale, et c'est alors que le traitement antisyphilitique par les frictions mercurielles et l'usage interne de l'iodure de potassium peut rendre de grands services.

Lorsque, à l'examen laryngoscopique, on trouve des polypes du larynx, le climat ne suffit pas et l'opération est nécessaire. Cependant j'ai constaté aussi que de petites excroissances, avec peu d'altération de la voix, chez des personnes âgées, pouvaient être laissées intactes, sans excision ni traitement galvano-caustique, et qu'alors la cure climatologique dans le Midi ou à Montreux, surtout pour les habitants du Nord, pouvait diminuer les signes de l'irritation laryngée et améliorer l'ensemble de la santé.

Quant au catarrhe chronique des bronches, il faut distinguer, pour la cure, deux états bien différents : l'un est la disposition continuelle aux refroidissements et aux bronchites, l'autre la véritable bronchite chronique. Le premier est sou- . vent la suite d'une débilité générale; assez souvent il cache une prédisposition tuberculeuse. Dans d'autres circonstances, et surtout chez les enfants, ces bronchites fréquentes peuvent

devenir dangereuses par leur extension. Il n'est pas rare que ces catarrhes répétés conduisent à l'emphysème pulmonaire, surtout s'ils restent habituellement secs ou n'offrent que peu d'expectoration. Dans ces affections, une longue cure climatologique, aidée de l'application prudente de l'hydropathie, peut rendre de vrais services. Lorsqu'il est constaté que la constitution est bonne ou passable, que la prédisposition héréditaire n'est pas prononcée, il est bon de commencer pendant l'été par un séjour dans la haute montagne et d'envoyer ces malades, pour l'hiver, à Davos ou à Gœrbersdorf.

Le catarrhe pulmonaire non compliqué, quand il n'est pas trop invétéré, n'est pas dangereux par le fait de la toux et de l'hypersécrétion bronchique; mais il le devient facilement par les exacerbalions bronchitiques aiguës, fréquentes surtout au printemps et en automne, souvent consécutives à des imprudences, à des refroidissements. Ici la cure climatologïque est très-indiquée, et surtout dans le Midi, à la Riviera, où les malades peuvent être beaucoup et presque tous les jours en plein air, pourvu qu'ils suivent strictement les conseils des médecins, qu'ils évitent les refroidissements et qu'ils renoncent à ce funeste préjugé que, dans une station méridionale, la prudence et les précautions ne sont pas nécessaires. C'est dans ces cas aussi que les lavages d'eau froide et une cure hydropalhique modérée doivent être combinés avec l'effet du climat, d'après les préceptes détaillés que nous avons donnés sur ce sujet.

Tout ce que nous venons de dire de la bronchite chronique s'applique aussi a la dilatation des bronches.

Les emphysémateux proprement dits se trouvent mieux des stations méridionales ou intermédiaires que de la montagne. Le séjour leur est favorable lorsque la maladie est peu avancée, non compliquée, avec catarrhe pulmonaire prédominant et

INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 497 dyspnée modérée et légère. Si la dyspnée est plus forte et se montre sous forme de paroxysmes asthmatiques intenses, ou si l'asthme est idiopathique, primitif, il faut d'abord observer l'effet du climat avant de décider un séjour prolongé. Si le malade se trouve relativement bien et si ses accès deviennent plus rares, moins forts, nuls peut-être, le malade doit rester; si, au contraire, l'asthme devient incommode , avec de forts accès d'une dyspnée habituelle et pénible, il faut en premier lieu changer de localité dans la même station; car il est des asthmatiques qui assez souvent, souffrant clans telle exposition ou dans telle localité, éprouvent du bien-être et un soulagement réel à une petite distance. Si, après plusieurs changements, la dyspnée et les accès ne diminuent pas, il faut conseiller une autre station ou renvoyer tout à fait le malade.

Lorsque les emphysémateux sont dans une période avancée, avec une nutrition détériorée, avec hypertrophie du cœur, tendance à l'hydropisie, ou que l'anasarque existe déjà, il faut les renvoyer chez eux, ou, s'ils ne peuvent pas faire un long voyage, prévenir l'entourage et la famille de l'état fâcheux du pronostic.

Des œdèmes passagers, même avec un emphysème étendu et de longue durée, mais avec un état général passable, peuvent être améliorés. Avec de la prudence et une bonne direction ces malades peuvent ainsi éviter, dans un climat doux, les aggravations bronchitiques, qui cachent pour eux un danger réel. Dans ces cas, les toniques, les ferrugineux, alternés avec les iodures, la digitale, des calmants doux, tels que la codéine, l'hydrate de chloral à petite dose, la belladone, le datura stramoniumcà l'intérieur ou en cigarettes, m'ont quelquefois rendu de grands services dans le traitement de ces maladies et singulièrement favorisé le succès de la station sanitaire.

LEBERT. 32

Nous voici arrivés au groupe principal des affections des voies respiratoires, aux maladies tuberculeuses. Lorsqu'il s'agit d'envoyer les malades dans'une station climatologique, il faut considérer moins la forme qu'affecte la maladie, toute importante qu'elle est, que la période de la maladie et la manière dont le corps la supporte. Que ce soit la pneumonie disséminée chronique à petits foyers, ou la broncho-pneumonie déjà confluente, plus ou moins soupçonnée d'être accompagnée de granulations : ce n'est pas là le point capital. L'essentiel est de juger à quelle phase morbide on a affaire, si toute altération profonde manque encore, ou s'il y a déjà ramollissement, nécrose moléculaire, tendance aux cavernes, ou cavités déjàformées, etc. Siimportante que soit cette détermination de la période, elle est encore dominée par la considération de l'état général delà santé, par l'existence ou l'abs.ence, le degré et la constance de la fièvre, par l'état des forces et de l'embonpoint. L'état des voies digestives n'est pas moins important, car rien n'aggrave le pronostic de ces maladies comme l'absence d'appétit, l'état laborieux de la digestion , la tendance prononcée à la diarrhée. Que de fois n'observons-nous pas, comme je l'ai déjà fait ressortir, des tuberculeux chez lesquels l'examen physique démontre peu d'altération et dont l'état général, la fièvre, les mauvaises digestions ou la diarrhée nous font dire que la maladie est grave. Ces formes de la tuberculose suivent ordinairement une marche sinon subaiguë, pourtant toujours progressive, relativement rapide et se terminent le plus souvent par la mort dans l'espace de six mois à un an après le premier début. On ne saurait être trop réservé à conseiller à ces malades un voyage lointain, une cure climatologique. La maladie, dans ces cas, peut s'arrêter, il est vrai, par le changement de climat, mais ce n'est pas la règle et l'on imputera souvent au médecin qui aura conseillé le dépla-

INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 499 cément la marche fâcheuse de la maladie, à moins qu'il n'ait fait d'avance toutes ses réserves et qu'il ait conseillé le changement de climat plutôt comme un essai, à résultat douteux, que comme un moyen devant offrir de grandes chances de succès.

D'un autre côté, nous posons un bien meilleur pronostic pour d'autres malades, pour lesquels l'examen de la poitrine démontre des altérations bien appréciables, bien manifestes, des cavernes même, lésions que les malades supportent quelquefois assez légèrement. Leur appétit est bon, les digestions sont faciles; ils n'ont que peu de fièvre et d'une manière peu continue. Cette catégorie de tuberculeux est éminemment propre à l'hibernisation dans une station sanitaire climatérique. Je rappellerai de nouveau aussi les remarques déjà faites plus haut sur les cas de pneumonie chronique du sommet ou d'un lobe supérieur qui, pendant bien des années, peuvent n'offrir que les caractères d'un mal local et guérir même à la longue complètement. Ces malades sont tuberculeux dans le sens large du mot; ils sont atteints de cette broncho-pneumonie d'un lobe supérieur qui peut devenir si grave, et pourtant ils sont loin d'être phthisiques. Ces malades sont prêts également pour la cure climatologique ; ils la supportent fort bien, y reviennent volontiers et en retirent le grand avantage d'être ainsi fortifiés, d'éviter l'extension locale de la maladie, de mener une vie douce, tranquille et hygiénique et de se mettre à l'abri des causes nombreuses qui, dans des conditions extérieures moins bonnes, pourraient facilement aggraver leur maladie et transformer le pronostic passable en un pronostic douteux ou mauvais.

Un des plus beaux côtés de la cure climatologique est son utilité dans la prédisposition héréditaire à la phthisie. Plus les enfants sont jeunes, moins l'âge de l'adolescence est passé, plus

il y aura de chances de succès. Mais il faut, dans ces cas, une expatriation prolongée, l'hiver au Midi, ou dans les stations intermédiaires, et, pour les constitutions de bonne apparence, dans la montagne, à Gœrbersdorf ou à Davos; pour l'été, la montagne, les Alpes. 11 vaudrait la peine de faire une série d'essais pour ces individus ainsi prédisposés, en les faisant séjourner pendant plusieurs années, été et hiver, dans la llautc- Engadine. La seconde enfance, l'époque de la puberté, les cinq à dix ans qui lui succèdent, offrent le plus d'occasions et de chances de remplir cette indication préventive.

Lorsque les ganglions lymphatiques superficiels, surtout ceux du cou, sont engorgés, infiltrés, tuberculeux, qu'il y ait ou non ramollissement ou suppuration, le séjour dans une station d'hiver et dans une station d'été est très-indiqué. Nous savons bien que la dialhèse tuberculeuse s'épuise, dans la majorité des cas, dans ces ganglions lymphatiques superficiels. Mais, d'un autre côté, les organes de la respiration sont éga* lement menacés, bien qu'à un degré très-modéré. C'est alors que la vie en plein air, la bonne hygiène des stations peut faire beaucoup de bien à ces enfants, de même qu'aux enfants scrofuleux pas trop malades, qui ne sont atteints ni de fièvre ni d'une localisation grave, telle que l'arthrite suppurée chronique avec altération des os et des cartilages, la tumeur blanche, la coxalgie, la carie vertébrale. Tant que des scrofuleux peuvent sortir, vivre en plein air, surtout au bord de la mer et d'une mer à climat doux, comme la Méditerranée, l'hiver passé dans une de ces stations peut leur être très-salutaire.

Il n'est pas moins essentiel de saisir pour la cure climalologique le début de la tuberculose, souvent insidieux.

C'est alors qu'il importe de soustraire les malades, par un changement de climat et d'habitudes, aux influences fâcheuses

INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 501 qui peuvent aggraver la maladie. C'est alors aussi que le changement complet de vie, de climat, aidé du repos et d'un traitement convenable, peut ramener la constitution à l'état normal. Mais que le praticien n'oublie pas que ces malades n'aiment pas à consulter, qu'un état psychologique spécial, mélange singulier de crainte et d'insouciance, leur fait négliger, cacher même cette altération commençante et progressive de la santé. Le médecin habituel du malade ne saurait donc être trop vigilant en pareil cas.

Les hypocondriaques qui craignent la phthisie, sans en présenter les symptômes, mettent, au contraire, un soin extrême à consulter de bonne heure, à se l'aire passer pour plus malades qu'ils ne sont, en exagérant surtout les sensations, les quelques douleurs en particulier qu'ils éprouvent dans la poitrine. Ce sont ces malades, ces pseudo-poitrinaires, qui ont fait en partie la gloire de quelques stations sanitaires, en passant pour des merveilles de guérison, parfois avec la complicité de médecins désireux d'étendre la réputation de leur centre d'action. Il en est de même de lapseudo-phthisie des hystériques qui simulent admirablement, quelquefois involontairement, mais par le fait de leurs instincts pervers, la toux, les douleurs, l'oppression, la langueur, la dyspepsie, même jusqu'au crachement de sang de la phthisie. Ces malades n'ont pas besoin d'une cure climatérique et sont souvent un embarras pour les stations sérieuses.

La négligence et l'incurie des tuberculeux font que souvent le médecin ne constate la maladie que lorsqu'elle a déjà fait des progrès et envahi dans une . certaine étendue le premier atteint des deux lobes supérieurs ; la fièvre a commencé a s'établir, la santé générale fléchit. C'est alors qu'il ne faut pas larder d'envoyer le malade dans une station climatologique. Toutefois, vis-à-vis de la famille, le médecin doit poser alors un

pronostic prudent par rapport à Futilité probable du changement de climat, car la broncho-pneumonie disséminée chronique, surtout avec tendance à devenir confluente, avec tendance au ramollissement, à la nécrose moléculaire, peut s'arrêter. Quérir même, mais elle est souvent incalculable dans sa marche, même dans les meilleures conditions extérieures. Il n'en est pas moins bien plus rationnel d'ordonner en pareil cas le repos, une bonne hygiène, un climat doux et salubre, à la fois calmant et tonique, que de courir les chances bien plus mauvaises que peut entraîner l'abstention de toutes ces mesures médicales préventives.

Le premier début clinique des foyers pulmonaires disséminés du sommet est quelquefois si complètement latent que même un médecin attentif et instruit, près d'un malade qui a l'habitude de bien se soigner dès qu'il est indisposé, est surpris par une hémorrhagie pulmonaire tout à fait inattendue. Après ce premier accès d'hémoptysie, quelques malades se rétablissent assez vite; mais, dès ce moment, l'épée de Damoclès reste suspendue sur leur tète. Chez d'autres cette première hémorrhagie est déjà l'expression d'une tuberculisation générale aiguë ou subaiguë, qui, en peu de mois, conduit à la terminaison fatale. Le cas le plus ordinaire cependant c'est que, l'hémoptysie finie, une toux sèche s'établisse, que l'état général, les forces, l'embonpoint commencent cà s'altérer. Le thermomètre révèle de temps en temps une augmentation de la température, le pouls devient plus fréquent; en un mot, les signes d'une maladie chronique sérieuse se dessinent.

Cependant il est grand le nombre des malades chez lesquels ces signes alarmants ne surviennent pas, ou passent, et qui retrouvent une santé en apparence bonne, parfois à un tel point que le médecin, même attentif, ne trouve plus à

INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 503 l'examen de la poitrine que des signes locaux nuls ou peu étendus. De tels malades s'exposent alors volontiers de nouveau à tout ce qui peut aggraver leur mal, ou amener une rechute après un mieux trompeur. D'autres, rendus attentifs et vigilants, mènent une vie prudente et hygiénique; mais ils s'exposent aux fatigues et aux soucis de leur profession, sans compter les conditions mauvaises de climat et les causes inévitables de refroidissement dans la localité qu'ils habitent. C'est ainsi que les chances d'abord vraiment bonnes font peu à peu place à l'aggravation du mal et à la marche progressive de la tuberculisation, rendant ainsi le pronostic pour le moins douteux.

C'est dans toutes ces formes et ces circonstances variées que le séjour dans un climat doux, aidé du repos, d'un bon régime, d'une hygiène soigneusement observée peuvent rendre de grands services et conduire à l'état stationnaire d'abord, à la guérison de la maladie ensuite, guérison dont la durée et la solidité cependant ne sauraient être déterminées d'avance. Les jeunes filles ont, sous ce rapportées mêmes chances favorables que les jeunes gens; mais il faut les mettre en garde, ainsi que les parents, contre les dangers trop fréquents qu'entraîne en cas pareil le mariage et surtout contre l'influence si souvent fâcheuse des grossesses et des couches.

Une autre série de malades offre un état morbide plus avancé qui, sans avoir jamais été latent, a toujours progressé mais lentement, et avec peu de fièvre et des phases prolongées d'apyrcxie, avec un état général altéré, mais resté encore passable. Les foyers disséminés tendent bien à se multiplier, à confluer et à provoquer des infiltrations. La matité dans la partie supérieure d'un côté de la poitrine est étendue en avant et en arrière; on y entend des râles divers, la respiration bronchique, la bronchophonie; mais la rétraction commençante de

cette partie supérieure, son extension moindre pendant une inspiration profonde indiquent non-seulement des adhérences, mais aussi la tendance prédominante à la formation de tissu eonnectif, la tendance, en un mot, à la rétraction de toute la partie envahie du poumon, phase qui peut se terminer aussi par une dilatation prononcée d'une partie des bronches correspondantes. L'autre sommet montre assez souvent dans ces circonstances des altérations commençantes , mais qui peuvent suivre la même marche de transformation fibreuse des parties pulmonaires envahies. En même temps les foyers pulmonaires se sèchent, se flétrissent, ou deviennent crétacés, enserrés par un véritable tissu cicatriciel qui leur ôtele peu qui reste de vie morbide. Puis la fièvre cesse, l'état général s'améliore, l'embonpoint reparaît, les forces se relèvent, et, chez les femmes, les règles, interrompues depuis des mois, reviennent. En un mot, l'organisme sort victorieux de la lutte acharnée contre un mal grave, grâce à ces transformations fibreuses et crétacées.

Ai-je besoin d'ajouter qu'en pareil cas la cure climatologique célèbre ses plus beaux triomphes? Chacun de nous, observateur sur place, n'en a-t-il point été témoin joyeux et satisfait un certain nombre de fois chaque année ?

Si dans ces circonstances la tournure favorable de la maladie peut conduire à la guérison, à une guérison durable même, le médecin expérimenté, cependant, ne se fera pas illusion sur la solidité probable de ce succès. Plus d'une fois les triomphes d'une saison ont été pour moi, chez les mêmes malades, la source de chagrins pour la saison prochaine. Le mal existant avait guéri, mais non la maladie; de nouveaux foyers s'étaient formés en dehors des parties rétractées, cicatrisées. Le médecin expérimenté exhortera donc ces malades, momentanément guéris

INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 505 d'une manière inespérée, à une vie très-prudente. Il les entourera de sollicitude et de bons conseils, parce que l'expérience a appris au praticien que la marche en question est insidieuse, que de légères imprudences s'y payent parfois fort cher, que, sans imprudence même, les rechutes souvent ne peuvent pas être empêchées.

Plus d'une fois nous avons déjà parlé des contre-indicationr de la cure climatologique ; toutefois il est bon de les résumer :

1° Phlhisie bien déclarée à marche aiguë ou subaiguë;

2° Maladie pas très-avancée, quelquefois peu étendue en apparence, d'après l'examen de la poitrine, mais fébrile d'une manière intense et continue, avec diminution rapide des forces et de l'embonpoint ;

3° Maladie à marche lente, mais parvenue à une période avancée, avec ramollissement, fonte tuberculeuse ou bronchopneumonique, cavernes, en même temps que l'on constate l'existence de la fièvre hectique, le trouble des fonctions digestives, l'amaigrissement, le marasme commençant et progressif;

4° Une diarrhée rebelle, résistant à tous les moyens employés, est une contre-indication, lors même que les signes physiques de la phthisie n'offrent pas un haut degré d'intensité, surtout si l'état général de la santé s'est de plus en plus détérioré;

5" La phthisie laryngée bien prononcée, accompagnée des signes de la phthisie pulmonaire , est d'autant plus sûrement une contre-indication que l'examen laryngoscopique et les signes rationnels indiquent la participation, la destruction partielle et progressive des cartilages, et de l'épiglotte surtout .

Dans tous les cas graves de phthisie, que l'on ait conseillé la cure climatologique ou que l'on n'ait pu l'empêcher, il faut que les malades soient accompagnés à l'étranger d'un ou plu-

sieurs membres de la famille qui leur sont chers. Rien n'est plus triste, en effet, que de voir ces malades s'éteindre lentement ou assez vite, dans l'isolement complet, loin de toute leur famille. Il n'est pas rare, dans ces cas-là, que les parents, appelés par le télégraphe, n'arrivent que pour l'enterrement.

Des jeunes gens bien moins malades, mais dont le caractère n'a pas assez de maturité pour suivre rigoureusement les conseils de prudence et les précautions ordonnées par le médecin, ne doivent pas arriver seuls dans une station climalologïque. Il faut qu'ils soient accompagnés d'un parent ou d'une parente qui ait sur eux une véritable autorité. Il n'est que trop fréquent de voir, chez ces jeunes gens, les bonnes chances de la cure compromises, anéanties même par des imprudences répétées, suite de tout manque de surveillance.

J'arrive à un dernier groupe des maladies des voies respiratoires, également fort important pour les indications des stations sanitaires, je veux parler des maladies de la plèvre.

Tout médecin expérimenté connaît les graves inconvénients d'un épanchement pleurétique prolongé, et les nombreux points de contact qui peuvent relier enlre elles la pleurésie chronique et les maladies tuberculeuses. On sait aussi qu'il n'est même pas rare qu'une pleurésie à marche en apparence tout à fait bénigne soit déjà l'expression d'une diathèse tuberculeuse ou d'une localisation disséminée commençant dans l'un des sommets pulmonaires. Dans d'autres cas, la pleurésie se prolonge, F épanchement diminue lentement; mais malgré cela une fièvre, légère il est vrai, persiste; les forces et l'embonpoint ne reviennent pas, et tôt ou tard l'examen fait découvrir dans l'un des sommets pulmonaires le commencement de la tuberculisation broncho-pneumonique. Dans toutes ces circonstances, le

INDICATION DES STATIONS D'HIVER. 507 simple soupçon de l'existence ou de l'imminence de la phlhisie commençante suffît pour justifier non-seulement la cure climatologique, mais pour la rendre même urgente.

Chez d'autres malades, une pleurésie purulente a existé pendant des mois, et la résorption, avec rétraction des parois thoraciques, est survenue peu à peu, spontanément, ou aidée par la ponction et l'aspiration au moyen de l'appareil de Dieulafoy ; mais l'état général de la santé a souffert, il n'existe toutefois encore aucun signe de tuberculose pulmonaire. Quoi de plus impérieusement indiqué que le repos et un climat doux et fortifiant? Il en est de même des cas d'epanchement séreux ou séro-purulent qui ont résisté à des ponctions répétées et qui ont détérioré la santé générale, sans signes fâcheux encore, ou avec soupçon seulement d'un premier début de la tuberculose. Du reste, en cas pareil, il ne faut pas craindre de joindre au besoin les moyens chirurgicaux au traitement par le climat et par les moyens hygiéniques et médicaux.

Dans tous ces cas, la condition essentielle de l'opportunité de la cure climatologïque est que la fièvre ne soit ni intense, ni continue, et que l'état général offre encore un certain degré de résistance. Un épanchement très-considérable, avec oppression marquée, contre-indique aussi le voyage ; à plus forte raison un épanchement bilatéral , expression souvent déjà certaine d'une phthisie au début.

Les maladies du cœur, sans y être fréquentes, ne se rencontrent pas très-rarement dans les stations sanitaires. J'ai généralement observé un bon effet dans les névroses du cœur. Plus d'une fois aussi j'ai constaté une action salutaire lorsque, après avoir reconnu l'empoisonnement lent par la nicotine, par le cigare, comme principale cause des troubles cardiaques, j'ai

pu obtenir de ces malades atteints en même temps d'autres névropathies, de vertiges, de troubles de la vue, de palpitations, etc., de renoncer complètement au cigare et au tabac. Les bords de la mer, aidés de l'action du fer et des toniques, du quinquina, sont tout particulièrement utiles aussi dans les troubles cardiaques nerveux qui accompagnent la chlorose et l'anémie.

Lorsqu'il s'agit d'une altération valvulaire ou d'une myocardiLe chronique peu avancées, un climat doux est généralement bien supporté; le repos et les soius hygiéniques font du bien ; mais il n'y a aucune action spéciale ; toutefois, si la maladie est avancée et s'il y a déjà un commencement d'hydropisie, il ne faut point y envoyer ces malades. Cependant j'en ai vu plusieurs, qui se trouvaient clans les stations dans ces circonstances, s'y porter assez bien. Le repos, le bon air, la possibilité de se promener tous les jours en plein air, au moins à la Riviera, la possibilité d'éviter les catarrhes pulmonaires, les combinaisons des préparations de digitale, de fer, de quinquina, m'ont fourni plus d'une fois des résultats satisfaisants.

Il en est de même de la néphrite chronique avec albuminurie, de la glycosurie. Ces malades se trouvent bien dans le Midi, tant que la maladie n'est pas trop avancée. Ceux qui ont été atteints de rhumatisme articulaire aigu à différentes reprises et qui ont une maladie du cœur, aggravée par chaque attaque nouvelle de rhumatisme, peuvent éviter ces rechutes en passant l'hiver dans un climat doux et égal, surtout s'ils se soumettent à toutes les précautions ordonnées par le médecin.

J'ai peu d'expérience sur l'action du climat sur le rhumatisme chronique et la névralgie. La douceur égale de l'hiver des stations méridionales doit cependant être utile à ces malades, et l'absence de toute influence marécageuse peut être favorable aussi aux névralgies d'origine paludéenne. Les gout-

Page 1