‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 9 sur 113 · I. Tableau général de la phthisie · texte numérisé non relu

I. Tableau général de la phthisie

La prédisposition à la phthisie peut se manifester de bonne heure par une mauvaise conformation de la poitrine qui est plate, étroite, à détroit supérieur souvent rétréci. Les personnes atteintes de cette prédisposition ont une tendance prononcée à être souvent et facilement enrhumées, à avoir la respiration habituellement un peu gênée; elles offrent les attributs d'une constitution faible et délicate. Cet ensemble, prononcé surtout lorsque la prédisposition est héréditaire, manque assez souvent. Dhm autre côté, tout ce qui affaiblit, tout ce quicachectise, tout ce qui conduit à la dyslrophie générale et à celle des poumons en particulier, prépare à la phthisie, même sans prédisposition spéciale. Des maladies infectantes, la syphilis surtout, augmentent encore cette propension. lien est de même des scrofules.

Le début est ordinairement lent et insidieux. Les malades

DE LA BRONCHO-PNEUMONIE CHRONIQUE. 63 toussent de temps en temps; cette toux, qu'ils négligent, est plus fréquente la nuit que le jour. Des douleurs vagues dans la poitrine, une disposition à la dyspnée après des efforts et des fatigues de marche ou d'ascension, une légère diminution des forces surviennent; mais cet ensemble de symptômes attire à peine l'attention des malades. Aussi sont-ils souvent péniblement surpris par un premier crachement de sang, ou même une pneumorrhagie.

Bientôt l'état général s'altère davantage. Les malades sont plus vite fatigués, moins aptes au travail, ils commencent à pâlir, a maigrir un peu. Ils ont de lemps en temps le sentiment de la fièvre; la transpiration commence à survenir pendant la nuit. Chez quelques-uns une diarrhée opiniâtre se montre de bonne heure. Chez les jeunes filles, une espèce de pseudo-chlorose masque quelquefois le début. Souvent l'appétit diminue de bonne heure et la digestion devient bientôt difficile.

La toux, tout en restant sèche, devient plus fréquente. Comme la poitrine maigrit souvent avant le reste du corps, on a pris l'effet pour la cause, en désignant cet amaigrissement thoracique sous le nom d'habitus phthisique.

Le sommet pulmonaire, atteint le premier, donne bientôt lieu à un léger affaissement thoracique antéro-supérieur avec diminution de l'extension de celte partie pendant les inspirations profondes. Peu à peu la respiration s'accélère un peu, 24 à 28 par minute, et bien plus chez les enfants. La gène de la respiration n'est d'abord que momentanée, à la suite d'efforts respiratoires. Plus tard elle devient plus habituelle, mais elle reste ordinairement très-supportable. Elle est momentanément augmentée par la toux, par un exercice fatigant, par des émotions morales; il y a de temps à autre des paroxysmes d'oppression, môme sans cause appréciable. Lorsque celle-ci est de bonne

64 TABLEAU GÉNÉRAL DE LA PHTHIS1E PULMONAIRE, heure très-prononcée, il n'est pas rare de trouver comme cause la complication avec un épanchement pleurétique. L'engorgement des glandes bronchiques et les ulcères du larynx, surtout de la région épiglottique, peuvent aussi augmenter la dyspnée de bonne heure.

Bientôt la toux, devenue habituelle, s'accompagne d'une expectoration muqueuse peu abondante. Les quintes de toux sont surtout incommodes pendant la nuit et vers le matin ; elles peuvent s'accompagner de douleurs de poitrine. S'il y a un épanchement, les malades toussent davantage lorsqu'ils sont couchés sur le côté opposé. Étant devenue habituelle, fréquente, avec de forts accès, la toux excite souvent aussi le vomissement, chez les femmes, quelquefois l'émission involontaire d'un peu d'urine. Chez les enfants, la toux peut ressembler, à s'y méprendre, à la coqueluche, lorsque les glandes bronchiques sont fortement infiltrées.

L'expectoration, nulle d'abord, puis devenue plus abondante, reste encore pendant quelque temps catarrhale; mais plus tard les crachats, d'un jaune verdatre, deviennent plats et montrent des bords très-irréguliers, déchiquetés. Des parcelles, en stries ou en petits morceaux, d'un blanc mat, leur donnent un aspect panaché. On y trouve rarement de petits cylindres fibrineux. Quelquefois la bronchite devient féLide; les crachats ont alors une odeur nauséabonde.

La quantité expectorée peut atteindre 200, 300, même 400 gr. et au delà dans les 24 heures, pour diminuer de nouveau vers la fin de la maladie. Le microscope y montre quelquefois les fibres élastiques du poumon, fait sur lequel j'ai insisté le premier en 1844 et que je regarde encore aujourd'hui comme signe d'un travail destructeur, à de rares exceptions près. On voit quelquefois l'expectoration devenir rapidement beaucoup

DE LA BRONCHO-PNEUMONIE CHRONIQUE- 65 plus abondante, plus fluide, séro-purulente, lorsqu'un épanchement pleurétique s'est fait jour à travers les bronches. En laissant reposer les crachats, on distingue quelquefois deux, trois, même quatre couches distinctes.

Outre la teinte sanguine partielle des crachats, le vrai crachement du sang n'est pas rare dès le commencement de la maladie. Sa quantité peut varier entre quelques taches rouges, quelques cuillerées à café et 100, 200 grammes et bien au delà. Pendant les jours suivants, l'hémoptysie se répète volontiers; puis pendant quelques jours encore du sang qui a séjourné dans les bronches est rejeté, mais il est plutôt brun tirant sur le noir, tandis que le sang frais est rutilant. L'hémorrhagie ayant anémié localement la partie du poumon, bon nombre de malades se sentent beaucoup mieux après qu'auparavant. Les pneumorrhagies se répètent assez souvent chez quelques malades et constituent alors de vraies phases hémorrhagiques.

Le crachement de sang, dans la phthisie plus avancée, est bien plus grave, car il est la conséquence d'un travail destructeur. Plus d'une fois j'ai vu l'hémorrhagie provenant d'une caverne terminer rapidement la vie du malade. L'hémoptysie est rare chez les enfants, plus fréquente cependant dans la pratique privée qu'à l'hôpital, Elle est rare aussi chez les vieillards, et survient un peu plus souvent chez la femme que chez l'homme.

Les douleurs de poitrine se montrent surtout à la partie supérieure et en avant d'un seul côté ou entre les épaules; elles sont parfois fort incommodes; la percussion peut y être douloureuse. Leur durée est irrégulière. Elles sont accrues par les mouvements et par des inspirations profondes; les quintes de toux les augmentent aussi. On peut distinguer la douleur locale de la pleurésie sèche, de la douleur névralgique intercostale et de la douleur rhumatoïde plus vague, plus fugitive.

LEBERT

Page 1