LES CURES DE RAISIN
acide tartrique, n'a point de propriétés thérapeutiques particulières. Partisan des cures de petit-lait pendant longtemps, ce sont les plaintes des malades qui en prenaient qui m'en ont fait revenir. Les cures de petit-lait se font généralement dans de bonnes stations climatologiques. C'est ce qui a fait leur succès. Mais lorsque je l'ai employé dans les villes, en dehors des bonnes conditions du climat, j'ai trouvé leur action sur la tuberculose nulle, quelquefois nuisible même, vu que donné à des doses vraiment thérapeutiques de 4 000 à 1 500 grammes par jour, le petit-lait dérange facilement les fonctions gastro-intestinales. Aussi ai-je la conviction que les stations de cures de petit-lait, en Suisse, en Allemagne, dans leTyrol, seront transformées peu à peu en stations climatologiques avec tous les éléments pour de bonnes cures de lait.
Pour être complet, j'indique comme stations suisses pour les cures de petit-lait : Gais, Weissbad, Beinrichsbad, Supdan, dans l'Appenzell, Weissenstein sur le Jura, Interlaken. Mais il y en a tant, qu'il serait oiseux de les énumérer toutes. On peut, du reste, faire du petit-lait partout où il y a du bon lait. On précipite delà caséine avec de l'acide tartrique, on filtre et on y ajoute la valeur d'une pointe de couteau de bicarbonate de soude, pour émousser le goût de l'acide.
De la cure de raisin.
La cure de raisin a été trôs-vanlée pendant longtemps dans le traitement de la tuberculose. Aujourd'hui, on l'ordonne encore beaucoup, mais de préférence comme cure hygiénique, d'aulant plus salutaire que la station de la cure se trouve dans de meilleures conditions de climat. L'automne, l'époque de la maturation des raisins est la plus belle saison des bords du
Rhin, du lac Léman (dit de Genève), de Méran, en un mot, des localités choisies pour des cures. Nulle part je ne trouve, sauf peut-être à Méran, autant de bonnes conditions de climat réunies pour ces cures qu'à Vevey, dans tout le golfe dcMontreux et à Bex. Du reste, on peut faire la cure, partout où il y a des raisins, mais le choix d'une bonne station climatologique est d'autant plus essentiel, que c'est souvent le commencement d'un plus long séjour et d'une cure climatologique d'hiver.
La valeur nutritive des raisins n'est pas considérable, malgré leur richesse en sucre et en sels de potasse. Mais leur composition chimique et leur caractère de fruit en font non-seulement un aliment agréable, mais aussi un des moyens peu nombreux qui se trouvent sur la limite entre les substances nutritives et les médicaments.
Malgré les qualités réelles et l'utilité reconnue de la cure de raisin, on en a cependant bien souvent exagéré la valeur. Toutefois cette cure gagne notablement par le site beau et salubre des localités qui permettent la meilleure combinaison d'une cure à la fois hygiénique, médicale et médicamenteuse. Il faut donc l'envisager dans l'ensemble de ces éléments. J'en ai eu la preuve pendant mon professorat en Allemagne. Les cures de raisin que j'ai fait faire à domicile à Breslau et dans d'autres villes, avec d'excellents raisins de Hongrie, arrivant régulièrement et en bon état, n'ont pas eu à beaucoup près le succès des cures faites par des malades que j'avais envoyés à Méran, aux bords du Hhin, à Vevey, à Montréux, etc.
La cure de raisiri est, malgré ses qualités rafraîchissantes, line cure essentiellement diététique, dont l'utilité suppose une tmaritité prescrite modérée, car les abus qu'en font souvent les malades, avec ou sans le consentement de leur médecin, peuvent la rendre nuisible. Chez les tuberculeux, un crachement
LES CURES DE RAISINS. 543 de sang peut en être la conséquence. Un bon régime fortifiant doit venir en aide à cette cnre.
Dans ma jeunesse, je voyais ordonner des cures de raisin à la dose de huit à dix livres par jour, avec réduction de toute autre nourriture à son véritable minimum. Dès le commencement de ma pratique je me suis révolté contre une cure aussi irrationnelle, surtout lorsqu'il s'agissait de maladies de poitrine. Je suis arrivé de bonne heure à envisager comme maximum deux à quatre livres par jour, et j'ai été heureux de voir plus tard mon excellent et regretté ami, Gurchod, fixer aussi trois livres comme dose moyenne pour les vingt-quatre heures, dans son beau travail sur les cures de raisin»
J'ajouterai que les tuberculeux supportent encore bien moins que les autres malades de fortes doses de raisin, et que pour eux je conseille en moyenne une à deux livres par jour, trois livres au maximum. Les raisins constituent un élément vraiment utile dans la diète des phthisiques, mais manquent de toute action spéciale sur le fond de la maladie.
Je crois être agréable à mes confrères, en ajoutant quelques détails bien concis sur la cure de raisin dans d'autres maladies, détails qui trouvent également leur application aux complications de la tuberculose.
Les malades qui ont une affection des voies digestives ont besoin de doses plus fortes que une à deux livres par jour. Toutefois, il vaut mieux dans les états dyspeptiques, avec catarrhe chronique de l'estomac, ne progresser que lentement, ne pas dépasser trois livres par jour et régler soigneusement lu régime. Le catarrhe gastrique accompagné de douleurs fréquentes, d'une digestion très-laborieuse, le soupçon même d'un ulcère gastrique contre-indiquent la cure de raisin.
La constipation, tant celle qui est idiopathique que celle qui
suit les affections gastro-hépatiques, est souvent modifiée avantageusement par trois à quatre livres de raisin à prendre dans les vingt-quatre heures. Mais une constipation opiniâtre qui dure depuis longtemps et à un haut degré résiste souvent à la cure de raisin, et dans ces cas on peut exceptionnellement dépasser les doses moyennes, selon l'effet et la tolérance, et aller jusqu'à cinq et même six livres par jour.
Le catarrhe intestinal léger peut être modifié avantageusement par les raisins, tandis que j'ai vu ces derniers échouer complètement dans la diarrhée des phthisiques. 11 en est de même pour le catarrhe intestinal qui accompagne la maladie de Biïght ou la dégénérescence amyloïde des reins, du foie, de la rate.
La dose vraiment laxalive des raisins, qui peut aller jusqu'à cinq et six livres par jour, se montre salutaire dans les affections hémorrhoïdales sans fortes hémorrhagïes et clans les maladies du cœur peu avancées, dans lesquelles la circulation veineuse commence à être gênée et donne lieu aux congestions pulmonaires, rénales, hépatiques et intestinales.
La diathèse calcul euse rénale et hépatique est quelquefois modifiée avantageusement par la cure de raisin, tandis que les états inflammatoires chroniques et les dégénérescences du foie et des reins en sont bien rarement améliorés. Cependant j'ai vu quelques albuminuriques, à néphrite peu avancée, se trouver bien de cette cure.
Je n'ai pas une expérience suffisante sur son action dans les maladies des femmes; mais je pense qu'elle peut être utile contre des états congestifs, compliqués de constipation, lorsque la maladie n'a rien de grave, qu'elle n'est ni cancéreuse, ni cancroïdale, ni polypeuse.
Si le beau climat, l'exercice en plein air, la nourriture subs-