LES PRÉPARATIONS IODÉES
qui paraissent avoir une affinité particulière pour l'iode, comme ceux de l'hypertrophie de la glande thyroïde, des gommes, de la périostite plastique. Un grand avantage de l'iodure de potassium, c'est qu'il est bien supporté par les voies digeslives et qu'il tend à conserver une influence favorable sur leurs fonctions. Antiplastique vis-à-vis de certains produits pathologiques, ce médicament est utile à la digestion, à la nutrition, à la santé générale.
Les cas d'amaigrissement et d'affaiblissement rapide, après l'emploi des préparations iodurées, ne sont nullement contraires à ma manière de voir. On n'observe ces effets fâcheux que lorsque, sous l'influence de l'iode ou des iodures, un produit morbide richement cellulaire, souvent un goitre hypertrophique ou une masse de substance gommeuse, a été rapidement résorbée. L'empoisonnement est dû alors à l'absorption de substances étrangères, jetées promptement ainsi dans le torrent circulatoire et provoquant une perturbation profonde. J'appellerai cet état : empoisonnement par résorption prompte de substances morbides, Mais le terme de iodisme me paraît tout à fait inapplicable.
J'ai donc beaucoup employé depuis longtemps l'iodure de potassium contre la broncho-pneumonie disséminée chronique. Dans un bon nombre de cas son effet a été nul. Je ne Vai jamais trouvé nuisible. Mais d'année en année j'ai observé davantage l'effet salutaire de ce sel dans la tuberculose peu avancée. 11 ne faut pas le prescrire du moment qu'il y a fièvre hectique, cavernes, consomption, non qu'il soit nuisible, mais parce que son effet est absolument nul. Le préjugé de beaucoup de médecins proscrit encore ce sel du traitement de la phlhisie, mais bien à tort. Dans les premières phases d'évolution de la tuberculose, lors môme qu'un certain nombre de foyers s'est déjà
formé, il petit vraiment rendre de lions services, Mais il fanl le donner longtemps et à des doses vraiment thérapeutique. J'ordonne de 0,30 centigrammes à 4 ou 2 grammes par jour, en solution, 4 à 6 grammes dans 450 gr. d'eau avec 30 gr. do sirop de fleurs d'oranger, de 2 à 4 cuillerées à soupe par jour. Je prescris souvent aussi le sel ioduréen pilules, 40 gramme pour 400 pilules, avec do l'extrait de réglisse, pour formai" la masse pilulaire, en commençant par 3 fois par jour 4 pilule et en allant progressivement à 42 ou 45 dans les 2-4 heures. On peut aussi remplacer l'extrait de réglisse, à l'exemplo do Guoneau
de Mussy, par l'extrait de quinquina.
J'emploie beaucoup aussi en môme temps la teinture d'iode à l'extérieur, en badigeonnant avec un pinceau les parties antéçoetpostéronsupérieurcs delà poitrine, qui sont le principal siège de l'altération, ou la partie inférieure, s'il y a douleurs ou pleurésie. Il faut faire cette application tous les 2 à 3 jours et interrompre, si la peau était irritée. L'évaporation rapide de l'iode fait quo ces applications servent en partie aussi d'inhalation iodée.
Cette inhalation de vapeurs iodées a souvent préoccupé les pathologisles. Waldenburg 1 l'expose avec détails. Berton recommande les vapeurs iodées déjà en 4828, et Murray en 4830, par évaporation de l'iode humecté clans un vase ouvert sur lequel passent des vapeurs d'eau chaude. Scudamore n popularisé aussi cette inhalation en Angleterre. De l'iode dans une solution d'iodure de potassium, avec de la teinture de ciguë, fut employé dans un appareil ;\ fumigation, pour être inhalé. Gorrigan, Wilson, Martin-Solon, Maddon, Piorry, les ont beau-
(I) Lehrbvch der mpiralorischen Thérapie. II Aull. Berlin, 1872, p. 674 el suiv.
J4ES PRÉPARATIONS IODURÉES. 551 coup préconisées. Piorry fît simplement chauffer la teinture d'iode et inhaler ainsi les vapeurs d'iode et d'alcool.
Chantroule recommande des cigares dont le tabac a été imbibé d'une solution d'iodure de potassium, mais Klelschinsky et Koffmann ont démontré que la fumée de ces cigares ne renfermait point d'iode.
Huetti recommande l'inhalation, simple et en flacon, de vapeur d'éther iodique recouvert d'une mince couche d'eau pour que l'éther iodique ne s'évapore pas trop vite. 45 à 20 inhalations suffisent pour faire retrouver l'iode dans les urines. On fait répéter ces inhalations 2 à 3 fois par jour. Tournbull recommande des inhalations d'iodure d'éthyle. Aujourd'hui on peut faire inhaler facilement l'iodure de potassium (2 grammes dans 500 grammes d'eau), au moyen des appareils pulvérisateurs de Sieglo, de Lewin, de Waldenburg. L'ancienne méthode peut devenir très irritante pour les poumons et a trouvé de nombreux adversaires. Pourquoi, on effet, faire inhaler l'iode ou l'iodure de potassium, lorsque celui-ci est si bien supporté par l'organisme, qu'il traverse pour ainsi diro tout le torrent de la circulation et les divers organes assez rapidement pour être ensuite éliminé par les urines, par l'exhalation cutanée et pulmonaire ?
Si je suis partisan de l'usage fréquent et à dose suffisante de l'iodure de potassium, dans le traitement de la phlhisie commençante, j'attache une bien grande valeur aussi à l'iodure de fer, qui oonvient surtout dès que la faiblesso et l'anémie font des progrès. C'est une erreur que de croire quo ce sol n'agit que par l'iodc.Claude Bernard a démontré, au contraire, que c'est un des sols de fer qui font absorber le plus de ce métal, dont souvent avec d'autres sels une bien petite quantité arrive à sa destination, aux globules sanguins. Louis a déjà
fait justice, des exagérations de Dupasquier qui le préconisait comme spécifique de la tuberculose. Mais, sans lui attribuer aucune action de ce genre, c'est un moyen qui m'a rendu de vrais et d'assez nombreux services dans ces maladies, souvent si difficiles à traiter. Je possède une série d'observations de tuberculose peu avancée, dans lesquelles un mieux progressif a suivi de près son emploi ; dans d'autres l'action était moins prononcée, mais d'une utilité réelle par son usage prolongé. Il va sans dire que dans bon nombre de cas aussi son action a été nulle ou passagère. S'il y a encore quelque élément syphilitique dans la tuberculose, son effet devient quelquefois salutaire. Je regarde en général l'iodure de fer comme un bon médicament dans la syphilis invétérée, et j'en ai vu plus d'une fois des effets beaucoup plus durables que ceux que l'on obtient avec l'iodure de potassium.
La meilleure préparation, d'après mon expérience, ce sont les pilules d'iodure de fer de Blancard, mais il faut que ce soient les véritables, ayant remarqué que celles qui étaient préparées dans diverses pharmacies étaient beaucoup moins bien supportées. Chaque pilule de Blancard renferme 0,06 d'iodure de fer. Je fais commencer par une deux fois par jour, et j'arrive peu à peu, en augmentant d'une tous les trois jours, à deux ou trois, trois fois par jour quelquefois quatre, en moyenne à six ou neuf dans les vingt-quatre heures.
Le sirop d'iodure de fer est encore une bonne préparation. Celui de la pharmacopée allemande est beaucoup plus fort que celui du Codex français. En Allemagne j'ai fait mêler 4- grammes avec 100 gr. de sucre, et j'ai fait prendre successivement deux à quatre fois par jour deux cuillerées à café de cette potion, tandis que le sirop d'iodure de fer du Codex français peut être donné à la dose de deux à trois petites cuillerées par jour.