L'HUILE DE FOIE DE MORUE
Souvent on peut désirer une action plus fortement ferrugineuse qu'iodique. C'est pour cet usage que j'ai composé le sirop suivant, qui est devenu très-populaire en Allemagne et en Suisse, et dont voici la formule :
J'en fais prendre une cuillerée à dessert deux fois par jour d'abord, et peu à peu jusqu'à deux à trois cuillerées à soupe dans les vingt-quatre heures.
L'huile de foie de morue exerce une influence favorable sur la nutrition tant que les altérations ne sont pas trop profondes, que la fièvre n'est point encore habituelle, que le ramollissement et la formation des cavernes n'ont pas trop détérioré les voies respiratoires. Comme pour l'iodure de potassium etl'iodurede fer, aveclesquelsje combine souvent l'usage de l'huile de foie de morue, c'est une erreur que de vouloir restreindre son usage à la tuberculose d'origine scrofuleuse. Il convient beaucoup plus généralement dans la tuberculose commençante et pas trop avancée. Il faut avant tout bien surveiller l'estomac et voir si l'huile de foie de morue est bien supportée. Ordinairement elle l'est mieux que les autres substances grasses. Lorsqu'au commencement la tolérance est incomplète, je fais prendre d'abord une cuillerée à café une à deux fois par jour et, ce n'est que très graduellement que j'arrive à deux cuillerées à soupe par jour; lorsqu'elle est bien supportée, il y a avantage à aller jusqu'à trois et quatre cuillerées à soupe dans les 24 heures, jusqu'à 40, 50, 60 grammes. L'huile de bonne
Iodure de potassium
Sulfate de fer
Dissolvez dans eau de canelle
4 grammes.
Sirop de fleurs d'oranger (ou sirop d'écorces
d'orange)
TRAITEMENT PE LA TUBERCULOSE, qualité rappelle faiblement par l'odeur et lo goût lo saumon. La couleur est un indice incertain; selon les années elle varie entre celle du vin blanc pale cl celle du vin de Madère; elle doit être transparente ; toute opacité indique l'impureté, Vanter l'huile de foie de morue inodore et incolore est du charlatanisme. La seule bonne préparation vient de Bergen en Norvège.
L'huile de foie de morue se compose surtout de glycéride d'acide oléïque (oelsaùreglycerid); elle renferme des glycérides d'acide palmitinique et stéarique, plusieurs acides gras volatils à odeur désagréable, des substances de la bile, plusieurs sels, parmi lesquels un peu d'iode et de brome, Bien mieux supportée que les autres graisses, elle favorise singulièrement l'activité de l'échange des matières de l'organisme et améliore la nutrition, Sa résorption relativement rapide y contribue. D'après 0, Naumann, les substances de la bile y ont leur part et, d'après Buchheim aussi, les acides gras libres, en se conv binant avec les alcalins des sues intestinaux, forment des savons facilement solubles et favorisent la distribution fixe des glycé* rides.
Lorsque l'huile de foie de morue fait du bien aux tubercu* leux, et cela n'est heureusement pas rare, elle n'agit nullement d'une manière exclusive en augmentant la formation de la graisse; mais, en outre, elle améliore la nutrition, l'état des forces, elle diminue la fièvre et les sueurs nocturnes, tant que la maladie n'est pas trop avancée; puis on constate de l'amélioralion progressive dans les signes physiques de la tuberculose, et c'est ainsi que l'huile de foie de morue peut en ralentir la marche, amener l'état stationnaire, guérir dans des cas heureux, passagèrement ou d'une manière durable. IIAtons-nous d'ajouter quo cette action heureuse n'est ni constante, ni en
imM PE FQIE DE MQftUB- 55^ aucune façon spécifique. Si le scepticisme de quelques auteurs modernes a voulu nous priver de cette ressource précieuse, nous avons pour nous, d'un autre coté, le témoignage d'un grand nombre de médecins distingués de France, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Amérique,
On prétend que pendant l'été l'huile de foie de morue est moins bien supportée qu'en automne, en hiver et au printemps. C'est là un préjugé. Les enfants et les jeunes gens jusqu'à la puberté supportent généralement bien ce médicament. Chez l'adulte il faut distinguer la répugnance et l'intolérance. Il faut tenir compte de cette dernière, en commençant par de fort petites doses; il faut opposer la persuasion à une répugnance peu ou point motivée. S'il y a déjà de la dyspepsie, peu d'appétit, si, après les premiers essais, le médicament n'est pas supporté, il ne faut pas insister sur son usage, ou guérir auparavant, s'il est possible, l'estomac. L'action est nulle lorsqu'il existe une diarrhée opiniâtre et lorsqu'il y a soupçon d'ulcères intestinaux. Elle n'est plus supportée ni utile, lorsqu'il y a fièvre hectique. Il faut régler soigneusement la diète de ceux qui doivent prendre pendant longtemps cette huile, défendre tout aliment d'une digestion difficile et la suspendre pour quelques jours, s'il y avait embarras gastrique. Je préfère faire prendre l'huile do foie de morue pure, et immédiatement après une ou deux tablettes de chocolat ou de menthe, ou une cuillerée à soupe de vin, une cuillerée à café de rhum. Mais souvent cela n'est pas nécessaire.
On a voulu remplacer l'huile de foie de morue par la glycérine, par d'autres huiles, mais tous ces essais ont été promptement abandonnés.
Ayant constaté que les iodurcs, les ferrugineux et l'huile de foie de morue étaient les meilleurs moyens pour améliorer la
santé générale des tuberculeux et pour agir, par conséquent, sur les altérations locales, j'ai fait beaucoup d'essais pour les combiner et les avoir en un seul et même médicament.
Un premier essai s'appliquait plutôt aux maladies scrofuleuses qu'à la tuberculose. J'ai fait faire un mélange de 5 à 40 gr. d'iodure de potassium, de 0,15 à 0,30 d'iode pur et de 500 grammes d'huile de foie de morue, à prendre deux fois par jour une cuillerée à soupe, après avoir bien secoué la bouteille. Quant au mélange de l'huile avec du fer, M. Meiller, pharmacien de l'hôpital de Breslau, sur mon désir de combiner l'huile avec le benzoate de fer, contenu à trop faible dose dans une préparation parisienne que j'avais examinée, m'a préparé un mélange des plus recommandables qui en peu d'années a acquis une grande répulation sous le nom d'huile de foie de morue ferrugineuse (Eisenleberlhran). L'oxyde de fer benzoïque est obtenu par le mélange d'une solution neutre de perchlorure de fer avec du benzoate d'ammoniaque. Une partie du benzoate de fer ainsi obtenu est mêlée à 400 parties d'huile de foie de morue et reste pendant huit jours à une température de 30 à 40° centigrades; on secoue souvent ce mélange, puis on filtre. La plus grande partie du benzoate de fer a été dissoute par l'huile, qui a pris une teinte d'un jaune brun; elle contient 4 p. 400 de benzoate de fer. Ce mélange est fort bien supporté et m'a déjà rendu de bons services dans un grand nombre de cas.
M. Werner, pharmacien à Breslau, a préparé de la manière suivante un bon mélange, à solution parfaite, d'iodure de fer et d'huile de foie de morue. On triture une partie d'iode avec 400 parties d'huile de morue, puis on ajoute à la solution une demi-partie de fer métallique pulvérisé, et on secoue souvent ce mélange, sans intervention de la chaleur. L'iode se combine
PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES. 557 bientôt avec le fer; puis on laisse déposer et on filtre. Cette huile de morue renferme 1/2 p. 100 d'iodure de fer; elle est d'un brun foncé, mais parfaitement transparente. Une cuillerée à soupe contient, sur 10 grammes, 0,05 d'iodure de fer. On peut augmenter à volonté la quantité dei'iodure de fer contenu dans cette huile de foie de morue. En effet une moyenne de0,10centigr. par cuillerée à soupe ne seraitpas trop, vu qu'ordinairement on ne dépasse pas deux à trois cuillerées par jour. Toutefois il est bon de commencer par l'huile à 1/2 p. 100 d'iodure de fer. On pourrait en préparer qui fussent iodurées à divers degrés.
Préparations ferrugineuses. — Des préjugés se sont opposés pendant longtemps à l'usage du fer dans la tuberculose. On a prétendu qu'il donnait la fièvre et qu'il prédisposait à l'hémoptysie. Rien n'estplus inexact. On ne s'estmême pas demandé de quelle façon il était possible que le fer excitâtla fièvre. Gomment le fer, régénérant le sang, améliorant la quantité de ses globules, peut-il provoquer l'hémorrhagie, lorsqu'il neproduit ni ces congestions pulmonaires, ni ces altérations des parois vasculaires qui jouent un si grand rôle dans la production de l'hémoptysie? Si quelquefois le crachement de sang coïncide avec l'usage interne du fer, dans l'immense majorité des cas cela ne se montre pas. On a remarqué que les grandes épidémies de choléra avaient coïncidé un certain nombre de fois avec de nouveaux opéras de Meyerbeer. Meyerbeer doit-il, pour cette raison, être compté parmi les causes du choléra?
Nous avons déjà vu que l'iodure de fer, dont j'ai fait un très large usage, était non seulement bien supporté, mais souvent utile et exempt de tout inconvénient. A plus forte raison des préparations plus légères doivent-elles pouvoir faire du bien comme reconstituantes, comme toniques, comme favorisant les
558 TRAITEMENT DE LA TUËËttÛOLOSE.
fondions digestives. El l'expérience m'a démontré, en effel, leur parfaite innocuité d'un côté, leur utilité réelle de l'autre.
Je fais faire usage d'eaux minérales ferrugineuses, bues aux repas, comme légers toniques, vu qu'elles renferment peu de fer. Les eaux de Bussang, de Saint-Moritz en Engadine, d'Orezza, sont de celles que je recommande le plus. Mais en général je préfère les sels de fer unis aux amers ! le lactate, le citrate, le proto-carbonate de fer en fait de combinaisons à acide organique; le sulfate, le pyropbosphate, le perchlorure, le fer réduit par l'hydrogène, le fer oxydé dialyse, etc., peuvent également être utiles. Ce sont les extraits de quassia, de trèfle des marais, de gentiane qui servent le mieux, dans ces cas, à former la masse pilulairc. Je dépasse rarement 0,20 à 0,30 centigr. de sels de 1er dans les 24 heures. Je donne comme exemple une de mes formules les plus fréquenles :
Lactate de for 3 grammes.
Extr. de gentiane 5 grammes.
Faites 60pilules argentées ou couvertes de poudre de cannelle. Les malades en prennent 2 à 3 fois par jour 1 à 2 et dépassent rarement 6 par jour.
Dans les états dyspeptiques je donne volontiers le lactate de fer sous forme de poudre effervescente.
LaCtatô de fer a • ,(r"<l *
Bicarbonate de soude '
Acide tarlnquc =
Sucre i ' "
Mêlez et donnez dans un flacon bien bouché, à large ouverture. — Le malade en prend 2 fois par jour 1/2 à i cuillerée à café dans 1/4 de verre d'eau sucrée, au moment de l'effervescence.
Le fer, dans les maladies tuberculeuses, n'agit pas directe-