INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER
l'examen de la poitrine que des signes locaux nuls ou peu étendus. De tels malades s'exposent alors volontiers de nouveau à tout ce qui peut aggraver leur mal, ou amener une rechute après un mieux trompeur. D'autres, rendus attentifs et vigilants, mènent une vie prudente et hygiénique; mais ils s'exposent aux fatigues et aux soucis de leur profession, sans compter les conditions mauvaises de climat et les causes inévitables de refroidissement dans la localité qu'ils habitent. C'est ainsi que les chances d'abord vraiment bonnes font peu à peu place à l'aggravation du mal et à la marche progressive de la tuberculisation, rendant ainsi le pronostic pour le moins douteux.
C'est dans toutes ces formes et ces circonstances variées que le séjour dans un climat doux, aidé du repos, d'un bon régime, d'une hygiène soigneusement observée peuvent rendre de grands services et conduire à l'état stationnaire d'abord, à la guérison de la maladie ensuite, guérison dont la durée et la solidité cependant ne sauraient être déterminées d'avance. Les jeunes filles ont, sous ce rapport, les mêmes chances favorables que les jeunes gens; mais il faut les mettre en garde, ainsi que les parents, contre les dangers trop fréquents qu'entraîne en cas pareil le mariage et surtout contre l'influence si souvent fâcheuse des grossesses et des couches.
Une autre série de malades offre un état morbide plus avancé qui, sans avoir jamais été latent, a toujours progressé mais lentement, et avec peu de fièvre et des phases prolongées d'apyrexie, avec un état général altéré, mais resté encore passable. Les foyers disséminés tendent bien à se multiplier, à confluer et à provoquer des infiltrations. La matité dans la partie supérieure d'un côté de la poitrine est étendue en avant et en arrière; on y entend des râles divers, la respiration bronchique, la bronchophonie; mais la rétraction commençante de
cette partie supérieure, son extension moindre pendant une inspiration profonde indiquent non-seulement des adhérences, mais aussi la tendance prédominante à la formation de tissu connectif, la tendance, en un mot, à la rétraction de toute la partie envahie du poumon, phase qui peut se terminer aussi par une dilatation prononcée d'une partie des bronches correspondantes. L'autre sommet montre assez souvent dans ces circonstances des altérations commençantes , mais qui peuvent suivre la même marche de transformation fibreuse des parties pulmonaires envahies. En même temps les foyers pulmonaires se sèchent, se flétrissent, ou deviennent crétacés, enserrés par un véritable tissu cicatriciel qui leur ôtele peu qui reste de vie morbide. Puis la fièvre cesse, l'état général s'améliore, l'embonpoint reparaît, les forces se relèvent, et, chez les femmes, les règles, interrompues depuis des mois, reviennent. En un mot, l'organisme sort victorieux de la lutte acharnée contre un mal grave, grâce à ces transformations fibreuses et crétacées.
Ai-je besoin d'ajouter qu'en pareil cas la cure climatologique célèbre ses plus beaux triomphes? Chacun de nous, observateur sur place, n'en a-t-il point été témoin joyeux et satisfait un certain nombre de fois chaque année?
Si dans ces circonstances la tournure favorable de la maladie peut conduire à la guérison, à une guérison durable même, le médecin expérimenté, cependant, ne se fera pas illusion sur la solidité probable de ce succès. Plus d'une fois les triomphes d'une saison ont été pour moi, chezlesmêmes malades, la source de chagrins pour la saison prochaine. Le mal existant avait guéri, mais non la maladie; de nouveaux foyers s'étaient formés en dehors des parties rétractées, cicatrisées. Le médecin expérimenté exhortera donc ces malades, momentanément guéris
liNDlCATlONS DES STATIONS D'IIIVEK. oU5 d'une manière inespérée, à une vie très-prudente. Il les entourera de sollicitude et de bons conseils, parce que l'expérience a appris au praticien que la marche en question est insidieuse, que de légères imprudences s'y payent parfois fort cher, que, sans imprudence même, les rechutes souvent ne peuvent pas être empêchées.
Plus d'une fois nous avons déjà parlé des contre-indicationr de la cure climatologique ; toutefois il est bon de les résumer :
1" Phthisie bien déclarée à marche aiguë ou subaiguë;
2" Maladie pas très-avancée, quelquefois peu étendue en apparence, d'après l'examen de la poitrine, mais fébrile d'une manière intense et continue, avec diminution rapide des forces et de l'embonpoint;
3" Maladie à marche lente, mais parvenue à une période avancée, avec ramollissement, fonte tuberculeuse ou bronchopneumonique, cavernes, en même temps que l'on constate l'existence de la fièvre hectique, le trouble des fonctions digestives, l'amaigrissement, le marasme commençant et progressif;
4" Une diarrhée rebelle, résistant à tous les moyens employés, est une contre-indication, lors même que les signes physiques de la phthisie n'offrent pas un haut degré d'intensité, surtout si l'état général de la santé s'est de plus en plus détérioré;
5" La phthisie laryngée bien prononcée,* accompagnée des signes de la phthisie pulmonaire , est d'autant plus sûrement une contre-indication que l'examen laryngoscopique et les signes rationnels indiquent la participation, la destruction partielle et progressive des cartilages, et de l'épiglotte surtout.
Dans tous les cas graves de phthisie, que l'on ait conseillé la cure climalologique ou que l'on n'ait pu l'empêcher, il faut que les malades soient accompagnés à l'étranger d'un ou plu-
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sieurs membres de la famille qui leur sont chers. Rien n'est plus triste, en effet, que de voir ces malades s'éteindre lentement ou assez vite, dans l'isolement complet, loin de toute leur famille. Il n'est pas rare, dans ces cas-là, que les parents, appelés par le télégraphe, n'arrivent que pour l'enterrement.
Des jeunes gens bien moins malades, mais dont le caractère n'a pas assez de maturité pour suivre rigoureusement les conseils de prudence et les précautions ordonnées par le médecin, ne doivent pas arriver seuls dans une station climatologique. Il faut qu'ils soient accompagnés d'un parent ou d'une parente qui ait sur eux une véritable autorité. Il n'est que trop fréquent devoir, chez ces jeunes gens, les bonnes chances de la cure compromises, anéanties même par des imprudences répétées, suite de tout manque de surveillance.
J'arrive à un dernier groupe des maladies des voies respiratoires, également fort important pour les indications des stations sanitaires, je veux parler des maladies de la plèvre.
Tout médecin expérimenté connaît les graves inconvénients ■d'un épanchement pleurétique prolongé, et les nombreux points de contact qui peuvent relier entre elles la pleurésie chronique et les maladies tuberculeuses. On sait aussi qu'il n'est même pas rare qu'une pleurésie à marche en apparence tout à fait bénigne soit déjà l'expression d'une diathèse tuberculeuse ou d'une localisation disséminée commençant dans l'un des sommets pulmonaires. Dans d'autres cas, la pleurésie se prolonge, l'épanchement diminue lentement; mais malgré cela une fièvre, légère il est vrai, persiste; les forces et l'embonpoint ne reviennent pas, et tôt ou tard l'examen fait découvrir dans l'un des sommets pulmonaires le commencement de la tuberculisation broncho-pneumonique. Dans toutes ces circonstances, le
INDICATION DES STATIONS D'HIVER. 51^7 simple soupçon de l'existence ou de l'imminence de la phthisie commençante suffit pour justifier non-seulement la cure climatologique, mais pour la rendre même urgente.
Chez d'autres malades, une pleurésie purulente a existé pendant des mois, et la résorption, avec rétraction des parois thoraciques, est survenue peu à peu-, spontanément, ou aidée par la ponction et l'aspiration au moyen de l'appareil de Dieulafoy ; mais l'état général de la santé a souffert, il n'existe toutefois encore aucun signe de tuberculose pulmonaire. Quoi de plus impérieusement indiqué que le repos et un climat doux et fortifiant? Il en est de même des cas d'épancliement séreux ou séro-purulent qui ont résisté à des ponctions répétées et qui ont détérioré la santé générale, sans signes fâcheux encore, ou avec soupçon seulement d'un premier début de la tuberculose. Du reste, en cas pareil, il ne faut pas craindre de joindre au besoin les moyens chirurgicaux au traitement par le climat et par les moyens hygiéniques et médicaux.
Dans tons ces cas, la condition essentielle de l'opportunité de la cure climatologique est que la fièvre ne soit ni intense, ni continue, et que l'état général offre encore un certain degré de résistance. Un épanchement très-considérable, avec oppression marquée, contre-indique aussi le voyage;, à plus forte raison un épanchement bilatéral , expression souvent déjà certaine d'une phthisie au début.
Les maladies du cœur, sans y être fréquentes, ne se rencontrent pas très-rarement dans les stations sanitaires. J'ai généralement observé un bon effet dans les névroses du cœur. Plus d'une fois aussi j'ai constaté une action salutaire lorsque, après avoir reconnu l'empoisonnement lent par la nicotine, par le cigare, comme principale cause des troubles cardiaques, j'ai
pu oblenir de ces malades alteinls en même temps d'autres névropathies, de vertiges, de troubles de la vue, de palpitations, etc., de renoncer complètement au cigare et au tabac. Les bords de la mer, aidés de l'action du fer et des toniques, du quinquina, sont tout particulièrement utiles aussi dans les troubles cardiaques nerveux qui accompagnent la chlorose et l'anémie.
LorsquMl s'agit d'une altération valvulaire ou d'une myocardite chronique peu avancées, un climat doux est généralement bien supporté; le repos et les soins hygiéniques font du bien ; mais il n'y a aucune action spéciale ; toutefois, si la maladie est avancée et s'il y a déjà un commencement d'hydropisie, il ne faut point y envoyer ces malades. Cependant j'en ai vu plusieurs, qui se trouvaient dans les stations dans ces circonstances, s'y porter assez bien. Le repos, le bon air, la possibilité de se promener tous les jours en plein air, au moins à la Riviera, la possibilité d'éviter les catarrhes pulmonaires, les combinaisons des préparations de digitale, de fer, de quinquina, m'ont fourni plus d'une fois des résultats satisfaisants.
Il en est de même de la néphrite chronique avec albuminurie, de la glycosurie. Ces malades se trouvent bien dans le Midi, tant que la maladie n'est pas trop avancée. Ceux qui ont été atteints de rhumatisme articulaire aigu à différentes reprises et qui ont une maladie du cœur, aggravée par chaque attaque nouvelle de rhumatisme, peuvent éviter ces rechutes en passant l'hiver dans un climat doux et égal, surtout s'ils se soumettent à toutes les précautions ordonnées par le médecin.
J'ai peu d'expérience sur l'action du climat sur le rhumatisme chronique et la névralgie. La douceur égale de l'hiver des slations méridionales doit cependant être utile à ces malades, et l'absence de toute influence marécageuse peut être favorable aussi aux névralgies d'origine paludéenne. Les gout-