L'EXPECTORATION
Mais souvent, à une période plus avancée, l'expectoration est trop abondante et continue à aiïaiblir les malades. S'ils ont encore une certaine provision de forces, un vomitif de i^'',25 à 2 grammes de racine d'ipéca donné une fois, même répété, est quelquefois fort utile et, lorsque les astringents deviennent également nécessaires, leur action est alors plus prompte. L'alun et le tanin sont préférables à l'acétate de plomb, rarement bien supporté à la longue. Le sulfate de fer en solution ou en pilules, avec un extrait amer, est encore un bon astringent. On peut aussi, pour ménager l'estomac, faire faire des inhalations avec des solutions d'alun, de tanin, deperchlorure défera 1 ou 2 p. 100; pour le tanin même on peut aller à 3 et à 4 p. 100 d'eau.
Lorsque l'expectoration a une mauvaise odeur, je fais inhaler de l'essence de térébenthine, en la faisant verser sur de l'eau chaude ou sur un morceau de feutre que l'on approche à volonté de la bouche. On peut aussi faire inhaler, au moyen du pulvérisateur, de l'eau de goudron, à 3 ou 5 p. 100, ou l'acide phénique à 1/2 p. 100, ou l'acide salycilique à 1 ou 2 p. 100. Les tiens d'acide phénique dissous dans de l'alcool ont été recommandées par Waldenburg: on verse ce mélange sur de la ouate que l'on place dans une bouteille à large ouverture, et l'on inspire de temps en temps. Ce procédé convient surtout aux malades trop faibles pour supporter les inhalations au moyen de l'appareil.
Les balsamiques exercent aussi une influence favorable sur l'expectoration trop abondante, avec tendance à la fermentation des mucosités. L'essence de térébenthine est très bonne dans ces cas; on la donne en capsules gélatineuses qui contiennent 5 h 15 gouttes, dont les malades prennent deux à trois fois par jour 1 à 3, ou en perles d'essence de térébenthine, dont la dose est de 2 à 6 par Jour; on fait boire de l'eau après chaque
508 TRAITEMENT DE lA TIJDERCULOSE.
dose. L'eau de goudron avec du laîl ou avec le sirop de baume de tolu convient bien aussi, mais elle a bien mauvais goût. On peut faire prendre à sa place un mélange à parties égales de sirop de goudron et de sirop de baume de tolu, à la dose de deux à trois fois une cuillerée à dessert, jusqu'à une cuillerée à soupe. Les capsules de Guyot renferment chacune 0»'',1 2 de goudron d(i Norvège; on en fait prendre 2 à 5 par jour; on peut les donner aux repas, ou entre les repas, selon la tolérance des malades. L'infusion de bourgeons de sapin avec du sirop de baume de tolu est encore une bonne boisson balsamique. La potion de Griffith peut aussi convenir dans ces cas.
Une autre boisson très employée dans la broncliorrhée des phthisiquesest la tisane de mousse d'Islande; on fait bouillir 15 grammes, préalablement bien lavés, dans un litre d'eau, jusqu'à réduction à un demi-litre; on peut aussi y ajouter un quart à un tiers de lichen carrageen (Fucus crispus). La gélatine de mousse d'Islande est une préparation commode, 'lorsqu'elle est bien préparée. On peut la sécher et en dissoudre une à deux cuillerées à café dans un verre d'eau ou de thé pectoral aromatisé et amer. Parmi les balsamiques vantés dans ces derniers temps contre les accidents bronchitiques et l'expectoration trop abondante ou de mauvaise qualité, il ïaui compter V Eucalyptus globulus, plante australienne, aujourd'hui très commune partout à la Riviera. Gubler recommande les feuilles à la dose de 5 à 15 grammes par jour, et d'après lui elle convient aussi dans la tuberculose en général, même avec fièvre. La teinture d'Eucalyptus est la forme la plus commode; on en donne plusieurs fois par jour 20 à 30 gouttes, et peu à peu jusqu'à une demicuillerée ou môme une cuillerée à café dans un quart de verre d'eau sucrée.
De Vhémoplijsie et des hémorrhagies pulmonaires. — Le
L'HÉMOPTYSIE. 569 grand nombre des moyens et des méthodes proposés contre le crachement de sang dénote bien une fausse richesse. Il est vrai aussi que l'impuissance de l'art contre les crachements de sang opiniâtres fait souvent notre désespoir. Mais, d'un autre côté, que de variétés d'hémoptysie, depuis la plus légère jusqu'à une forte hémorrhagie inquiétante; depuis le début de la tuberculose jusqu'à la période la plus avancée, où des vaisseaux se rompent dans les cavernes; depuis la tuberculose fixée pendant des années sur un seul lobe pulmonaire, jusqu'à la plus étendue, la plus infectieuse; depuis la phthisie aiguë jusqu'à la tuberculose la plus chronique; depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse! Il faut donc bien distinguer les cas. Une seconde règle non moins importante, c'est le calme que le médecin doit montrer vis-à-vis d'un entourage effrayé par une de ces hémorrhagies subites. Tranquilliser, consoler doit être le commencement du traitement, et cette règle doit présider aux prèscriptions.
Lorsqu'il y a seulement un peu de sang dans les crachats, le repos, l'abstention de boissons chaudes et excitantes suffisent. Dès que l'hémoptysie dépasse une ou plusieurs cuillerées à soupe, ou qu'elle est plus forte, il faut ordonner le repos le plus absolu, même de la voix; ces malades ne doivent pas parler et peuvent exprimer leurs désirs par écrit. Il ne faut pas qu'ils soient trop chaudement couverts, ni que la température dépasse 13° à 14" R. dans la chambre à coucher; il est bon que la tête et la poitrine aient une position un peu plus relevée que de coutume. On leur donne des boissons froides, de l'eau fraîche, de la limonade au citron; on a soin d'éviter toute émotion, toute agitation. Si l'hémorrhagie a lieu pendant les premiers mois de la maladie, il est bon de faire comprendre au malade et à son entourage que cette hémorrhagie exerce assez
570 THAÏTEMENT DE U TriDEIlCflî.OSE.
souvent nno influence heureuse sur toute la maladie. Mais, coïïime toute hémoptysie peut revenir, se prolonger, il est bon de poser avec prudence le pronostic dans ce sens et d'expliquer aux malades que, même Fhémorrhagie active terminée, du sang qui a été stagnant dans les bronches peut encore être rejeté pendant quelques jours. En un mot, il y a peu de maladies dans lesquelles le praticien doive montrer plus de tact, plus de savoir-faire, plus de sens pratique.
Le meilleur aliment, qui sert en même temps de boisson, c'est le lait froid, alternant avec du bouillon froid, si le malade n'aime pas le lait comme nourriture exclusive. De petites doses d'opium sont indispensables, pour diminuer ou faire cesser l'envie de tousser, vu qu'une forte toux provoque facilement de nouveaux crachements de sang. Le plus souvent l'opium n'est que l'accessoire à ajouter aux hémostatiques. Ce n'est qu'exceptionnellement, chez des malades forts, robustes, avec une gêne considérable de la respiration, que l'on pratique une saignée de 200 à 300 grammes. Plusieurs fois j'en ai observé de bons effets en circonstance pareille. L'application de nombreuses ventouses sèches sur les parois de la poitrine constitue une bonne dérivation; il en est de même des sinapismesà l'épigastre, aux membres inférieurs, des maniluves sinapisés. Beaucoup de médecins emploient dès le commencement des compresses froides, des sacs remplis de glace sur la poitrine. Mais souvent on mouille le malade plus qu'il n'est bon, on lui donne un catarrhe bronchique et on aggrave sa position. Ce n'est que dans les cas de forte hémoptysie que je fais appliquer un sac en caoutchouc ou une vessie remplie de glace sur les parois de la poitrine, en évitant avec soin de mouiller inutilement le malade. Du reste le froid seul arrête rarement une forte pnoumorrliagie, dont le siège est trop profond pour être même
I/ITÉMOPTYSÏE. 571 influencé par la glace appliquée à l'exLérieur. Des expériences directes faites à ce sujet sur des animaux ne seraient pas inutiles,
Parmi les moyens qui sont sur la limite du traitement externe et du traitement interne, nous devons mentionner comme nous ayant rendu quelquefois des- services inespérés, mais sans action constante aucune, les injections sous-cutanées d'extrait de seigle ergoté de Bonjean, ou celui recommandé récemment comme purifié {Eûptr. Secat. cornutibis purificatum) parWernich. La meilleure composition et la plus simple est celle de Waldenburg, parties égales d'extrait de seigle ergoté et d'eau distillée (6gr. de chaque), dont on injecte la valeur d'un quart ou d'une demi- seringue de Pravaz,
Les inhalations avec la solution de perchlorure de fer à 2 ou 5 p. 100 ont aussi été vantées, mais je n'en ai pas observé d'effets favorables dans la majorité des cas; toutefois je ne voudrais pas passer condamnation sur cette méthode. En tout cas je crois les inspirations profondes plutôt utiles que nuisibles dans l'hémoptysie.
Apropos dutraitement interne, nous devons avant tout passer en revue les préparations de seigle ergoté. Waldenburg recommande de prendre de sa solution dans de l'eau distillée, 10 à 20 gouttes toutes les heures ou toutes les deux heures. J'emploie souvent aussi des pilules contenant chacune O^'^OO d'extrait de seigle ergoté et de tanin, et Q-'\0[ d'extrait d'opium. Les malades en prennent 1 à 2 toutes les deux ou trois heures. La potion suivante est fort utile aussi :
Infusion do fîciglo ergoté (préparée avec 8 gr. d'erpoL) 120
Alun purifié 4,
Extr. d'opium q q(\
Sirop de Iramboiscs
A prendre par cuillerées à soupe toutes les heures ou toutes les deux heures.
Lorsqu'il y a en même de la fièvre et un état inflammatoire, je donne volontiers les astringents dans une infusion de digitale de 150 grammes préparée avec 1 gr. à 1&'',25 de feuilles de digitale. J'y ajoute 3 à 4 grammes d'extrait de ratanhia ou autant; d'alun ou de tanin et Os^OS à 0s'',06 d'extrait d'opium. Cette dose est prise par cuillerées à bouche dans les 24 heures. Dans des cas rebelles la solution de sesquichlorate de fer, à la dose de 5 à 8 gouttes dans un verre à vin d'eau sucrée, toutes les 2 heures, amène quelquefois un mieux rapide et échoue d'autres fois, comme tous les hémostatiques. L'acide sulfurique, l'eau de Rabel, Télixir acide de llaths peuvent être ajoutés à l'infusion de digitale ou de seigle ergoté, à la place des astringents, à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Tous ces moyens trouvent leur emploi dans les cas assez fréquents d'hémoptysie opiniâtre. On a aussi conseillé les balsamiques, l'essence de térébenthine, le baume du Pérou, le copahu. La térébenthine réussit en effet quelquefois, après que d'autres moyens ont échoué.
Les hémorrhagies des cavernes d'une période avancée réclament le même traitement, mais plutôt les astringents toniques, le sulfate, l'hydrochlorate de fer, l'inhalation de la solution de perchlorure de fer. Si les malades s'affaiblissent rapidement, il faut recourir au musc et aux vins généreux.
Dès que l'hémorrhagie a cessé, on passe de nouveau avec prudence à un régime plus tonique. Pendant quelque temps encore le lait doit constituer une bonne partie de la nourriture; en même temps les œufs, les viandes rôties seront permis. Pendant toute la durée d'une hémoptysie, il faut avoir soin de tenir le ventre libre et même on donnera de légers apéritifs, des pilules d'alocs, la limonade de Roger, l'eau purgative hongroise (Hun-
LA DYSPNÉE, LA FIÈVRE. 573 yadi-Janos), à dose suffisante pour provoquer une à deux selles au moins par jour.
Les malades qui ont traversé une hémoptysie opiniâtre doivent être pendant longtemps très prudents, éviter toute fatigue, tout refroidissement, toute boisson excitante, ainsi que l'exercice prolongé, l'ascension et avant tout la danse, cela va sans dire. C'est après ces phases que les malades affaiblis se trouvent bien du fer et surtout de l'huile de foie de morue ferrugineuse.
Les douleurs de la poitrine sont quelquefois fort incommodes. Des frictions avec de l'huile chloroformée à parties égales, les ventouses sèches, la teinture d'iode appliquée aux parties douloureuses, les sinapismes et surtout les vésicatoires volants constituent les meilleurs moyens. L'usage interne de petites doses de morphine ou de codéine vient en aide à la médication externe.
La dyspnée mérite toujours une attention toute particulière. En premier lieu on la combat par les calmants et par l'inhalation de vapeurs narcotiques et adoucissantes. L'hydrate de chloral à la dose de 1 à 3 grammes à la fois ou à dose fractionnée dans une potion qui en renferme 3 à 5 grammes dans 200 de véhicule, dont une cuillerée à soupe sera prise toutes les deux à trois heures, rend, dans ces cas, de grands services. Toutefois il faut être sobre du chloral, commencer par de petites doses et surveiller son action, lorsque les malades sont affaiblis et que la maladie est avancée. Des sinapismes, l'inhalation prudente de vapeurs d'éther ou de chloroforme rendent également de bons services. Souvent je verse, dans ces cas, de l'éther sulfurique sur l'oreiller et les couvertures du malade, pour l'entourer d'une atmosphère d'éther.
La fièvre est bien plutôt l'expression, je dirais presque le
dynamomèlre de la tuberculose. Aussi dimlnue-t-elle, disparaUelle, augincnLe-L-elle selon les phases et l'intensité décroissante ou croissante de la maladie. Cependant, une fois continue, la fièvre est non seulement fort incommode, mais fort nuisible, en hâtant considérablement la consomplioui Aussi les malades demandent-ils souvent qu'on fasse cesser avant tout la fièvre, ce qui n'est pas facile. Cependant la quinine, l'arsenic, l'acide salycilique peuvent bien la modérer quelque temps. Quant à la quinine, c'est le muriate que je préfère, comme la préparation la plus active et la mieux supportée par l'estomac. Quelquefois une forte dose de 0^'^,^ dans un cachet médicamenteux (capsule amylacée d'oubli), prise le soir, suffit. D'autres fois je fais prendre deux à trois fois dans les 24 heures 0^''',3 à 0^''',-4 de ce sel pendant quelques jours, puis je fais suspendre, pour y recourir de nouveau plus tard. Dans d'autres cas la dose du sel de quinine ne dépasse pas O^"", 2 et j'y ajoute volontiers 0^^001 d'acide arsénieux. Lorsque la quinine a usé son action, l'acide salycilique peut encore rendre des services passagers. Je fais prendre 2 à 4) grammes de salycilate de soude, seuls ou avec autant de bicarbonate de soude, dans une potion de 120 grammes avec 30 grammes de sirop d'écorces d'oranges, à prendre par cuillerées, à soupe toutes les' 2 heures, ou en trois ou quatre fois dans les 24 heures. Lorsque ce médicament commence à s'user à son tour, je combine dans des cachets O^SOG à 1 gramme de salycilate de soude avec 0s'',15 à 08^20 ou même 0°%30 de chlorhydrate de quinine, et je fais prendre deux à trois cachets par jour. Mais dans tout ce traitement il faut toujours compter avec l'estomac, car la fièvre diminue déjà l'appétit et rend la digestion plus difficile. 11 faut diminuer les doses, ou suspendre touttraitementantipyrétique, lorsque l'estomac s'accommode difficilement ou mal de cette médication.
LA LARYNGOPATlllE. 575
Pendant la fièvre, des boissons rafraîchissantes, de la limonade au citron, de l'eau de Seltz avec du sirop de framboise sont agréables et utiles en môme temps. Il va sans dire qu'il faut modifier aussi la diète d'après la fièvre, pendant la durée de laquelle il n'est pas rare de voir les viandes rôties moins bien supportées et surtout supportées en moindre quantité qu'à l'ordinaire. Les hydrates de carbone sont, au contraire, quelquefois mieux supportés que les aliments azotés. Le lait constitue aussi alors une bien précieuse ressource. Il est bon d'éviter de placer un des principaux repas aux heures auxquelles la fièvre revient volontiers ou régulièrement.
Les sueurs nocturnes sont aussi pénibles qu'opiniâtres, la tuberculose une fois bien établie. J'ai été peu satisfait de l'action de la quinine, même à forte dose, contre ces sueurs. L'agaric blanc, l'acétate de plomb ne m'ont jamais paru non plus influer sur ce symptôme. Les frictions avec du lard sont malpropres et sans utifité. Le seul médicament qui, momentanément, agisse contre ce symptôme, c'est l'atropine. On donne le soir une pilule renfermant un demi-milligramme de sulûite d'atropine; on peut donner plus tard deux pilules, mais il ne faut pas aller au delà. Il est bon que ces malades ne se couvrent pas trop pendant la nuit et que la température de la chambre à coucher ne dépasse pas 13" à 14" R. Il faut éviter aussi toute boisson chaude pendant les heures qui précèdent le coucher. Il faut que les vêtements et le lit des malades soient toujours mis à sec, après les sueurs abondantes et selon le besoin. Je ne connais ni de meilleur préventif, ni de meilleur adjuvant de la cure des sueurs nocturnes que l'hydropathie modérée, les lavages, le drap mouillé, la douche de quelques secondes de durée dans les étabhssements disposés pour cela. La lartjngopathie des tuberculeux nécessite des soins spé-
576 TUAITEMElNÏ DE LA TUBERCULOSE,
ciaux. Ce n'est qu'exceptionnellement, lorsqu'il y a beaucoup de douleurs dans la région du larynx et de la gêne dans la déglutition avec toux fréquente et très fatigante, que l'on doit appliquer cinq ou six sangsues ii la région du larynx. Le plus souvent ces symptômes sont calmés par l'opium à l'intérieur, par des frictions adoucissantes, des cataplasmes, des compresses échauffantes. On peut aussi faire inhaler les vapeurs adoucissantes et narcotiques d'une infusion de jusquiarne, de belladone. Puis on passe aux inhalations, au moyen des appareils pulvérisateurs, avec l'alun, le tanin, le nitrate d'argent, et mieux encore à la cautérisation du larynx au moyen d'une éponge imbibée d'une solution d'azotate d'argent à 5 et jusqu'à 10 p. 100 et au delà, deux fois par semaine. La dérivation aide bien l'effet de ce traitement. On commence par des frictions ammoniacales et camphrées et on passe bientôt aux vésicatoires volants, dont 5 ou 6, de 3 à 5 centimètres de diamètre, seront successivement appliqués à la partie antérieure du cou. Des frictions avec de l'huile de croton, 1 partie sur 8 d'huile d'olives, provoquant une forte pustulation, ont bien soulagé quelques-uns de nos malades. Si ces révulsifs à action superficielle n'agissent pas, on n'obtient guère plus par les moxas oulessétons, que j'ai employés quelquefois à une époque bien antérieure de ma pratique, mais que j'ai abandonnés ensuite. Ces malades doivent aussi largement user de la diète lactée, mais non d'une façon exclusive. 11 est bon d'envoyer en automne ces malades dans le Midi , avant que leur maladie n'ait trop progressé. Le silence prolongé est de rigueur, tant que les efforts faits pour parler sont douloureux ou pénibles. Les opiacés combattentla toux et les douleurs. Pendantla bonne saison, les eaux sulfureuses des Pyrénées, les EauK-Bonnes, Cauterets, les eaux d'AUevard, d'Aix-la-Chapelle, de Weilbacli,
LA PNEUMONIE, LA PLEURÉSIE. 577 puis les eaux alcalines d'Ems, de Salzbrunn peuvent donner de bons résultats, surtout combinées avec la cure lactée et un climat convenable. Lorsque la laryngopathie n'est pas avancée, une cure prolongée avec l'iodure de potassium, et plus tard avec l'iodure de fer, peut amener une réelle amélioration.
La pneumonie des tuberculeux, lorsqu'elle survient de bonne heure, ne réclame aucun traitement spécial. Nous traitons aujourd'hui généralement la pneumonie primitive par la méthode expectante. Nous pouvons d'autant mieux adapter ce traitement à cette pneumonie secondaire, que, survenant à une période peu avancée, elle a une tendance prononcée à affecter une marche bénigne. Ce n'est que lorsque l'oppression est forte et continue, et si l'opium ne l'a pas calmée, qu'une petite saignée est indiquée. Une infusion de digitale, la quinine à dose modérée ou à plus forte dose, s'il y a beaucoup de fièvre, sont les meilleurs moyens. On peut, dans les cas lents, favoriser la résolution par de grands vésicatoires volants. Ce traitement est encore le meilleur dans la pneumonie tardive des tuberculeux, qui est presque toujours mortelle; on peut y joindre le traitement par l'alcool, deux cuillerées à café et au-delà d'eau-de-vie toutes les 2 heures, ou l'usage d'un vin généreux ou de vin de Champagne. Le musc, le camphre, la liqueur anisée d'ammoniaque sont, outre les alcooliques, les meilleurs excitants, lorsque la faiblesse croissante des malades oblige le médecin de recourir à cette méthode.
La pleurésie est traitée chez les tuberculeux comme d'ordinaire : des ventouses, sèches ou scarifiées, des vésicatoires, l'opium contre les douleurs, puis, si l'épanchement persiste, de légers purgatifs, l'usage méthodique de l'iodure de potassium, de l'iodure de fer, les frictions avec le Uniment térébenthiné de Stokes (15 gr. d'essence délayés et triturés avec un ou
LEBERT» on '
deux jaunes d'œuf dans 150 gr. d'eau), la teinture d'iode, etc. La ponction, môme l'opération de l'empyème par incision, ne doit pas être négligée, lorsque ces indications se présentent. Plus d'une fois j'ai vu les tuberculeux très soulagés par cette intervention chirurgicale.
Le pneumothorax ne comporte qu'un traitement palliatif. Pendant la perturbation et l'affaissement nerveux, pendant le choc, l'alcool, le vin, l'éther, les excitants sont de rigueur. Puis, dès que ce trouble est passé et que les malades se plaignent surtout de douleurs vives et d'une forte dyspnée, l'opium à haute dose, à O^SOS est le meilleur moyen, aidé du repos absolu. Si les accidents se calment et si la perforation pulmonaire prend une marche subaiguë ou passe à l'état chronique, il n'y a pas d'autres indications à remplir que celles exigées par la tuberculose et la pleurésie combinées. Mais encore faut-il ne pas hésiter à faire une ponction, et même une incision, lorsque l'épanchement est considérable, opiniâtre, et aggrave ainsi l'état déjà si précaire de ces malades. L'expérience m'a démontré que les phthisiques supportent très bien ces opérations, qui amènent toujours du soulagement.
Le catarrhe de Uestomac, la dyspepsie des tuberculeux, mérite dès le début la plus grande attention. Avant tout il faut régler la diète, non seulement pour la qualité, en défendant tout aliment d'une digestion difficile et en ne permettant que peu de boissons excitantes; mais aussi, pour chaque repas, la quantité des aliments et des boissons doit être rigoureusement fixée. Sans un régime bien déterminé et bien surveillé par le médecin, on ne peut pas soulager ces malades, qui en ont pourtant si grand besoin. Lorsque l'appétit diminue et lorsque les digestions deviennent plus laborieuses encore, il faut provisoirement réduire la nourriture des malades au lait, au bouillon,
LA DYSPEPSIE, LA DL4RRHÉB. 579 aux soupes, avec un peu de viandes rôties, en préconisant Teau de Vais, de Saint-Galmier, de Bilin, de Vichy, comme boisson. S'il existe de la prédisposition aux aigreurs, on administre 2 à 3 grammes de bicarbonate de soude par jour.^ en solution ou en poudre. J'ajoute volontiers à la solution WàSO grammes de sirop d'écorces d'oranges ou de quinquina.
S'il y a de la gastralgie, on se trouve bien de donner chaque jour trois ou quatre pilules composées d'un centigramme d'extrait de belladone et d'un centigramme de nitrate d'argent. S'il y a tendance aux vomissements, l'eau de Seltz en siphons, les poudres effervescentes, pures ou renfermant 0=%30 à 0-^,60 de sous-nitrate de bismuth par dose, la glace avalée par petits morceaux, rendent des services. Gueneau de Mussy recommande les pilules d'extrait de belladone et d'extrait de quinquina, et extérieurement, à l'épigastre, un emplâtre composé de diachylon,de thériaque, deux parties de chaque, et d'une partie d'extrait de belladone, moyen qu'il emploie souvent avec succès contre des vomissements dépendant de causes très diverses.
Les vomissements une fois étabhs, le régime léger indiqué est presque seul supporté; mais il est bon de renoncer le plus tard possible à la viande rôtie et au vin en petite quantité, pris i ou 2 fois par jour.
Dans quelques cas, de larges vésicatoires volants appliqués à l'épigastre m'ont paru utiles. On peut encore aider la nutrition par des lavements de lait ou de bouillon avec 1 ou 2 jaunes d'œuf, ou avec les lavements de Lucke, dans lesquels de la viande très finement hachée est rendue plus soluble par son mélange avec du liquide pancréatique ou avec du pancréas frais haché menu.
La diarrhée des tuberculeux s'arrête par les moyens connus ordinaires, tant qu'il n'existe pas d'ulcères dans les intestins;
une fois ceux-ci formés, surtout en certain nombre, il est bien difficile de s'en rendre maître. Il faut alors supprimer les légumes et les fruits dans le régime des malades, les nourrir surtout d'œufs, de viande, de lait, de préférence de lait de chèvre ou de brebis; les farineux sont également utiles. Un peu de vin vieux sera donné aux repas. En fait de médicaments, l'opium entre dans presque toutes les préparations, mais on peut épargner les fortes doses à ces malades en le combinant avec le nitrate d'argent, le sous-nitrate de bismuth, le sulfate de fer, le tannin, le cachou, l'acétate de plomb. On aide son effet par des lavements opiacés, avec addition de 5 à 10 gouttes de sous-acétate de plomb liquide, ou de O^^OG à O^^IO de nitrate d'argent en solution. La décoction blanche de Sydenham a surtout été préconisée en France ; je l'ai entendu recommander par Ghomel, dans sa clinique. La noix vomique à la dose de O^^OS à 0^'',20 de poudre, deux à trois fois par jour, est utile à quelques malades. Il en est de même de la thériaque, du diascordium, des pilules de cynoglosse. J'emploie souvent la potion suivante par cuillerée à soupe toutes les deux heures :
Décoction de Colombo, préparée avec 8 gr. de la
racine 150 gr.
Mucilage de salep 10 —
Extrait d'opium, ou codéine 6 à IScentigr.
Sirop d'écorces d'oranges 30 gr.
Parmi les astringents recommandés, je mentionnerai encore la cascarille, le simaruba, le bois de campèche en extrait ou en décoction. Des vésicatoires volants, appliqués successivement sur divers points des parois abdominales, peuvent aider l'effet du traitement interne et de la diète.
La perforation intestinale est rapidement mortelle ; l'opium à haute dose peut donner un soulagement momentané.
TRAITEMENT DE LA PHTHISIE AIGUË. 581 Les troubles de la menstruation ne réclament pas de traitement spécial: les règles reviennent lorsque la tuberculose s'arrête, s'améliore ou marche vers la guérison.
Les accidents du côté des voies ^trwaim réclament leur traitement connu : balsamiques, essence de térébenthine, chlorate de potasse, opium contre les douleurs et les besoins d'uriner trop fréquents et accompagnés de malaise. S'il y a rétention d'urine, il faut sonder les malades régulièrement.
Les aphtheSj si incommodes souvent vers la fm, doivent être cautérisés avec le nitrate d'argent; la stomatite parasitaire ou muguet réclame un traitement mécanique : on enlève avec un linge les amas d'oïdium et on fait gargariser avec du chlorate de potasse.
Il faut éviter soigneusement les escliares au sacrum ou dans la région des trochanters. Des coussins remplis d'air, des lavages aromatiques, le changement fréquent de position peuvent les prévenir. Quand elles sont formées, on les soigne d'après les règles connues. Aussi longtemps que possible je fais rester les phthisiques pendant plusieurs heures par jour hors du lit.
Votorrhée des tuberculeux est traitée par les astringents, unis aux émoUients.
Du traitement de la phthisie aiguë, de la méningite tuberculeuse, de la péritonite tuberculeuse, de la tuberculisation des glandes bronchiques et de celle des glandes lymphatiques superficielles.
Z)u traitement de la phthisie aiguë et subaiguë.
La tuberculose aiguo et subaiguë est ordinairement mortelle, bien qu'elle puisse s'arrêter aussi dans sa marche, comme nous l'avons démontré. Lesressources thérapeutiques sont donc bien peu considérables. L'huile de foie de morue, si utile dans la
582 TIUITEMENT DE LA TUBEaClJLOSE.
phLhisie clironique, reste sans cfTel. Cependant, dans un cas, dans lequel elle a été bien supportée, elle m'a paru ralentir la marche du mal. C'est donc un essai à tenter, lorsque latuberculisation n'est pas trop j apide ou tend à se restreindre. En général il faut éviter tout traitement aiïaiblissant, ne pratiquer une petite saignée que lorsqu'il y a une dyspnée intense et persistante qui ne cède pas à l'opium et aux révulsifs. Il faut appliquer quelques ventouses scarifiées, après que les ventouses sèches ont échoué, lorsqu'une douleur localisée incommode beaucoup le malade. Même dans ce cas un vésicatoire volant est préférable.
La fièvre, dans la phthisie aiguë, est si continue, quelquefois si intense, qu'elle contribue largement à rendre la consomption rapide. Aussi la méthode antipyrétique donne-t-elle quelquefois un soulagement momentané. Nous rappelons ce que nous avons dit plus haut à l'occasion du traitement de la fièvre dans la phthisie en général : chlorhydrate de quinine à la dose de 1 gr. à ls'',50 par jour, en 3 ou 4 prises, sahcylate de soude à 3 et 4 grammes dans les 24 heures. Le vin et l'alcool peuvent aussi rendre service dans ce but. L'alcool est prescrit à la dose d'une demi-cuillerée à une cuillerée à soupe, surtout sous forme de rhum ou de cognac, délayé avec 2 à 3 parties d'eau sucrée, dose à réitérer toutes les 2 à 3 heures. L'infusion de digitale avec de l'opium a soulagé aussi quelques-uns de mes malades et a calmé la toux et les souffrances, contre lesquelles l'injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine à O^''", 010 et 0='',015 offre un secours momentané. Outre le vin et les alcooliques, les boissons acidulées, la limonade, l'orangeade sont agréables aux malades. Le vin de quinquina peut remplacer quelques doses de bon vin ordinaire. Le lait et le bouillon sont presque seuls bien supportés, et je préfère le lait, comme plus nourrissant.
LA MÉNINGITE TUBEUGULEUSE. 583
S'il y a, contre tout espoir, ralentissement de la maladie, on a recours à l'huile de foie de morue ferrugineuse, aux préparations de quinquina, au vin, à un régime plus substantiel. Les accidents cérébraux ne cèdent à aucun traitement.
Je suis quelquefois resté dans le doute, pour savoir s'il s'agissait d'une bronchite capillaire intense et prolongée ou d'une tuberculose aiguë. Dans ces cas je me suis bien trouvé d'un traitement énergique, de celui de la bronchite capillaire prolongée, par le tartre stibié à haute dose, par les vomitifs répétés, pour passer plus tard aux expectorants légèrement excitants.
Traitement de la méningite tuberculeuse.
Il y a des familles dans lesquelles cette maladie est plus particulièrement fréquente. C'est alors qu'il peut être question de prophylaxie. Il faut conseiller alors une diète à la fois nourrissante et rafraîchissante, on fait éviter tout ce qui peut porter le sang à la tête, les promenades au soleil, une température trop élevée dans les chambres ; on surveille les moindres indispositions.
Lorsqu'on assiste au début de la méningite, on peut tenter un traitement légèrement antiphlogistique : quelques sangsues derrière les oreilles, l'application de l'eau froide ou de la glace sur la tête. Chez l'adulte on peut mettre un plus grand nombre de sangsues, 10 à 12 derrière les oreilles. Rilliet et Barthez conseillent l'irrigation continue de la tête avec de l'eau froide. Les affusions d'eau froide ont été vantées par des médecins de mérite. On emploie le calomel assez généralement dans ces cas, chez l'adulte de O^^OG à O^^lâ toutes les deux heures, chez l'enfant de O^SOS à 0?'",05 chaque fois. Je fais faire en
m TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE,
outre toutes les '^ heures une friction avec^ 1 à 2 grammes d'onguent mercuriel sur différentes parties du corps. Des sinapismes fréquents peuvent aussi servir de dérivatifs.
Ce traitement énergique, malheureusement presque toujours inutile, ne convient que pendant la période d'irritation. Une fois les malades affaiblis, affaissés, lorsque les phénomènes de prostration commencent à dominer, les applications tièdes sur la tête, des cataplasmes minces même, conseillés par Romberg, conviennent mieux que le froid et calment mieux la céphalalgie. Les vésicatoires volants doivent être placés derrière les oreilles ou à la nuque. Ceux qui sont appliqués directement sur la tête ne donnent ni une bonne vésication, ni un meilleur résultat que les vésicatoires placés dans les autres points. Il est vrai que d'ordinaire ces derniers restent malheureusement aussi dans lès autres points sans résultat. Si le calomel ne réussit pas à produire tous les jours une à deux selles, on donne de l'huile de ricin, de la magnésie, ou, à l'exemple de Rilliet, l'huile de croton dans la forme suivante :
Huile de croton 10 à 12 centigr.
Sucre blanc 8 grammes
Poudre de gomme 2 —
Teinture de cardaniine 2 —
Kau distillée 60 —
Les enfants en prennent plusieurs fois par jour une à deux
cuillerées à café.
J'ai fait toute une série de tentatives de traitement avec l'iodurede potassium, à dose croissante; mais ce médicament à haute dose, combiné avec des frictions mercurielles, ne m'a jusqu'cà présent donné aucun résultat. Parfois, tout au début, lorsque les malades sont très agités, je ne crains pas de leur donner de petites doses de morphine ou de laudanum. Lors-
LA PÉRITONITE TUBERCULEUSE. 585 que les malades s'affaiblissent et tombent dans le coUapsus, les excitants, les préparations ammoniacales étbérées, le camphre, le musc, le vin apportent quelque consolation ù l'entourage sans être utiles aux malades.
Mais pourquoi tourmenter, pendant toute la durée de la maladie, par un traitement actif, ces pauvres êtres voués à une mort presque certaine? C'est que la mort n'est que presque certaine, et qu'il existe quelques rares exemples de guérison, comme nous l'avons exposé. Aussi, si la maladie se ralentit alors dans sa marche, il faut redoubler de soins, on tient les malades dans le calme le plus absolu, dans l'obscurité; on leur donne du lait en petite quantité, souvent répétée; on a soin qu'il y ait tous les jours une évacuation alvine, on évite pendant longtemps encore toute excitation physique et morale. Peu à peu on passe alors au traitement tonique par un régime plus substantiel, par l'iodure de fer, par l'huile de foie de morue ordinaire ou ferrugineuse, par le séjour à la campagne pendant la bonne saison.
Du traitement de la péritonite tuberculeuse.
Le traitement général est le même que pour les autres localisations, pour la tuberculose en général. Malgré les douleurs, il faut être sobre de l'application de sangsues et les réserver pour les douleurs vives, continues, non soulagées par l'opium. Ces malades se trouvent ordinairement bien dans un bain tiède; les cataplasmes, les compresses hydropathiques, aidés de l'usage interne des narcotiques, leur procurent un bien passager. Les injections hypodermiques de morphine sont aussi un bon palliatif. Les vésicatoires volants soulagent quelquefois de douleurs fixes fort incommodes. Lorsque les douleurs sont
5«0 TUAITEMEJNT J)E LA TUIIEUCULOSE.
supportables, la fièvre modérée, on remplace ce Lraitemenl palliatif par l'iodurc de potassium, l'iodure de fer, l'huile de foie de morue, et on recommande alors un régime plus substantiel. Malheureusement ce mieux est ordinairement passager; une fois seulement il m'a été donné d'observer une amélioration plus durable. Mais pourquoi la péritonite tuberculeuse ne pourrait-elle pas s'arrêter dans sa marche, comme, très exceptionnellement il est vrai, la méningite de même nature? — On traite les nausées, les vomissements, la diarrhée d'après les règles déjà indiquées. Quelquefois la fluctuation est très évidente, l'abdomen est distendu par la masse de liquide, le diaphragme est refoulé en haut, ce qui donne lieu à une dyspnée habituelle. Dans ces cas il ne faut pas hésiter à faire la ponction et à la répéter au besoin.
Traitement de la tuberculose des ganglions bronchiques.
Si le traitement général ne doit pas varier considérablement, il y a lieu cependant d'user des préparations iodées plus largement encore que dans d'autres localisations tuberculeuses, attendu que les ganglions bronchiques sont très tuméfiés, très hypertrophiés en dehors même des tubercules et des infiltrations. Il faut alors porter la dose journalière de l'iodure de potassium de 1 à 2 grammes et au delà, badigeonner largement avec la teinture d'iode les parois de la poitrine. Une nourriture substantielle, les narcotiques contre la toux, des frictions chloroformées sur les parois de la poitrine, ou des frictions calmantes de Os''',60 de chlorhydrate de morphine dans 15 à 20 grammes de glycérine contre les douleurs thoraciques, constituent le traitement palliatif ordinaire. Mais il y a, en outre, les accès asthmatiques, que l'on combat par les révulsifs, par l'inspiration de vapeurs,
L'ADÉNITE TUBERCULEUSE. 587 par le mélange de sirop d'cther et de sirop d'opium par cuillerées à café, par l'hydrate de chloral en perles à 25 centigrammes; on donne encore le chloral dans une potion de 180 grammes contenant 4. grammes du médicament, que l'on fait prendre par cuillerées à soupe de demi en demi-heure, et • plus rarement lorsque l'accès passe. De petits lavements opiacés peuvent aider l'effet de ces divers moyens. Pendant la belle saison, l'hygiène et le changement d'air sont de rigueur et doivent être exécutés dans les mêmes conditions que pour les autres affections tuberculeuses.
Bu traitement de la tuberculose des ganglions lymphatiques superficiels.
Le traitement général est celui que nous venons d'indiquer tout à l'heure. Outre l'huile de foie de morue cependant, les iodures, l'iodure de potassium d'abord et celui de fer ensuite, doivent être largement et longtemps employés.
Mon sirop d'iodure de fer, préparé par la double décomposition de l'iodure de potassium et du sulfate de fer, dont j'ai donné la formule plus haut, m'a rendu de bons services dans des cas où le traitement devait être de longue durée. Deux à trois cuillerées à dessert d'abord et à soupe ensuite constituent la dose journalière. Lorsque les malades sont affaiblis par la longue durée de la suppuration, je fais prendre comme principal remède l'huile de foie de morue ferrugineuse. J'ai abandonné depuis longtemps d'autres moyens très vantés, mais qui ne m'ont point donné de résultats satisfaisants, tels que les bromures, les préparations d'or, le chlorhydrate de baryte, la ciguë. 11 faut toujours se rappeler qu'il ne convient pas de donner trop de médicaments aux enfants et qu'il est essentiel de leur conserver l'estomac en bon état.
Pendant les inflammations intercurrentes qui préparent la suppuration, on met les malades à une diète moins succulente, on leur ordonne des boissons rafraîchissantes, on suspend le traitement tonique et résolutif, on fait garder le repos, et, si l'inflammation et la fièvre sont fortes, on prescrit de petites doses de calomel, de 0^',^ à 0^S3, dont on prendra trois ou quatre par jour.
Les bains chlorurés, salés, bromurés et iodés, pendant la bonne saison, sont très utiles à ces jeunes malades. On leur fait prendre à la maison des bains salés avec addition de cinq à six litres d'eaux mères deKreuznach,ou on les envoie à Kreuznach, à Bex, à Salins, dans un des nombreux établissements de ce genre qui existent aujourd'hui.
Il ne faut pas laisser passer la bonne saison sans un séjour à la campagne, aux bords de la mer ou à la montagne. Les bains de mer, chauds d'abord, puis dans la mer, conviennent bien aussi, soit dans la mer du Nord ou la Baltique, soit dans un climat plus doux, comme à Arcachon, dans la Méditerranée, à Pegii, à Castellamare, au commencement de l'automne. L'hydropathie peut être un adjuvant utile, mais n'a pas d'action directe. Cependant j'ai employé avec succès, dans le temps, à Lavey (1846), une méthode qui m'a paru utile et que j'ai appelée hydropathie médicamenteuse. Les jeunes malades étaient enveloppés le matin dans le drap mouillé, entourés de couvertures et y restaient une heure ou deux, jusqu'à la transpiration. Pendant ce temps ils prenaient toutes les 15 à 20 minutes O^^S à 0s^3 d'iodure de potassium dans un demi-verre d'eau. La transpiration une fois établie, je les faisais porter dans le bain froid établi dans le Rhône, qui à Lavey n'a que 6 à 8" R. en été ; je les faisais plonger dans cette eau froide, puis ils s'habillaient, déjeunaient et se promenaient. Ce traitement
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a toujours été fort bien supporté, et mon successeur et ami M. Cossy a continué d'obtenir de bons résultats de cette métiiode à Lavey et à Bex, où dans le plus beau site, avec un climat des plus agréables, l'hydropathie est fort bien combinée avec les bains salés et avec ceux additionnés des eaux-mères des salines. Parmi les topiques, lorsqu'il n'y a pas suppuration, j'emploie les frictions mercurielles, celles d'iodure de potassium, et volontiers celles avec du bi-iodure de mercure, 0^'',30 pour 30 grammes^d'axonge; ces frictions, qui irritent la peau, doivent être suspendues pour quelques jours dès qu'elles provoquent de l'érythème.
Lorsque les ganglions tuberculeux suppurent, il faut ouvrir chaque abcès de bonne heure. On peut panser les ulcères avec une pommade saturnine ou avec une solution de nitrate d'argent, Qs^,iO à O^^IS pour 30 grammes d'eau distillée, liquide dont on imbibe de la charpie ; le tout est recouvert d'ouate. Il est bon de cautériser de temps en temps les ulcères avec de l'azotate d'argent, lorsque les bourgeons charnus sont exubérants.
Il faut fendre les fistules, faire l'ablation des parties décollées de la peau, éviter, en un mot, toute stagnation de pus. C'est ainsi que l'on évite des cicatrices difformes. L'extirpation des ganglions tuberculeux doit être conseillée, lorsqu'il n'en existe qu'un petit nombre de volumineux, ou lorsqu'un paquet, un chapelet de ces ganglions occasionne une véritable difformité à la partie antérieure du cou.