VI. De la tuberculose des organes génitaux. A. Chez l'homme
L'urèthre est rarement le siège d'une tuberculose étendue. Cependant j'en ai vu, et Dufour en a décrit plusieurs dans son
excellente thèse (Paris 1854). Les tubercules siègent dans la muqueuse et constituent plus tard des plaques et une incrustation étendue, intimement adhérente à la muqueuse, créant un obstacle mécanique croissant à l'émission des urines, avec toutes ses conséquences fâcheuses.
Les tubercules de la prostate sont petits, disséminés, ou plus volumineux, avec infiltration étendue, engorgement de toute la glande, tendance à la suppuration, au ramollissement, à la formation d'une caverne même. Dufour a décrit un abcès tuberculeux de la prostate qui s'est ouvert dans le rectum. Une fois, la tuberculose prostatique m'a paru primitive.
Les vésicules séminales et le cordon spermatique peuvent être envahis par propagation de l'incrustation tuberculeuse interne ; des petits foyers de ramollissement, de suppuration même, peuvent se former ainsi sur le trajet du cordon; le tissu cellulaire s'indure tout autour. Le canal peut aussi s'oblitérer. Des abcès peuvent s'ouvrir au dehors ou. plus profondément et amener une infiltration purulente. Les vésicules peuvent être malades toutes les deux ou seulement l'une d'elles ; la surface interne incrustée peut se ramollir et prendre un aspect caséeux. Cette affection est ordinairement consécutive à celle du testicule.
La tuberculose du testicule joue le rôle le plus important parmi les diverses localisations tuberculeuses génito-urinaires de l'homme. Elle est non-seulement assez souvent primitive et le point de départ d'une tuberculose génito-urinaire étendue, mais elle peut aussi conduire à la tuberculose des ganglions lymphatiques intra-abdominaux, à celle des organes de la respiration, des méninges et du cerveau. Il faut cependant assez souvent des années pour que toute cette série d'évolutions s'accomplisse.
L'épididyme est ordinairement le point de départ de la tuberculose du testicule. Au commencement, on trouve des tubercules miliaires disséminés, puis se forment des tubercules d'agglomération, avec une certaine prédilection pour la lête de l'épididyme. Peu à peu, tout l'organe est envahi, le tissu connectif s'engorge et s'infiltre de cellules connectives rondes et fusiformes, et bientôt l'épididyme forme une masse compacte et épaisse en forme de demi-lune. Les tubercules envahissent de plus en plus la glande séminale, et à mesure qu'ils grandissent et se multiplient, le tissu connectif interstitiel s'hyperplasie, et l'ensemble forme un corps engorgé, dur, mais inégal do consistance et de surface. Le second testicule se prend souvent un peu plus tard. L'hydrocèle générale ou délimitée peut se développer. Les masses tuberculeuses se ramollissent, mais d'une manière isolée et successive; la suppuration survient souvent plus tard, et lorsqu'il y a eu beaucoup d'hyperplasie connective, l'abcès, tout rouge et mou qu'il est, peut offrir un aspect fongueux. L'abcès s'ouvre ou doit être ouvert, et c'est ainsi que se forment des fistules tuberculeuses, le plus souvent de longue durée. Une fois, j'ai trouvé dans un testicule une masse tuberculeuse crétacée. Chez un singe, j'ai trouvé un testicule parsemé de granulations grises demi-transparentes, tandis que chez l'homme j'ai toujours vu les granulations miliaires d'un jaune mat.
B. De la tuberculose des organes génitaux de la femme.
Les tubercules de la matrice sont rares. Les granulations et les plaques de la muqueuse peuvent former des incrustations; des tubercules peuvent exister aussi dans la substance charnue; mais ces localisations utérines sont rares. Je possède deux faits
de tuberculose plus étendue. Chez une enfant de deux ans, qui avait des tubercules dans les poumons, les reins, la rate, le foie et l'intestin, des granulations jaunes et des tubercules jusqu'au volume d'un petit pois étaient disséminés dans la matrice. Chez une femme âgée de 21 ans, morte de tuberculose pulmonaire et péritonéale, il y avait dans la matrice un détritus caséeux; celui-ci enlevé, il fut facile de voir que la muqueuse utérine était parsemée de granulations et de plaques confluentes de tubercules, dont quelques-unes pénétraient jusque dans la substance charnue.
Chez un singe femelle, mort de broncho-pneumonie chronique avec cavernes, avec des tubercules miliaires de la plèvre, et des tubercules caséeux volumineux dans le foie et la rate, il y avait dans le fond de l'utérus un tubercule du volume d'une noisette, sous-muqueux, d'un gris jaunâtre, ferme à l'extérieur, ramolli et granuleux en dedans.
Louis a trouvé {op. cit. y p. 142) la muqueuse utérine tuberculeuse, et sous elle des granulations miliaires. Il dit aussi avoir observé quelque chose de semblable dans les ovaires (peut- être les trompes).
Reynaud a décrit, en 1831, dans les Archives (1), deux cas curieux de ce genre. Le premier a rapport à une femme de 39 ans qui, à la suite d'une pleurésie prolongée, succomba au bout de trois mois avec des accidents cérébraux. A l'autopsie, on trouve une hydrocéphale interne. Le vagin offre beaucoup de petits ulcères tuberculeux. L'utérus, volumineux, offre sur toute sa muqueuse une incrustation tuberculeuse et, dans son tissu, un tubercule du volume d'un pois. La face interne des deux trompes présente la même incrustation tuberculeuse.
(1) Archives générales de médecine, t. XXVI, p. 486.
Quelques ulcères dans l'inteslin; uq petit nombre de plaques i tuberculeuses sur le péritoine ; beaucoup de granulations tuberculeuses dans les deux sommets pulmonaires, surtout à 1 gauche. '
Le second cas de Reynaud se rapporte à une femme de 45 ans, qui avait succombé à la phthisie pulmonaire. On trouva des cavernes, de la péritonite tuberculeuse, quelques ulcères dans les intestins. La muqueuse utérine, ainsi que celle des trompes, offrait une incrustation tuberculeuse; deux tubercules se trouvaient dans la substance utérine, près de l'insertion d'une des trompes.
Le cas déjà mentionné de Godart (1) se rapporte à une jeune fille de 19 ans, morte d'affection tuberculeuse étendue des glandes lymphatiques ; tubercules des poumons et de la rate ; incrustation de la surface interne de l'utérus antéfléchi et de la face interne des trompes, dont l'incrustation était plus ferme, plus homogène et plus dure.
Vialles (2) a communiqué, en 1849, à la Société anatomique, le cas d'une femme de 79 ans, morte empoisonnée, dont l'au- • topsie fit voir une péritonite tuberculeuse, des infdtrations des ; glandes mésentériques et lombaires, avec quelques ulcères ^ intestinaux et une néphrite interstitielle. L'ulérus était incrusté • en dedans de matière tuberculeuse très-adhérente ; la trompe gauche était remplie d'une matière grumeleuse et caséeuse.
Bristow (3) a publié, dans les Actes de la Société pathologique de Londres, le fait d'une femme de 25 ans, morte de phthisie pulmonaire avec cavernes, tubercules du péritoine, des ganglions mésentériques, nombreux ulcères dans le côlon, \
(1) Bulletins de la Société anatomique de Paris, 1848, p. 23.
(2) Bulletins de la Société anatomique, etc., 1849, p. 89.
(3) Transactions of the pathological Society of London. London 1855, p. 270.
ALTÉRATIONS DES GANGLIOiNS SUPERFICIELS. 385
incrustation tuberculeuse de la surface interne de l'utérus, s'étendant jusque dans la substance musculaire; même altération dans les trompes, adhérentes au voisinage; deux tubercules dans l'ovaire gauche.
Huchinson (i) a fait connaître un cas analogue. Il s'agit d'une jeune fille de 15 ans, chez laquelle l'autopsie a fait constater beaucoup de tubercules miliaires dans les poumons et la plèvre. La description de l'utérus laisse des doutes sur son altération tuberculeuse; mais la trompe gauche renfermait plusieurs tubercules saillants en dedans, ayant jusqu'au volume d'un petit pois.
Il résulte de ces faits que les organes génitaux de la femme peuvent participer d'une manière variée et étendue à la maladie tuberculeuse et y jouer même un rôle important. Mais, tandis que chez l'homme la tuberculose génitale tend à se combiner avec celle des voies urinaires, chez la femme les deux ordres de localisation restent ordinairement séparés.
VII. Des altérations tuberculeuses des ganglions lymphatiques
superficiels.
Nous avons déjà appris, dans la partie clinique, que la tuberculose des ganglions lymphatiques superficiels était trèssouvent primitive et qu'elle pouvait épuiser la diathèse pour faire place à une guérison durable.
La structure de ces tubercules est celle que nous connaissons déjà pour les ganglions lymphatiques en général. Cependant cette localisation prédispose bien plus à la suppuration, qui survient à peu près dans la moitié des cas. Les ganglions tuberculeux, transformés alors en ulcères, éliminent la matière tuber-
(1) Transactions of the patholog. Society ofLondon, vol. VIII, p. 269
ANATOMIE PATHOLOGIQUE, culeuse, ot, après une suppuration souvent très-prolongée, se détergent et se ferment avec des cicatrices froncées et difformes, si on n'a pas soumis ces abcès, ces ulcères, ces décollements de peau à un traitement chirurgical approprié. Ce sont surtout les glandes des diverses régions du cou qui subissent cesdiverses transformations. Les altérations glandulaires tuberculeuses de l'aine et de l'aisselle ont moins d'importance et sont plus rares.
Sur 158 malades observés pendant longtemps, 20 seulement ont succombé à la phthisie pulmonaire.