‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaireChapitre 86 sur 125 · DU LAIT CHEZ LES TUBEUCULEUX · texte numérisé non relu

DU LAIT CHEZ LES TUBEUCULEUX

On ne peut pas davantage fixer une règle générale par rapport aux boissons autres que le lait. Il ne faut pas proscrire, comme on le fait souvent, le thé, le café, la bière, le vin, l'eaude-vie ; mais ces boissons doivent être prises en petite quantité ; le thé, le café ne doivent être ni forts ni purs, mais étendus de iait de bonne qualité. Une faut pas non plus trop changer les habitudes des malades, lorsque ces habitudes sont raisonnables. On a exagéré autrefois, dans les sanatorium des montagnes, l'usage du vin, mais on en est revenu plus tard comme d'un abus. "La sobriété dans les boissons fermentées et alcooHques

est pour le moins aussi nécessaire que la sobriété dans l'usage des aliments. Il est bon que le repas du soir ne soit pas le plus copieux, comme c'est l'usage dans les pays où l'on dîne entre 6 et 7 heures du soir. Le repas du milieu du jour doit être le plus abondant. Si le dîner ne peut avoir heu que le soir, il faudra le fixer à 5 heures au plus tard, ou le rendre beaucoup plus léger que le repas de midi.

I Gomme il est essentiel que la digestion d'un repas soit complète avant de manger de nouveau, il faut supprimer les petits repas intermédiaires; mais le premier déjeuner du matin doit être conservé tel que les malades ont l'habitude de le prendre. Seulement, si c'est le thé ou le café qu'ils choisissent, ces boissons ne doivent pas être trop fortes, trop concentrées. Nous reviendrons plus tard sur ce point. Il faut toujours recommander aussi aux malades de manger lentement, de bien mâcher la nourriture, de ne pas manger trop chaud et de se reposer, sans dormir, après les principaux repas.

Passons, après ces générahtés, aux détails du régime. De Vusarje du lait chez les tuberculeux. La diète lactée, les cures de lait sont bien anciennes, mais n'ont été bien étudiées ■1 et régularisées que de nos jours. Je m'en suis beaucoup occupé

et j'ai publié sur ce sujet un travail spécial, il y a neuf ans (Die Milchkur, Berlin, 1869).

Par rapport à la phthisie, je dois dire que j'ai, à différentes reprises, fait des tentatives régulières et suivies pour la traiter par la diète lactée seule. Mais je n'ai pas été content du résultat^ tandis que, dans les maladies rebelles et curables de l'estomac, j'en ai obtenu d'excellents effets. Je ne puis la recommander que dans les cas rares de phthisie dyspeptique, dans lesquels les aliments ingérés sont vomis. Quelques malades supportent mieux alors le lait refroidi à la glace, d'autres à la température de la chambre, d'autres chauffé. Ce sont des essais à faire. En tout cas, il faut, dans ces circonstances, commencer par de petites doses de quelques cuillerées à soupe, pour arriver peu à peu à un litre et au delà, dans les 24 heures, de lait fraîchement trait, cru ou bouilli.

D'un autre côté, je ne saurais assez recommander l'usage abondant du lait, à côté d'une autre bonne nourriture, chez les phthisiques. Lorsque les malades sont à la campagne, je leur fais boire 100 à i 50 grammes de lait de vache le matin au ht, si possible fraîchement trait, et autant le soir ; mais alors, si cel est possible, à l'écurie, au moment où l'on trait les vaches. S'i existe quelque répugnance pour le lait, il est bon de commence par AO à 50 grammes chaque fois et d'augmenter la quantité pe" àpeu. Quelques malades supportent mieux le lait aromatisé ave un tiers ou même la moitié de thé ou de café. D'autres malades le tolèrent mieux lorsqu'on ajoute à chaque tasse une à deux cuiUerées à café de rhum, de cognac ou de kirsch. Lorsque les malades ont de la tendance à avoir de la diarrhée, le lait pur la diminue ou l'arrête souvent. En dehors de ces cas, il est bon de prendre le lait avec parties égales de café de glands, ou avec 1 à 2 cuillerées à café d'arrow-root par tasse. Lorsque les ma-

DU LAIT CHEZ LES TUDEllCULELX. iil lades, à la campagne, se trouvent bien du lait et le supportent bien, je me rapproche davantage de la véritable cure lactée, en faisant prendre toutes les 3 heures 100 à 150 grammes de lait et en intercalant, une fois seulement, dans le milieu du jour, un repas plus varié, composé d'un potage, de viande rôtie, de farineux, de légumes, de fruits, avec du vin de Bordeaux pur ou coupé d'eau pour boisson. Les malades qui prennent le lait en quantité suffisante pour qu'il constitue leur principal repas matin et soir peuvent y ajouter du pain blanc, de petits pains, de la biscotteou des biscuits anglais. Il est bon de prendre toujours le lait de la même vache, bien nourrie et bien soignée. Souvent le lait de vache aigre ou demi-aigre est plus agréable aux malades et mieux supporté que le lait ordinaire. Le lait de chèvre peut remplacer le lait de vache, lorsqu'on a de la peine à avoir ce dernier de bonne qualité. Il est tout particulièrement bon contre la disposition à la diarrhée. Mais il n'est pas supporté longtemps en même quantité que le lait de vache. Le lait d'ânesse est particulièrement utile dans l'état fébrile, avec disposition inflammatoire plus prononcée, lorsque les forces digestives sont affaiblies. On peut en faire boire, en augmentant successivement, matin et soir, de 50, 100, 200 à 250 grammes.

Le lait le plus nourrissant, le plus riche en parties fixes, dont il renferme jusqu'à 17 p. 100 et au delà, le plus substantiel aussi en albumine et en caséine, est le lait de brebis. Ce lait se digère facilement et convient aussi lorsqu'il y a tendance à la diarrhée. Sa qualité éminemment réparatrice le rend surtout utile chez les malades très-affaiblis. 200 à 300 grammes dans les 24 heures, pris en 2 ou 3 fois, constituent une bonne moyenne. Je l'ai beaucoup ordonné dans les bains de Silésie, surtout à Salzbrunn, où il est d'exquise qualité. Mais il

TJ{AITEiMENT DE LA TUBERCULOSE, m'a été facile aussi de le faire prendre à la campagne, en Silésie, comme dans la Posnanie, à des propriétaires e't à leu,-s familles, lorsqu'ils élevaient beaucoup de brebis sur leurs terres, l'industrie delà laine étant très-répandue dans ces pays. A l'occasion des cures climatériques de la montagne, je reviendrai sur la cure lactée (non exclusive) faite dans les Alpes et dans quelques autres localités.

Du lait de jument fermenté, ou koumis, comme aliment et comme remède

contre la phthisie.

Nous abordons ici un sujet qui touche à la fois au régime et à la thérapeutique et qui a fait beaucoup de bruit dans le monde médical.

On sait que les cures de koumis ont été faites d'abord dans lés steppes des K irghises, où l'on se sert largement aussi du lait fer menté comme boisson alimentaire. Ces mêmes habitudes existent parmi les populations nomades de l'est et du sud de la Russie, dans les gouvernements de Perm, d'Orenbourg, de Samara, dans les steppes du Don.

Si nous voulons prendre pour point de départ l'analyse chimique du lait de jument, nous trouvons des différences considérables chez les auteurs. D'après l'analyse connue de Gorup^ Besanez, le lait de jument renferme 17 parties fixes suri 00 parties, dont 1/2 p. iOO seulement de caséine, 7 p. 100 dégraisse ou de beurre, 8 1/2 p. 100 de sucre de lait et de sels. En 1872, un bon chimiste de Berne, Mûller, nous a communiqué, dans la section médicale de la Société helvétique des sciences naturelles, réunie à Fribourg, une analyse du lait de juments kirghises qu'une famille russe avait amenées à Interlaken, pour

LE KOUMIS. ^1^3 faire préparer du koumis pour les enfants. Or voici le résultat de cette analyse :

Beurre 2,12 0/0

Sucre de lait 7,26 »

Caséine et sels Ij42 »

Nous avons ainsi 10,80 seulement de parties fixes et il reste pour l'eau 89,20 p. 100.

Celte analyse montre que le lait de jument est bien moins riche en parties fixes et surtout en beurre que ne l'indique l'analyse de Gorup-Besanez. Elle confirme la pauvreté de ce lait en caséine, et l'absence d'albumine, ce qui réduit considérablement sa valeur nutritive.

Les deux analyses constatent sa grande richesse en sucre de lait, ce qui explique la facilité avec laquelle ce lait fermente, <i'est-à-dire transforme une bonne partie du sucre en acide lactique, produit de l'alcool et de l'acide carbonique.

Il s'agit donc d'un lait fermenté, à caractère alcoolique avec un goût acidulé agréable, capable de produire une certaine «xcilation, l'ivresse même, lorsque des quantités considérables 5ont ingérées. Ce koumis, que les médecins et les malades en Russie estiment beaucoup dans le traitement de la phthisie, est surtout employé comme cure dans les steppes et pris en quantité considérable, qui se compte par litres, tous les jours.

D'après les détails chimiques dans lesquels nous venons d'entrer, le koumis a une valeur nutritive bien inférieure à celle du lait de vache, des autres laits usités et même du lait d'ânesse. On doit donc envisager le lait fermenté comme une préparation lactée spéciale. J'ai vu un certain nombre de Russes à Breslau, à Vevey et à Montreux, qui avaient fait la cure de koumis dans les steppes. Quelques-uns y avaient trouvé

TIIAITEMKNT [JE LA ïrilEUCULOSE.

un soulagement réel et durable. Chez la plupart, Tamélioration n'a été que passagère ; l'examen de la poitrine et de la marche de la maladie m'en a fourni les preuves. Comme il y avait eu en môme temps changement de climat, d'hygiène, de toute la vie en un mot, on est bien autorisé à se demander si ce n'est pas la cure climatérique et hygiénique qui, dans les steppes comme ailleurs, a eu le principal mérite du mieux obtenu.

D'un autre côté, les vins mousseux n'ont jamais joui d'une réputation antiphthisiquc, même passagère. J'ai vu introduire l'usage du koumis dans diverses localités de bains et de stations climatériques. Nulle part il n'a pu être continué longtemps. Cependant j'ai beaucoup d'estime pour l'opinion de mes collègues russes ,et jeme demande s'il n'y a pas dans les steppes une action combinée du climat et du koumis.

Schnepp a fait dans le temps préparer aux Eaux-Bonnes du koumis avec un mélange de lait de vache et d'ânesse, et a vu que les malades s'en trouvaient bien et engraissaient. L'air pur et la bonne nourriture de cette excellenle station des Pyrénées y avaient probablement une large part; toutefois, pour être fixés sur la valeur du koumis, les médecins ont besoin de nouvelles analyses et d'une bonne statistique, basée sur des observations exactes et suffisamment nombreuses, où les preuves doivent enfin remplacer les assertions. Toutefois, il est' certain que le koumis tient une place toute particulière parmi les boissons fermentées.

Des détails de la diète dans la tuberculose.

Il faut régler la nourriture de façon à donner au corps le plus de force de résistance possible, sans contrarier en rien l'état du processus local. Après avoir pris au lit une tasse de

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