LE SÉJOUR DANS LES ÉTABLES
à l'air et bien ventilée. Le séjour prolongé dans les écuries n'est possible que dans la deuxième moitié de l'automne, en hiver et au printemps, jusqu'en mai. En été, dans la seconde moitié du printemps et la première moitié de l'automne, la chaleur, les insectes, l'odeur trop forte y mettent obstacle.
D'après les détails dans lesquels nous venons d'entrer, le séjour dans l'écurie n'offre pas les difficultés et n'exige pas les sacrifices d'un voyage lointain, mais encore faut-il, comme nous l'avons vu, observer une multitude de détails dont la négligence peut aff'aibnr considérablement l'effet de la cure.
Voici maintenant les deux faits dont j'ai parlé pins haut : En janvier 1859, j'ai été appelé dans un village des bords du lac de Zurich, pour donner des soins à la fille d'un riche propriétaire. J'ai constaté chez la jeune fille une tuberculose pulmonaire bien caractérisée, avec matité, respiration bronchique, nombreux raies à timbre métallique {Klinrjendes Rasseln) dans la moitié supérieure du côté droit de la poitrine, tant en avant qu'en arrière. La partie supérieure gauche était malade aussi, mais offrait des signes moins étendus. Il y avait, en outre, une lièvre hectiquecontinue, avec exacerbations par accès et frissons, le plus souvent entre 11 heures et midi. L'appétit avait diminué, la malade était très-affaibUe et en voie d'amaigrissement progressif, la toux était fréquente, fort incommode, l'expectoration €opieuse, muco-purulente. Pendant un mois, le traitement par l'huile de foie de morue, la quinine, l'usage d'un lait de bonne qualité, les viandes rôties, resta sans succès. C'est alors que j'ai conseillé le séjour dans l'étable. Celle-ci était grande et belle ; elle pouvait contenir 32 vaches ; j'ai conseillé de n'en laisser que 16 etj'ai fait construire une chambre commode et assez spacieuse. La maladie, qui depuis des années avait toujours fait des progrès, s'arrêta dans sa marche au bout de quelques se-
■ill
TIIAITEMENT DE LA TIJHEKOULOSE.
maines; la fièvre diminua, les forces commencèrent à se relever, la toux devint plus rare, l'embonpoint revint un peu et le teint lut meilleur. Après plus de deux mois de séjour complet dans l'écurie, la malade revint dormir à la maison, pour passer une partie de la journée dans son salon rustique.
Son amélioration fut assez rapide et dans le courant de l'été elle put venir plusieurs fois me voir à Zurich avec ses parents. Lorsque je fus appelé à Breslau, en qualité de professeur de clinique, peu de mois après, je perdis de vue la malade qui, à mon départ, paraissait être en pleine convalescence.
Dans le courant du même hiver de 1 859, j'ai été consulté par un médecin du canton de Lucerne qui présentait tous les signes d'une phthisie progressive. Je lui ai conseillé de suivre le même traitement et de passer ainsi plusieurs mois dans une écurie bien appropriée à cet usage, ce qui ne présentait pas de difficulté, car il s'élait iixé à la campagne. En été 1862, je l'ai revu à Lucerne à la réunion helvétique des sciences naturelles, et j'ai été frappé de sa bonne mine et du bon état de sa santé. 11 m'a affirmé qu'il ne pouvait attribuer sa guérison qu'à son long- séjour dans l'écurie.
Je le répète, je ne veux pas pour cela recommander cette méthode comme d'un emploi général; mais il me semble qu'elle mérite, d'après ces faits, d'être tirée de l'oubli dans lequel elle est tombée.
Des cures climatériques pendant l'élé et pendant l'hiver. I. Cures climatériques d'été.
Les indications générales sont à peu près les mêmes que pour les cures climatériques d'hiver, à l'occasion desquelles nous traiterons ce sujet avec détails. Seulement, pendant la
LES CURES CLIMATÉIUQL'ES D'ÉTÉ. 475 bonne saison, il n'est pas nécessaire de poser les indications d'une manière aussi rigoureuse, les grands déplacements n'étant qu'exceptionnellement nécessaires et en tout cas plus faciles.
Nous avons déjà parlé du séjour à la campagne. Il nous reste à parler du séjour aux bords de la mer, et surtout de celui plus important et bien plus généralement indiqué à la montagne.
Aux bords de la mer du Nord, de la Baltique, le climat est, même pendant le milieu de l'été, variable, souvent rude, les vents y sont fréquemment déchaînés d'une manière bien désagréable, nuisible même pour les malades, qui doivent passer ce temps enfermés chez eux. Cependant, il y a là aussi des localités plus ou moins abritées. Les côtes de Normandie, de Bretagne, celles delà Belgique, du Sclileswig-Holstein, celles delà Baltique, ne conviennent que lorsqu'il y a simple prédisposition et que les malades sont déjà endurcis contre les intempéries atmosphériques par l'eau froide et l'exercice habituel en plein air. Au commencement de la tuberculose ce séjour peut convenir aussi, lorsqu'il y a encore une certaine vigueur de la constitution, ou lorsque la constitution lymphatique ou scrofuleuse, peu disposée à la fièvre, donne à la maladie une physionomie atonique et au malade un tempérament peu impressionnable. Des auteurs d'un grand mérite, Beneke entre autres, recommandent ce séjour pendant l'été aux phthisiques, même à ceux dont le mal est assez avancé et l'impressionnabilité assez grande. II s'agit seulement alors d'être plus prudent et plus vigilant. Juillet et août sont les meilleurs mois, juin est souvent pluvieux, et en septembre le temps orageux n'est pas rare.
Des mers à climat plus clément mériteraient la préférence,, mais l'été y est trop chaud et les malades les choisissent plutôt comme séjour d'automne, d'hiver et de printemps. Telles sont :
la mer du golfe de Biscaye, la Méditerranée, de la Rivière di Ponente.
Mais c'est surtout le climat de montagne qui convient pendant la bonne saison aux tuberculeux. Mon excellent ami, le docteur Henri Lombard, de Genève, a écrit sur ce sujet un fort bon travail, qui devrait figurer dans la bibliothèque de tout praticien qui s'occupe de climatologie. On y trouvera des indications générales et spéciales pour leur emploi, aussi bien que de nombreux détails sur les localités les plus diverses.
Aujourd'hui, cette question esta l'étude partout, etbeaucoup d'esprits sérieux s'en sont occupés. Des stations de montagnes ont été déjà établies et s'établissent encore dans toutes les chaînes élevées de l'Europe et dans les localités qui offrent des chances de succès médical, il en existe aussi sur les flancs des montagnes des Cordillères et de l'Himalaya.
La France n'est pas favorisée sous ce rapport jusqu'à présent. Cependant,, il y a là un problème d'une importance majeure à résoudre. Elle possède un grand nombre d'excellentes stations pour le séjour d'hiver, et la Rivieraest classique depuis l'antiquité, comme séjour, comme refuge contre les intempéries atmosphériques de l'immense majorité des localités de toute la zone tempérée et bien plus encore du nord. Or, il est souvent bien à désirer que des malades puissent y demeurer pendant plusieurs années, soit pour combattre la prédisposition héréditaire, soit pour consolider le bien obtenu par ceux qui, déjà malades, venant de loin, ne font pas sans inconvénients le voyage de retour en Russie, dans le nord de l'Allemagne, en Suède et en Amérique. Que de fois tout le bénéfice de l'hiver ne passe-t-il pas dans ces voyages fatigants de l'été! Les malades reviennent bien en automne, mais ils ont à recommencer
LES CUllES CLIMATÉRIQUES D'ÉTÉ. 477
ei souvent ne reviennent, pas môme au point favorable qui a fait leur contentement lors de leur départ.
Les Alpes maritimes forment autour de la Riviera un admirable cirque de montagnes, qui de la zone de la plaine montagneuse s'élèvent jusqu'aux neiges éternelles et offrent tous les climats, depuis celui de l'Italie et du midi de la France, jusqu'à celui de la Laponie, du Groënland. Il serait donc facile d'y établir des stations à des hauteurs diverses, à 1000, à 1500, jusqu'à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. lien existe déjà quelques-unes, telles que : la Bollène, les bains de Berthemont, le val de Blore, Puget-Théniers, Grasse, Saint- Martin de Lantosque, localités tout à fait à la portée de Cannes, de Nice, de Menton ; Valdieri près de Guneo, sur la route du col de Tende, etc. Il y a mieux que cela. On trouve un climat presque de montagne déjà sur le trajet du chemin de 1er qui va de Gênes à Milan et à Turin. Passé Bussalla, une fois sur le terrain de l'Apennin, l'air est plus frais l'été, bien moins incommode que dans la plaine, le long des bords de la mer. C'est à ces avantages que Yoltaggio, ce bel établissement hydrothérapique, dans le proche voisinage de Gènes, doit d'être toujours plein en été et de constituer un séjour très-agréable.
Mais, au total, toute cette chaîne des Alpes maritimes est remarquablement pauvre en bons séjours de montagne.
La Suisse forme sous ce rapport le contraste le plus frappant avec sa belle et aimable voisine, la France. Mais avant d'entrer dans des détails sur elle, je parlerai de quelques autres stations en dehors du sol helvétique.
Ce que l'avenir réserve aux stations d'été des montagnes de la Riviera y est réalisé depuis longtemps. C'est ainsi que Morat, dans le Tyrol du sud, a pour séjour d'été toutes les vallées environnantes et surtout les nombreuses stations du Brenner,
•i78 TllAlTEMEî^T DE LA TlJBEnCULOSE.
depuis Storlzing jusqu'à Inspruck, slaLions aussi pittoresques que bien disposées pour le séjour des étrangers pendant Télé. Le chemin de fer aboutit à toutes; aujourd'hui, il met la belle vallée de la Puster (lePusterthal) avec ses splendides montagnes de dolomie, en rapport direct avec la plaine du Tyrol italien et de l'Italie. En Allemagne, vous trouvez un grand nombre d'excellentes stations dans la Foret-Noire, dans les montagnes de la Thuringe, dans le Harz, dans la Suisse saxonne. La Silésie, que j'ai habitée pendant quinze ans, en est richement pourvue. En quelques heures, le chemin de fer transporte l'habitant de Breslau dans de délicieux réduits de montagne, depuis longtemps bien disposés pour le trailement des maladies de poitrine, dirigés par de bons médecins. Je citerai comme exemple, Charlottenbrunn, Salzbrunn, Reinert, Langenau, Landeck, les environs de Karmbrunn, dont les stations des Sudetes vont graduellement aussi haut que le cUmat du Nord le permet pour des établissements confortables et salubres pendant l'été.
Nous mentionnons tout spécialement Gœrbersdorf, qui a le véritable mérite d'avoir été inaugurée comme première station de montagne, pour l'hiver aussi bien que pour l'été, et qui, après avoir passé par diverses phases d'expériences médicales, constitue aujourd'hui un des meilleurs établissements pour le traitement des tuberculeux. Nous reviendrons encore avec détails sur Gœrbersdorf.
Plus au sud vous avez de très-bonnes stations dans les montagnes de la Bavière et de la partie voisine de l'Autriche, stations telles que Reichenhall, Berchtesgaden, Kreuth, Parlenkirchen, Aussée, Gastein, etc.
En Suisse^ comme aussi dans d'autres pays, les localités destinées aux cures de petit-lait sont généralement situées dans des localités de montagnes très-salubres, et par cela môme fort