CHAPITRE V
TUBERCULISAT10N LATENTE DES MÉNINGES ET DU CEITVEJLG. Art. X. — Historique.
Si les tubercules du cerveau et des méninges déterminent le plus ordinairement les graves symptômes que nous avons précédemment décrits, il peut arriver aussi qu'ils n'occasionnent que de légers troubles dans les fonctions cérébrales, ou môme qu'ils parcourent toutes leurs périodes, et développent des inflammations aiguës ou chroniques, sans qu'aucun symptôme fasse soupçonner un travail morbide dans l'organe encéphalique.
Ce fait, connu depuis longtemps de tous ceux qui ont fait quelques recherches sur les tubercules du cerveau, peut aussi s'appliquer à la tuberculisation des méninges.
On trouve dans le mémoire de MM. Fabre et Constant les premières observations de cette espèce (1). Ce qui rend ces observations intéressantes, c est qu'on y trouve mentionnés ces symptômes fugitifs et terminaux qui appartiennent à la variété que nous décrivons ici. Mais c'est à M. Piet que l'on doit l'indication formelle de la latence complète. « La présence des granulations dans la pie-mère ne se lie pas, » dit-il, nécessairement à l'existence d'une méningite ; car deux » fois j'en ai rencontré chez des sujets morts dephthisie pulmo- » naire et mésentérique sans avoir jamais éprouvé de symptômes céré- » braux. »
A peu près à la même époque, M. Green, qui n'avait pas, à ce qu'il assure, connaissance du travail de M. Piet, démontra que non seulement les granulations isolées, mais aussi les granulations entourées d'intlammation chronique (méningite chronique) pouvaient se développer sans déterminer des symptômes bien appréciables.
Voici un extiait du travail de ce médecin.
« Les symptômes qui annoncent l'existence de la méningite chronique sont très variables et incertains, et ce sont eux qui ont été décrits par les auteurs sous le nom de prodromes. Trois causes expliquent l'irrégularité et la variabilité des symptômes :
» 1° Les granulations et la matière lardacée (cpaississement de la pie-mère) sont souvent accompagnées de tubercules encéphaliques qui modifient les signes fournis par l'inflammation chronique.
» 2° La nature scrofuleusede l'inflammation rend les symptômes moins évidents et la marche plus lente;
(1) Manuscrit cité, page 134, Cas de méningite tuberculeuse chez des sujets qm ont succombé à d'autres maladies.
TtJfiERCULlSAÎION LATENTE DES MÉNINGES ET DU CERVEAU. 563
x» 3* Comme l'affection tuberculeuse s'est développée à un haut degré dans les poumons, le péritoine, les ganglions mésentériques, les symptômes cérébraux sont masqués par ceux de la tuberculisation des différents organes. »
M. Green observe que la plupart des cas chroniques ont fini par l'état aigu. Mais cependant il dit avoir constaté les caractères de la méningite chronique chez des individus qui avaient succombé à une •Section intercurrente.
La durée est très variable : deux, trois, quatre mois avant les accidents aigus, et plus encore. Ainsi, chez un garçon de trois ans et detni, les symptômes annonçant la méningite chronique avaient débuté à l'époque de la naissance.
Symptômes. — Dans quelques cas, l'enfant se plaint de malaise général, de douleurs dans les membres ; le mouvement lui répugne; il devient triste, évite la société de ses camarades. Le jeu ne lui plaît plus. Ces symptômes peuvent être accompagnés d'accès irréguliers de céphalalgie, et alors la maladie n'est pas difficile à reconnaître. Nais, dans plusieurs autres cas, le diagnostic est rendu obscur par l'existence de douleurs du ventre, des alternatives de diarrhée et de oohstipation et (Je l'amaigrissement. M. G reen cite l'observation d'un enfant dont la maladie débuta par des douleurs de tête alternant avec delà diarrhée; puis, au bout de cinq mois, survinrent delà somnolence avec augmentation de céphalalgie, puis de la constipation et de l'anorexie : c'est seulement alors que commença la période aiguë.
Les enfants atteints de méningite chronique sont souvent pris d'attaques d'épilepsie. Ils ont eu pendant leur première enfance des écoulements purulents par les oreilles ; ils souffrent souvent de douleurs dans les membres. Leur sommeil est agité, et ils se réveillent en poussant des cris aigus. L'auteur a observé ce dernier symptôme plus de deux mois avant le développement de la période aiguë ; il était accompagné de fréquents maux de tête, de fièvre irrégulière et d'amaigrissement progressif. Dans un autre cas, le petit malade fut pendant trois mois atteint de fièvre irrégulière et d'accès de céphalalgie; puis il perdit sa gaieté en se plaignant de douleurs de ventre.
Les symptômes que nous venons de décrire ont été distraits par l'auteur de chaque cas de méningite aiguë, dans lequel le commencement de la forme aiguë avait été précédé par les signes qui annoncent une souffrance aiguë du cerveau, et où Ton avait trouvé après la mort les traces d'une inflammation chronique. Il n'est pas nécessaire de signaler l'analogie qui existe entre les symptômes décrits ci-dessus et ceux que les auteurs ont énumérés comme faisant partie des prodromes.
Eu étudiant une autre série de malades, dans laquelle sont groupés
ceux qui n'ont pas succombé à la méningite chronique, mais sont morts d'une méningite intercurrente, M. Green a noté les particularités suivantes :
1* Dans deux cas, il n'observa pas le plus léger symptôme d'affection cérébrale ; 2* dans un autre, où les signes d'une inflammation chronique étaient évidents, il constata deux phénomènes nerveux remarquables. Les muscles fléchisseurs de la plante du pied étaient dans un état de contraction permanente, de façon que la plante avait pris une forme concave; la contraction existait aussi dans la muscles fléchisseurs des mains, en sorte que les doigts étaient flécha sur la paume. Toutes les fois que l'enfant buvait, il était pris d'une toux spasmodique qui menaçait de le suffoquer : ces symptômes avaient précédé l'entrée à l'hôpital ; mais on n'avait pas pu s'tssurer de l'époque à laquelle ils avaient débuté.
L'analyse détaillée que nous venons de donner fait voir jusqu'à quel point la méningite chronique de H. Green se rapproche de nom méningite latente. Nous nous contenterons défaire observer que nota description s'applique à un plus grand nombre de cas que celle de M. Green, puisqu'elle comprend à la fois les cas aigus et chronique!.
Nous admettons, avec les auteurs que nous venons de citer, que, dans un certain nombre de cas, les granulations méningées ne donneot lieu à aucun symptôme, qu'elles soient ou non accompagnées d'inflammation chronique, et nous ajouterons même, A*inflammatim aiguë. On trouvera la preuve de cette assertion dans les pages suivantes.
Art. XX. — Anatomîe pathologique.
Les mêmes lésions caractérisent anatomiquementla tuberculisatioi latente de l'encéphale ou de ses membranes, et la méningite normale; mais dans la première forme, on constate, en outre, les caractères anatomiques de la phlegmasie chronique des méninges. S'il existe d'autres différences, elles sont peu nombreuses et peu importantes^ portent sur l'étendue, l'intensité et le siège des lésions.
1° On trouve, en effet, dans les méninges des granulations grises ou jaunes et des tubercules miliaires, occupant le même siège, et revêtant la même forme que ceux de la méningite ordinaire.
Isolés ou réunis, ces produits tuberculeux sont assez souvent accompagnés d'inflammation, c'est-à-dire d'un dépôt de lymphe verdàtre, de fausses membranes, de pus concert, d'un épaississement aigu ou chronique des méninges, d'un épanchement ventriculaire, trouble OQ limpide ; d'un ramollissement des parois.
Ces lésions sont aussi nombreuses et aussi étendues, ou bien aussi limitées que celles de la méningite avec symptômes. Il faut dire cependant que ces altérations tuberculeuses ou inflammatoires siègent