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III. — Mort subite par lésion des organes respiratoires

Nous n'oserions pas dire avec Devcrgie que la mort subite par le poumon est la plus fréquente de toutes (2). Mais nous pensons avec Lebert que la structure éminemment spongieuse et vasculaire du poumon, l'importance des fonctions dont il est chargé, ses relations intimes avec les organes voisins et surtout l'espèce de solidarité qui l'unit au cœur, expliquent le rôle considérable que jouent les lésions de l'appareil respiratoire dans la détermination des morts subites.

Toutefois, si l'on consulte les faits, il ne parait pas que cette proposition qui est vraie, si on la prend dans son sens le plus général, soit rigoureusement applicable à la puerpéralité. En effet, j'ai été frappé, en interrogeant les observations de mort subite relatives aux femmes grosses ou en couches, du nombre assez peu élevé des cas dans lesquels l'issue fatale pouvait être attribuée à une maladie des organes respiratoires. La congestion et l'apoplexie pulmonaires, la pleurésie et la pleuro-pneumonie, sont les principales lésions signalées jusqu'à ce jour en tant que causes de mort subite dans l'état puerpéral. Nous les passerons successivement en revue.

Congestion et apoplexie pulmonaires. — Les cas de mort subite par congestion pulmonaire se rapportent presque tous à des femmes qui ont succombé pendant la grossesse ou pendant le travail. Un certain nombre de circonstances se réunissent en effet dans l'état de gestation pour favoriser ces hypérémies. La diminution de la capacité thoracique par l'ampliation de

(1) Hervieux, Gaz. des hôp., n° du 28 novembre 1865.

(2) Devergie, Bull, de l'Acad. deméd., séance du 12 juin 1838,

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l'utérus, le refoulement du cœur, la gêne que peut éprouver la circulation dans les gros troncs vasculaires, sont autant de causes mécaniques de congestion. Supposez qu'en de telles conditions un élément morbide, Inflammatoire ou autre, intervienne brusquement, la dyspnée pourra être portée jusqu'à l'asphyxie et amener la mort. L'insuffisance de l'hématose dépend presque toujours alors d'une hypersécrétion bronchique qui s'oppose à la pénétration de l'air atmosphérique dans les vésicules pulmonaires.

Campbell a rapporté dans sa thèse l'observation d'une femme de vingttrois ans, marchande de fruits, entrée à la Maternité le 1er novembre 1846, enceinte de sept mois. Elle était en traitement depuis un mois à l'infirmerie des femmes grosses, pour une bronchite accompagnée de cyanose des extrémités supérieures, lorsque, le k décembre, causant avec ses compagnes, elle roule tout à coup de sa chaise à terre, pousse deux ou trois soupirs, en expulsant un peu de salive spumeuse, et meurt. Autopsie. Hypertrophie du ventricule gauche; distension de l'oreillette droite par du sang noir coagulé; une cuillerée de sérosité dans le péricarde; communication inter-aurieulaire par le trou de Botal entrouvert en forme de croissant ; congestion manifeste du poumon droit, qui offre des traces d'anciennes adhérences pleurales; coloration rouge-noir du poumon gauche, et infiltration de son tissu par un liquide spumeux et sanguinolent. Mucosités bronchiques assez abondantes. L'opération césarienne ayant été faite aussitôt après la mort, on avait pu extraire un fœtus vivant (1).

William Robins, cité par Moynier, nous apprend qu'une femme de dixneuf ans, arrivée sans accident au neuvième mois de sa grossesse, soupe avec appétit dans la soirée du 30 décembre 1845, et prend une tasse de thé avec quelques gouttes d'eau-de-vie pour remédier à un sentiment de faiblesse qu'elle éprouvait. En se couchant, elle avale deux pilules purgatives qui déterminent pendant la nuit quelques évacuations. A cinq heures du matin, elle tombe de son lit sur le carreau ; on la relève très-pâle ; elle dit qu'elle se sent mal, demande un verre d'eau qu'elle ne peut avaler, et, après trois grandes inspirations, rend le dernier soupir. A l'autopsie, on trouve 90 grammes de sérosité dans les plèvres, les poumons gorgés de sang noir, un peu de mucus écumeuxdans les bronches, 30 grammes de liquide dans le péricarde; un peu de sang fluide et noir dans les cavités droites, la raie, le foie et les reins congestionnés, un fœtus presque à terme dans la cavité utérine (2).

Devilliers a publié, dans la Revue médicale de 1853, plusieurs observations de mort subite par congestion pulmonaire pendant le travail. Voici le résumé de deux d'entre elles.

Primipare, à terme. Bonne santé habituelle. Quelques accidents nerveux seulement dans le cours de la grossesse. Le travail commence le 21 mars 1852,

(1) Campbell, Thèse. Paris, 1849,

(2) Moynier, Morts: subites chez les femmes grosies et en couches:. Paris, 1858, p. 113.

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