CHAPITRE VIII
PHLÉBITE CÉRÉBRALE ET MÉNINGÉE
Avant de tracer l'histoire de cette variété de phlébite, je ferai connaître les faits qui en établissent la réalité. Voici d'abord une observation recueillie à la Maternité par mon ancien interne, Chantreuil, et publiée dans laGazette des hôpitaux en 1866.
Obs. XC1I. — Rétrécissement du bassin. — Cràniotomie ; céphalotripsie. — Intoxication puerpérale à marche lente. — Mort. — Autopsie. — Ovarite suppurée double. — Péritonite circonscrite iliaque et pelvienne. — Phlébite de la veine orarique droite^ de la veine cave inférieure, des veines itia<[ues et crurales.
— Phlébite des veines méningées et cérébrales et du sinus longitudinal supérieur.
— Hémorrhagie cérébrale double, etc.
La femme Hutet, primipare, entre à la Maternité le 2h janvier 1 866, enceinte de huit mois environ.
Enfant vivant, bruits du cœur en bas et à gauche. Angle sacro-vertébral accessible. Diamètre sacro-sous-pubien, 92 millim., sans réduction.
Le travail de l'accouchement commence le 20 février au soir. A il heures, l'orifice utérin, souple et épais, est ouvert de 2 centimètres. Membranes intactes, bruits du cœur normaux ; sommet élevé en première position. Contractions utérines faibles et rares.
(1) Mac Clintock, Dublin Jounn, août 1856, et Arch. de mêd., 1857, 5° série, t. \} p. 225.
Toute la nuit et la matinée du lendemain se passent sans que le travail progresse sensiblement.
Le 24, à H heures du matin, rupture artificielle des membranes; liquide aniniotique peu abondant et coloré en vert. Néanmoins les contractions utérines restent insuffisantes ; la dilatation est à peine doublée depuis la veille (3 à U centim.).
Les bruits du cœur fœtal deviennent irréguliers et la femme est visibler ment fatiguée.
À 5 heures du soir, le travail durant alors depuis vingt heures, Trélat, qui a été mandé, juge nécessaire de terminer l'accouchement. Après avoir fait quatre incisions sur le pourtour de l'orifice, il applique le forceps sans résultat. Les bruits du cœur fœtal offrant alors une irrégularité des plus prononcées, faiblesse, accélération, puis silence, le crâne est perforé e( le céphalotribe appliqué. L'extraction s'opère sans difficulté.
Petite déchirure au périnée. Trois serres-fines. Délivrance naturelle. Enfant à terme, fille pesant 2220 grammes sans compter la portion de substance cérébrale évacuée.
22 février. Pouls à 96, chaleur modérée à la peau; langue humide; pas de garde-robes depuis la veille. Miction facile; lochies normales.
26. Pouls à 100. Peau chaude. Langue blanche. Douleur dans la fosse iliaque gauche, surtout à la pression. Une garde-robe à la suite d'un lavement émollient. Six ventouses scarifiées ïoco dolenti. Catap. laud. sur l'abd. Trois injections à l'eau-de-vie camphrée. Une portion.
27. Insomnie ; douleurs dans la région iliaque droite. Six vent, scarif. sur cette rég. Catapl. laud.
28. Pouls à 80. Lochies normales. Douleurs abdominales persistantes. Julep morphine. Une portion.
1er mars. Quatre selles liquides. Douleurs abdominales moins aiguës.
h. Recrudescence des douleurs dans la fosse iliaque droite. Pas de sommeil. Nouvelle application de ventouses scarifiées. Catapl. laud. Injections à l'eau-de-vie camphrée. Une portion.
8. On constate dans la fosse iliaque droite un empâtement assez considérable, plongeant dans l'excavation pelvienne et s'étendant jusqu'à la partie antérieure et latérale droite du vagin, au niveau de l'insertion de ce conduit sur l'utérus. Douleurs vives. Quatre selles diarrhéiques. Face pâle. Parole saccadée.
Du 9 au 20. Persistance des mêmes symptômes.
20. Pouls à 10Zi; peau chaude ; langue blanche. Sommeil nul. Douleurs très-vives dans la fosse iliaque droite. En déprimant la paroi abdominale antérieure, on constate une fluctuation profonde. On perçoit également cette fluctuation eu plaçant la main gauche sur la tumeur au niveau de la fosse iliaque droite, tandis que l'index de l'autre main déprime la saillie qu'elle fait dans le cul-de-sac latéral droit du vagin. Ponction dans le cul-de-sac; éva-
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cuation d'une petite quantité de pus. Sonde en gomme élastique dans le foyer et laissée à demeure pendant le jour et la nuit suivante.
Pendant plusieurs jours, écoulement de pus mélangé aux liquides vaginaux. Amélioration locale; douleurs moins vives. Cependant état général peu satisfaisant. Pouls à 104; anorexie; insomnie; assoupissement; diarrhée.
26. Douleur débutant par la cuisse droite et s' étendant à tout le membre. Pas d' œdème; mais la pression sur le trajet de la veine fémorale, de la veine poplitée et sur le muscle du mollet est douloureuse.
28. L'œdème se manifeste. Cordons veineux appréciables au toucher. Douleurs plus intenses. Le membre inférieur gauche est pris consécutivement de douleurs et d'œdème présentant les mêmes caractères. Ouate laudanisée aux membres inférieurs.
29. On substitue au laudanum l'onguent napolitain. Les membres sont placés sur un plan incliné de manière que le pied soit la partie la plus élevée.
k avril. Douleurs au niveau de l'hypochondre droit. Application de quatre ventouses sèches.
Mêmes douleurs les jours suivants, surtout à la pression. 8 et 9. Douleurs de tête.
10. Pouls à 100; peau chaude; céphalalgie intense. Le soir, perte de connaissance pendant quelques minutes; puis mutisme absolu, auquel succède un embarras très-marqué de la parole.
Hémiplégie faciale; contracture des membres dans la nuit du 10 au 11. Résolution complète des membres supérieurs et inférieurs.
11. La malade a l'air hébété et n'entend que difficilement. La face est agitée du côté gauche de petites convulsions momentanées. Selles involontaires. Miction inconsciente. Pupilles dilatées et immobiles. Strabisme. État demi-comateux dont on ne peut tirer la malade que par des questions brusques et faites cà haute voix. Pouls à 100. Sinapismes.