‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 59 sur 136 · THROMBOSE DES VEINES PULMONAIRES · texte numérisé non relu

THROMBOSE DES VEINES PULMONAIRES

Obs. XCVIII. — Thrombose des veines pulmonaires. — Mort subite au terme

de la grossesse.

Une jeune femme, parvenue heureusement au terme d'une seconde grossesse, se plaignait depuis quelques jours d'une douleur assez vive au côté interne de la cuisse gauche, il existait une sensibilité exagérée au contact en cet endroit ; pour la soulager, on avait prescrit un repos absolu dans la position horizontale.

Le jour même de l'accident, elle se trouvait dans d'excellentes conditions physiques et morales; elle avait mangé avec beaucoup d'appétit à trois heures et à six heures de l'après-midi. A huit heures du soir, étant couchée sur son lit, elle pousse subitement un cri, agite violemment les bras et s'écrie : « Oh ! ma tète, je ne puis plus respirer, je vais devenir folle, donnez-moi de l'air ! » j Pendant cinq minutes, elle est en proie à une violente dyspnée, la main appliquée sur la poitrine, la face livide, les genoux rapprochés du menton. Elle finit par se calmer, et dit à son mari : « Je vais beaucoup mieux à présent. » En disant ces mots, elle expire.

A l'autopsie, on trouve le sang noir et fluide dans toute l'étendue de l'arbre vasculaire, excepté dans les veines pulmonaires, qui sont remplies par des cylindres fibrineux, composés de deux couches stratifiées et renfermant au centre un caillot noirâtre et mou. La consistance de ces concrétions est assez grande pour permettre de les extraire des vaisseaux et de les manier sans les rompre ; enfin le cœur gauche est complètement vide, le système artériel remarquablement étroit ; les cavités droites sont distendues par du sang fluide et noir, et les veines offrent une ampleur extraordinaire ; la veine cave inférieure a un pouce et demi de diamètre. Il n'existe de thrombose nulle part.

C'est au professeur Gosselin, cité par Moynier (1), que nous sommes redevables de l'observation suivante :

Obs, XCIX. — Coagulation du sang dans les veines pulmonaires. — Mort subite trois semaines après l'accouchement.

Madame X..., quarante-deux ans, concierge chez M. Charrière, rue de l'École-de-Médecine, n° 6. Accouchement naturel et sans accidents, i Le douzième jour de couches, elle me fait prier, par hasard, au moment oii j'entrais dans la maison pour voir un autre malade, de la visiter parce qu'elle éprouve une douleur étrange au mollet gauche. Je trouve, en effet, dans cette région et au côté interne de la jambe, des indurations et des nodo-

(1) Moynier, Mém. sur les morts subites dans l'état puerpéral. Paris, 1858, p. 39.

sites formées évidemment par une oblitération de la veine saphène interne et de quelques-unes de ses branches. Il y a de la douleur à la pression, point d'oedème, point de rougeur. Je conseille des cataplasmes et j'insiste sur la nécessité du repos au lit et de la position horizontale. Je ne revis plus la malade.

Trois jours après, on m'appelle en toute hâte. J'apprends que, contrairement à ma prescription, cette femme s'est levée et s'est assise pour dîner. Le repas commence ; on l'a vue pâlir et tomber sans connaissance. Son mari et les personnes qui sont auprès d'elle s'efforcent de la réveiller au moyen de vinaigre et d'eau froide, et ne songent qu'après plusieurs minutes à la placer sur son lit horizontalement. Lorsque j'arrive, environ quinze minutes après la perte de connaissance, la mort a eu lieu, et tous les efforts faits pendant plus d'une heure pour ranimer la circulation sont inutiles.

Le surlendemain, je fais l'autopsie avec M. Gaucherand fils. Aucune lésion du cerveau; ni apoplexie, ni congestion dans les poumons, point de rupture du cœur ni des gros vaisseaux, point de perforation de l'estomac ni des autres viscères. Le cœur n'est pas très-gros; les cavités droites, les veines caves et l'artère pulmonaire offrent du sang liquide ou coagulé incomplètement dans quelques points. Les quatre veines pulmonaires sont oblitérées par un caillot sanguin, depuis leur embouchure dans l'oreillette gauche jusqu'à leur bifurcation, et les premières divisions pulmonaires de ces vaisseaux sont également obstruées par des caillots.

Il m'a paru que la mort avait dû résulter de l'obstacle apporté à la circulation par l'oblitération des veines pulmonaires, et que cette coagulation s'expliquait de deux manières : 1° par la modification en vertu de laquelle la coagulation s'était déjà faite dans la saphène, dont j'ai trouvé la surface interne à peine enflammée ; 2° par la syncope qui a dû survenir au moment où cette femme s'est levée pour diner, après être restée quelques jours au lit, et dans le cours de laquelle s'est probablement opérée la coagulation qui a empêché la circulation de se rétablir.

A ces remarques du professeur Gosselin, j'ajouterai la suivante, à savoir, qu'il faut nous tenir en garde contre les inductions que nous pourrions tirer de la coïncidence d'une thrombose périphérique avec une oblitération de l'artère pulmonaire, au point de vue de l'embolie. Il ne faut pas oublier, ainsi que je l'ai dit bien des fois, que chez les femmes en couches des thromboses spontanées peuvent se produire dans tous les départements de l'arbre à sang noir et sur plusieurs points à la fois, sans qu'il y ait eu fatalement pour cela détachement d'un embolus des parties périphériques vers les parties centrales.

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