VARIOLE
En 1864, j'ai publié dans la Gazette des hôpitaux un travail sur la variole dans l'état puerpéral (1). Je ne reproduirai ici ni les observations qui servent de base à ce Mémoire, ni celles que j'ai eu occasion de recueillir depuis cette époque; je me bornerai à faire connaître ce qui me parait ressortir de l'ensemble de ces faits.
1° La variole qui survient dans l'état puerpéral, qu'elle soit modifiée ou non par la vaccine, est une affection grave et très-fréquemment mortelle. Je me fonde, pour établir cette proposition, non-seulement sur les faits que j'ai recueillis personnellement, mais sur trois cas observés par Guéniot dans le service de Delpech et tous trois suivis de mort.
Chez les femmes grosses, la variole n'est guère moins grave que chez les femmes en couches. Telle est du moins l'opinion de Serres et de Garicl sur ce point. Chaigneau porte un pronostic moins défavorable que les auteurs précédents ; cependant il n'hésite pas à proclamer le danger de la variole dans l'état de grossesse. 11 cite le fait d'une malade qu'il a observée dans le service de Paul Dubois, et qui, arrivée au sixième mois de la grossesse, prit la variole, avorta au dixième jour de l'éruption et succomba douze jours après avec des symptômes de péritonite.
Bien qu'il soit acquis à la science que l'état puerpéral, loin de constituer
(1) Hervieus, Gaz, des hôp., noj des 19 et 2G nui 1864,
une immunité pour les femmes variolées, est une circonstance aggravante de cette maladie, il n'est pas cependant sans exemple que les femmes grosses ou en couches guérissent de la variole.
J'en ai observé un cas très-remarquable que je regrette de ne pouvoir rapporter in extenso. Il s'agit d'une fille de vingt-trois ans, primipare, accouchée le 21 décembre 1868 à la Maternité, au terme de sept mois. Vaccinée le 23 avec du vaccin de génisse, elle avait eu trois pustules parfaitement développées, lorsque survint le 3 janvier suivant, c'est-à-dire au onzième jour de l'éruption vaccinale, un exanthème qui ne tarda pas à prendre les caractères de la variole. Un état grave s'ensuivit qui donna lieu à une eschare gangreneuse dans la région sacrée. Cependant les symptômes généraux s'amendèrent, l'eschai e s'élimina et la plaie sacrée finit par se cicatriser. La malade partit complètement guérie le 13 février.
J'ai vu encore guérir une éruption variolique survenue au dix-huitième jour de couches chez une femme qui avait été atteinte d'accidents cholériques six jours après la délivrance. La malade était convalescente de son choléra quand apparut la variole. Cette dernière fut très-bénigne. Mais je ferai remarquer que, dans ce cas comme dans le précédent, l'éruption était apparue à une époque déjà éloignée de l'accouchement.
Enfin j'ai vu une fille de dix-huit ans, primipare, être prise, au huitième mois de la grossesse, d'accidents cholériques, puis de variole, accoucher prématurément, sous cette double influence, d'un enfant pesant 1880 grammes, et qui mourut sclérémaleux deux jours après sa naissance, puis les accidents cholériques s'aggraver pendant les trois premiers jours de couches, en même temps que l'exanthème variolique tendait à disparaître, et finalement la guérison être complète onze jours après l'accouchement.
2° Les observations que j'ai consignées dans mon travail sur la variole dans l'état puerpéral, et toutes celles qui existent dans la science, témoignent en faveur de ce fait, que la variole, modifiée ou non par la vaccine, est une cause d'avortement au premier chef. Un autre enseignement qui résulte pour nous de l'analyse de ces faits, c'est que l'accouchement a généralement lieu pendant la période prodromique.
Les auteurs qui ont étudié l'influence de la variole sur la grossesse se sont demandé comment les prodromes agissaient pour déterminer l'accouchement prématuré. Dans un travail intitulé : Considérations nouvelles sur la variole et son traitement, Serres considère la métrorrhagie qui signale souvent le début de cette fièvre éruptive comme une cause d'avortement (1). Plus tard, dans sa thèse sur quelques points de l'histoire de la variole, Gariel s'exprime ainsi : « L'intensité des douleurs lombaires dans la variole chez la femme grosse donne lieu à un avortement certain (2). »
(1) Serres, Gaz. méd., 1832, p. 78.
(2) Gariel, Thèse. Paris, 1837.