VARIOLE
Je suis très-disposé à admettre l'influence de la mctrorrhagie et des douleurs lombaires comme cause d'avortement dans la période prodromique. Mais à mon avis ce ne sont là que des causes secondaires. Il y a au-dessus de ces dernières une cause bien autrement active et qui me parait suffire à elle seule pour rompre les liens qui unissent la mère au fœtus, je veux parler de l'altération du sang par le poison variolique. Du moment qu'il existe dans l'organisme un principe toxique pouvant donner lieu d'une part à une modification profonde du fluide nourricier, d'autre part à des troubles fonctionnels graves, l'avortement est possible.
Bien que les prodromes de la variole paraissent avoir une action spéciale sur la production de l'avortement, on a vu celui-ci avoir lieu soit pendant la durée de l'exanthème, soit même à une époque plus avancée de l'évolution de la variole. C'est au moins ce qui résulte des faits nombreux consignés dans la thèse de Chaigneau (1).
3° Les manifestations symptomatiques de la maladie méritent de fixer l'attention.
La période d'éruption et celle de suppuration ne présentent généralement rien de remarquable quant aux phénomènes locaux de l'exanthème. Mais les phénomènes généraux revêtent fréquemment le caractère typhoïde. J'ai noté souvent une fièvre intense pendant les périodes d'éruption et de suppuration, même dans les cas où la variole avait été modifiée par la vaccine ; de plus, je constatais la sécheresse de la langue, la soif, l'inappétence, la diarrhée, les vomissements, la céphalalgie, l'abattement, l'insomnie, l'agitation, le délire, alors même qu'il n'existait ni dans le ventre, ni dans les autres cavités splanchniques, aucune lésion qui pût expliquer tous ces désordres fonctionnels.
Un autre fait qui résulte de l'analyse des cas que j'ai recueillis, c'est l'affaissement plus ou moins prompt et plus ou moins complet de l'exanthème variolique chez les malades qui ont succombé. Un et quelquefois deux ou trois jours avant la mort, les pustules pâlissent, le liquide qu'elles contenaient se résorbe, leur volume s'amoindrit, l'auréole inflammatoire qui les entoure disparaît, la peau se détuméfie et se décongestionne. Avec cette rétrocession de l'exanthème coïncident les troubles de la période ultime : oppression des forces, abattement, stupeur, faiblesse extrême du pouls, embarras de la respiration, quelquefois convulsions et mort.
4° La variole n'exclut pas chez les femmes en couches l'existence de complications véritablement puerpérales, telles que la phlébite, la péritonite, l'ovarite, etc. Nos observations en font foi. Il n'est pas besoin d'ajouter que ces complications aggravent singulièrement le pronostic, et qu'elles jouent souvent un grand rôle dans la terminaison funeste. On conçoit sans peine qu'une péritonite suppurée qui suit une progression toujours croissante contrarie le développement de la variole, et qu'il arrive un moment où le pro-<
(1) Chaigneau, Thèse sur la variole des femmes grosses. Paris, 1847.
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cessas variolique s'arrête, absorbé qu'il est pour ainsi dire par le processus péritonilique. La mort est la conséquence presque inévitable de ces sortes de complications.
Quel rapport existe -t-il entre l'ovarite et la variole chez les femmes en couches? Des observations recueillies par Béraud(l), il résulterait que, chez les femmes variolées, l'ovaire peut être le siège d'une congestion caractérisée soit par une injection vasculaire de sa surface externe, soit par une hypérémie du parenchyme ovarique, et, dans tous les cas, par la production à la périphérie de l'organe de fausses membranes, indice d'une péritonite locale. Or, dans l'une des observations que j'ai rapportées, l'ovaire droit était transformé en un petit sac de pus, et le péritoine rempli de liquide séro-purulent et de fausses membranes. Dans un autre cas, la surface externe des deux ovaires était parcourue par de très-belles arborisations vasculaires, sans trace aucune de formations pseudo-membraneuses. Entin, dans un troisième cas, les ovaires étaient noirâtres, ramollis, infiltrés de sang et comme ecchymosés, en même temps que le péritoine contenait une certaine quantité de sérosité rosée.
Encore bien que ces faits semblent venir à l'appui de l'opinion soutenue par notre regretté collègue, nous n'oserions y voir la preuve de l'influence exercée par l'intoxication variolique sur l'ovaire. A moins de faits très nombreux et recueillis en dehors de toute influence nosocomiale, il nous restera toujours la pensée que c'est à l'intoxication puerpérale et non pas à la variole qu'il faut attribuer ces lésions variées de l'ovaire et la péritonite concomitante. Je ne prétends pas trancher la question ; je me borne à exprimer les doutes que la réflexion me suggère.
5° La conséquence pratique des considérations qui précèdent, c'est qu'il faut, et surtout en temps d'épidémie variolique, revacciner les femmes grosses, d'abord parce que la variole est une cause presque constante d'avortement, pour peu qu'elle soit intense ; en second lieu, comme l'a démontré Chaigncau, parce qu'elle peut, en déterminant la variole chez le fœtus, faire périr le produit de la conception ; enfin parce que, chez des femmes grosses ou récemment accouchées, elle devient fréquemment une cause de mort.