‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 98 sur 136 · MORT SUBITE PAR LÉSION DU SYSTÈME CIRCULATOIRE · texte numérisé non relu

MORT SUBITE PAR LÉSION DU SYSTÈME CIRCULATOIRE

cerveau, etc. Que la mort survienne à cette époque dans une syncope ou dans un accès de suffocation, cela n'a rien qui puisse surprendre, et une telle fin ne peut guère être qualifiée de mort subite. Mais ce ne sont pas les maladies du cœur anciennes qui aboutissent le plus communément à une issue rapide ou soudaine. Les cliniciens expérimentés savent qu'on observe plus habituel* lement ce mode de terminaison dans les cas de lésion récente ou peu avancée. Cette contradiction concernant les effets cliniques des maladies organiques récentes ou anciennes du cœur et des gros vaisseaux trouve son explication naturelle : 1° dans la tolérance qui s'établit eu égard aux troubles produits par les lésions invétérées, 2° dans l'excessive rapidité avec laquelle se sont développées certaines lésions de date récente. On conçoit, en effet, si la marche de la maladie a été très- lente, que l'organisme se soit en quelque sorte accommodé des désordres déterminés par son évolution, et que, grâce au système de compensation* IvMonnv.lles qui s'établit à la longue, le centre circulatoire et les gros troncs vasculaires puissent éprouver des altérations aussi étendues que profondes, sans qu'il en résulte non-seulement des troubles graves, mais une catastrophe instantanée. D'une autre part, supposez que, sous l'empire de conditions particulières, ces mêmes organes soient frappés d'une altération qui évolue avec rapidité, cette altération, quoique relativement légère et peu avancée, pourra donner lieu à une perturbation trèsgrande dans les fonctions circulatoires, et conséquemment à la mort subite par l'impossibilité où l'organisme se sera trouvé de préparer ses moyens de résistance contre les ellets du processus qui l'a surpris.

Une maladie des organes circulatoires étant donnée chez une femme grosse ou en couches, on ne peut pas ne pas admettre que la grossesse d'une part et l'état de couches d'autre part ne contribuent pas, physiologiquement parlant, à provoquer les accidents qui pourraient amener la mort subite. La prédisposition aux syncopes, si commune pendant la grossesse, ne pourra-t-elle pas venir en aide à l'action perturbatrice engendrée par une maladie du système circulatoire ? Pendant l'état de couches, l'inopexie ne pourra-t-elle pas, en favorisant les coagulations sanguines dans les cavités cardiaques, concourir à entraver et même à suspendre brusquement la circulation dans ces cavités? Je ne cite là que des exemples, mais qui suffisent pour faire comprendre que l'état puerpéral doit être considéré comme une circonstance aggravante des maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux et par conséquent comme une cause de mort subite.

Nous aurons occasion d'indiquer d'une manière plus précise cette influence de l'état puerpéral dans la revue que nous allons faire des lésions cardiaques et vasculaires susceptibles de précipiter le terme fatal.

Lésions valviiiairos. — A l'autopsie d'une femme morte subitement après être accouchée de son quatrième enfant, Paul Dubois trouva le cœur petit et flasque, la valvule initiale très-épaisse, et l'orifice auriculo-ventriculaire

MORT SUBITE DANS L'ÉTAT PUERPÉRAL

pouvant à peine admettre l'extrémité du doigt; cinq onces de sérosité environ dans la poitrine, les autres viscères sains (1).

Dans son travail sur les morts subites dans Vétat puerpéral, Mac Clintock a fait connaître une observation communiquée par Mac Cowan à la société obstétricale d'Edimbourg. Il y est fait mention d'une primipare, âgée de vingt et un ans, qui, après avoir présenté les symptômes d'une pleuro-pneumonie du côté gaucbe, accoucba d'un enfant mort-né et mourut immédiatement après. L'autopsie révéla les lésions suivantes : œdème généralisé, sérosité brunâtre dans le péricarde, hypertrophie du cœur, dilatation du ventricule droit; rétrécissement de l'orifice aortique pouvant à peine admettre l'extrémité du petit doigt, valvules indurées et cartilagineuses, réplétion des cavités cardiaques par du sang coagulé, plèvres fortement adhérentes, hépatisation de la plus grande partie du poumon ; l'utérus et les autres organes sains (2).

11 faut remarquer, dans les deux cas qui précèdent, que la mort a eu lieu aussitôt après l'accouchement. Or, il est difficile d'admettre que l'état physiologique qui résulte de l'acte de la parturition et de la délivrance, les changements rapides qui s'opèrent dans le mouvement circulatoire par le fait de l'expulsion du fœtus et de la rupture des liens vasculaires qui l'unissent à la mère, n'aient pas joué un rôle considérable dans l'arrivée de la mort subite. Pour que le rétablissement de la circulation maternelle dans ses conditions primitives se fût opéré sans accident, il eût importé que le cœur eût toute sa puissance d'action. Or, il est supposable que l'obstacle opposé à ses mouvements par les lésions valvulaires a dû singulièrement paralyser ce viscère, et la mort subite en a été la conséquence. Il faut reconnaître toutefois que chez la malade de Mac Cowan la pleuro-pneumonie qui avait évidemment causé l'accouchement prématuré et la mort de l'enfant a dû préparer la terminaison funeste.

Hypertrophie «lu cœur. — Je n'entends pas parler ici de l'hypertrophie physiologique décrite par Larcher, hypertrophie très-contestable, ainsi que j'aurai peut-être occasion de l'établir un jour; je ne veux mentionner que l'hypertrophie pathologique indépendante de l'état puerpéral. Ainsi que l'a fait remarquer Aran, l'hypertrophie ne facilite pas les mouvements du cœur; elle ajoute à leur énergie. Or, cette énergie excessive peut devenir un danger chez les femmes grosses qui sont prédisposées à la syncope et causer la mort subite.

Despaux-Ader a communiqué en 1853 à la Société médicale du premier arrondissement l'observation d'une dame, enceinte de sept mois et demi, affectée d'une dilatation hypertrophique du cœur avec épanchement séreux dans la cavité du péricarde. Cette dame, qui depuis deux mois gardait le lit en raison

(1) Moynier, Morts subites chez les femmes grosses et en couches. Paris, 1858, p. 27.

(2) Mac Clintock, Union médicale, 1853, p. 318.

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