TITRE VI. — DE LA COMPRESSION
Ea égfLTd à la durée de la compression, il y a lieu de distinguer la oompressi(xi continue et la compression intermittente.
Enfin, suivant que la compression est exercée par les doigts du chirurgien ou par des appareils divers^ on a admis une compression digitale et une compression mécanique.
La compression a été appliquée au traitement d'un grand nombre de maladies chirurgicales. Or, dans l'impossibilité de présenter ici Ténûmération complète de ces dernières^ nous nous contenterons d'établir autant de groupes distincts qu'il y a d'indications, d'après lesquelles la compression est dirigée en tant qu'agent thérapeutique. — Ainsi nous admettons six groupes principaux comprenant autant de modes différents de l'action compressive, à savoir i'* des compressions annihilantes; 2"* des compressions résorbantes; 3^ des compressions oblitérantes; A^ des compressions résolutives; o* des compressions contentives; G* des compressions sédatives,
i^ Compressions annihilantes, — Dans cette catégorie nous rangeons les compressions qui ont pour but l'atrophie ou la disparition de certaines tumeurs, telles que les indurations chroniques des ganglions lymphatiques, les tumeurs fibreuses, cancéreuses, etc. Malheureusement l'emploi qu'on a fait de la compression dans le traitement de ce dernier genre de tumeurs n'a pas répondu aux espérances qu'en avaient conçues certains praticiens distingués. M. Velpeauqui a largement employé ce mode d'action chirurgicale, contre le cancer du sein par exemple, a fini par déclarer qu'il n'y avait de ce côté qu'erreur et déception. De quelque façon qu'on rapplique, dit-il, que ce soit avec des plaques d'amadou superposées, ou avec des compresses graduées, ou avec des bandelettes de diachylon, ou bien avec des bandages spéciaux, la compression ne guérit point les cancers du sein. Elle peut les aplatir, les refouler dans la profondeur des tissus ou des espaces intercostaux, mais elle n'en amène pas la disparition.
2* Compressions résorbantes, — Nous rangeons dans cette variété de compressions toutes celles qui ont pour but de faciliter la résorption, soit d'an liquide infiltré y comme cela a lieu dans le cas d'oedème ou d'infiltration sanguine, soit d'un liquide épanché^ comme dans l'hydrocéphale, l'sscite, l'faydrocèle, les épanchements articulaires, les épanchements sanguins, soit d'un liquide enkysté^ comme dans leâ diverses espèces de kystes. A cet égard nous ferons observer que si certains liquides comme la aérobie, la lymphe, le sang, sont susceptibles d*être résorbés sous l'influence Jes divers agents de compression, il n'en est pas de même du pus qui nous pAniit complètement réfractaire a l'emploi de ce moyen, au moins quant H sa partie globulaire, ainsi que nous l'avons démontré dans notre Traité delà suppuration. (Voyez Résorption du pus, t. L)
3^ Compressions oblitérantes. Sous ce chef nous plaçons toutes les compressions par lesquelles on se propose, en fermant plus ou moins complé-
tement la lumière des vaisseaux, de les oblitérer et par suite d'arrêter le cours du sang dans ces conduits.
C'est par ce mécanisme que Ton cherche souvent à prévenir ou à arrêter des hémorrhagies soit artérielles, soit vebeuses, ou à guérir des tumeurs anévrysmales, érectiles, variqueuses.
Toutefois il faut distinguer dans les compressions oblitérantes celles qui ont pour but d'obturer complètement le vaisseau, et celles qui ne tendent qu'à intercepter temporairement la circulation. Yeut-on, par exemple, oombattre certaines congestions cérébrales, prévenir des hémorrhagies interstitielles, enrayer des convulsions, on a quelquefois recours à une compression exercée sur des artères plus ou moins volumineuses, telles que les carotides. Mais ici il ne s'agit plus, comme cela a lieu dans le cas d'anévrysme ou de tumeurs érectiles, d'opposer une barrière désormais infranchissable au coure du sang, mais simplement d'intercepter pour un moment donné la circulation.
Il est des compressions qui oblitèrent et atrophient à la fois. Ainsi, lorsqu'on cherche à réduire par la compression certaines tumeurs fongueuses. qui reçoivent un grand nombre de vaisseaux, la compression n'agit pas seulement en atrophiant ces ttmieurs, mais en oblitérant les vaisseaux qui les alimentent.
Ce mode d'action chirurgicale, qui a eu de tout temps une si grande importance, tend à en prendre plus encore depuis que, comme l'a démontré M. P. Broca dans son excellent ouvrage, les Anévrismei externes trouvent leur remède le meilleur dans l'emploi de la compression.
Lorsque j'ai étudié cette question au point de vue de la compression des vaisseaux, j'ai cru m'apercevoir qu'un grand obstacle à la vulgarisation en France des idées développées par M. Broca tenait à la nécessité d'appareils mécaniques assez dispendieux.
Je pensai dès lors qu'en simplifiant les appareils compresseurs on pourrait ramener à leur emploi des praticiens qui n'ont point encore dans notre pays consenti à remplacer la ligature par la compression dans le traitement des anévrysmes externes.
Mes recherches m'ont conduit à établir qu'on pourrait arriver à d'énormes effets de pression par la superposition d'un nombre indéterminé d'anneaux de caoutchouc, dont la tension individuelle, c'est*à-dire la tension de chacun des anneaux, n'exigerait qu'un très-léger effort.
Prenez un fil en caoutchouc ou l'un de ces tubes que j'emploie pour le drainage ; toumez*en plusieurs cercles autour d'un membre en ne tirant à chaque tour que très-modérément sur la corde élastique, et vous serex surpris de voir à quel degré de compression vous arrivez par la superposition d'un certain nombre de tours.
Vous exercez la compression d'une façon si parfaitement graduelle que vous pouvez ne dépasser jamais la juste mesure de compi*ession nécessaire
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poor arrêter la circulation artérielle. Chaque tour représente un degré. A peine avez-vous atteint le degré où la circulation cesse dans le vaisseau, que vous fixez le fil de caoutchouc, et si, quelques minutes après, le battement artériel reparaît, il suffit d'un seul tour de plus pour arrêter de nouveau le cours du sang.
Pour compléter l'application du moyen il suffit d'avoir deux bandes roulées en globe que Ton applique, Tune sur Fartère, l'autre sur le point opposé et que l'on maintient au moyen de tubes de caoutchouc que l'on roule autour du membre. {Soc. de chir,y 45 oct. 1856.)
J*ai eu occasion de me servir de cet appareil dans un cas d'hémorrhagie consécutive à l'amputation d'un métatarsien avec l'orteil correspondant. Il m'avait été impossible de trouver les vaisseaux qui donnaient du sang, même en faisant une large incision à la plante du pied. J'appliquai simultanément le perchlorure de fer et le tamponnement, et j'établis une compression sur les deux artères tibiales au moyen de deux globes de bandes appliqués comme il a été dit plus haut.
Lliémorrhagie s'arrêta pendant quatre jours, puis reparut le cinquième et conânua les jours suivants. Après m'être assuré que Thémorrhagie cessait par la compression des artères tibiales antérieure et postérieure^ je fis la ligature de ces vaisseaux.
Tout allait bien, lorsque le quinzième jour une nouvelle hémorrhagie se déclara, non pas dans la plaie primitive, mais dans le point oti la tibiale antérieure avait été liée. Une nouvelle ligature de la même artère fut pratiquée plus haut et le sang cessa de couler. La guérison eut lieu.
A^ Compresiiins résolutives, — Nous désignons sous ce nom les compressions qui ont pour objet de résoudre certaines tumeurs inflammatoires, certains engorgements dans lesquels l'élément phlegmasique joue un rôle plus ou moins important. L'érysipèle, le phlegmon, Tadénite, ont été souvent combattus par la compression, mais il est bon de faire remarquer que cet agent thérapeutique ne saurait réussir dans ces divers cas qu'autant que l'inflammation ne s'est pas élevée au degré de la purulence. Du moment qu'il s'est formé du pus, n'y en eût-il qu'une goutte, il faut qu'il soit éliminé et la compression dans ce cas peut avoir les plus graves inconvénients.
5* Compressions content ives. — Doivent être rattachées à cette catégorie, les compressions qui ont pour objet la contention des hernies, de l'anus accidente], de certaines parties du squelette déviées de leur direction normale. — Tous les appareils orthopédiques qui agissent en 7)ressant sur certaines courbures pour les redresser exercent ce que nous appelons une compression contentive. — C'est surtout dans la thérapeutique des hernies que oe mode de compression trouve ses applications les plus utiles et les plus variées. Les pelotes, les bandages, les ceintures, les pessaires, etc. sont «des appareils à compression contentive. — On pourrait en dire au-
tant des appareils mis eo usage pour maintenir réduites la plupart des fractures ou des luxations.
6. Compressions sédatives ou anesthésiantes. — II est un certain nombre de névralgies que Ton traite quelquefois avec succès par la oompresiao des troncs nerveux ou vasculaires, qui se rendent aux parties doulooreoses. — Nous avons réservé à ce mode de compression le nom de compression sédative ou anesthésiante.
TITRE VII