TITRE V11I. — PROTHÈSE CHIRURGICALE
lapplicatioD, les forces employées dans les appareils orthopédiques; elles agissent tantôt par traction, c'est ce qui a lieu dans le traitement des pieds-bots, des déviations rachidiennes par la méthode de l'extension; tantôt par pression, ainsi qu'on l'observe dans une foule d'appareils imaginés pour le traitement des déviations vertébrales.
U est facile de voir que la pression, alors même qu'elle ne constitue pas le fond de la méthode de ti*aitement, joue toujours un rôle dans les appareils orthopédiques ; car dans ceux qui sont fondés sur le principe des tractions, il faut toujours que certaines parties des appareils exercent une compression sur telle ou telle région du corps. Cette pression doit être examinée eu égard aux inconvénients qu'elle peut déterminer et aux soins assidus qu'elle réclame durant l'action des appareils, autrement elle peut amener des résultats fâcheux dont le premier est la nécessité de renoncer à l'emploi du traitement mécanique ou de le suspendre pour un temps plus ou moins long.
Du lieu (^application des forces. — Les points qui supportent le mieux la pression, sont ceux dans lesquels des faisceaux musculaires et aponévroliques épais, se trouvent etitre deux points osseux peu distants : tel est, par exemple, au bassin, l'espace qui existe entre la crête de l'os iliaque et le grand trochanter ; on peut exercer, sans inconvénient, sur ce point, une très-forte pression.
Pour apprécier la convenance des lieux sur lesquels' les appareils peuvent être appliqués, il faut se rappeler que quand on n'agit pas directement sur les parties dont il faut modifier la situation, on doit rechercher celles qui offrent avec les premières l'union la plus solide. Les appareils qui ne sont pas construits d'après ce principe, sont sujets à une grande déperdition de force ; et ils perdent en force non moins qu'en précision.
Il convient aussi d'éviter les lieux sur lesquels une pression prolongée pourrait entraîner des conséquences fâcheuses, et compromettre même le jeu de fonctions essentielles; à cet égard, les appareils appliqués sur des parties qui renferment des plexus nei*veux ou des divisions importantes du système vasculaire , peuvent déterminer dans la circulation et dans rinnervation des troubles qui ne se réparent que lentement et difficilement. L'aisselle mérite d'être mentionnée ici sous ce point de vue, ainsi que le cou, cela veut-il dire que l'on doive proscrire les appareils qui portent sur des régions ainsi disposées ? Non assurément; mais on doit redoubler de sollicitude pour suivre les effets immédiats de la pression, quand elle s'exerce sur ces parties.
Ou mode d'application des forces, — S'il est, dans les appareils, un point qui intéresse presque à l'égal du principe de leur construction, c'est leur mode d'application. Cette partie, toute pratique, peut mettre entre deux appareils plus de distance qu'il n'en existe entre les bases fondamentales
220 PART. I. — OPÉRATIONS COMMUiNES A TOUTES LES PARTIES.
de ceux-ci, et l'on peut dire, sans crainte d'être démenti par rexpérience, que Tappareil^construit sur les meilleurs principes, mais appliqué d'une manière imparfaite, donnera de moins bons résultats qu'un appareil dont la construction est moins rationnelle, mais qui sera bien appliqué. Les pièces qui servent à l'application des puissances sont des bandeaux, des couronnes, des colliers, des ceintures, des espèces de cravates, des pièces plus compliquées qu'on appelle casques, des plaques convexes, concaves, planes, des courroies dites frondes, des brassards, des cuissards, des genouillères, des espèces de bas lacés ou de guêtres, des sandales, etc.
Il y a à considérer, dans les moyens d'application, deux choses : i* la pièce qui s'applique d'une manière inunédiate sur les tissus ; 3^ la distribution, sur cette pièce, qui présente habituellement la forme d'un cercle complet ou incomplet, des liens qui transmettent directement l'action de la force. Cette distribution ne doit pas être faite aveuglément, elle doit être appropriée à l'exigence des cas.
Tous ces objets, qui portent directement sur nos tissus, doivent être matelassés de manière à rendre leur action aussi douce que possible ; à ce point de vue aussi, l'on peut établir que la pression de ces appareils ser» répartie sur la plus grande étendue possible, en la faisant porter d'une manière plus spéciale, sur les points les plus résistants. Ceux de ces appareils, qui sont destinés à envelopper des portions du corps dont la température ne pourrait être augmentée sans inconvénient, doivent ofFrir des dispositions propres à diminuer l'augmentation de la chaleur.
En outre, toutes les fois qu'il est possible, par des articulations intermédiaires, telles, par exemple, que les articulations mécaniques en genou, de laisser au malade des mouvements qui peuvent ne troubler en rien l'efficacité d'action des appareils, on doit assurer à ceux-ci cette disposition, car ce doit être aussi un grand principe en orthopédie, que celui qui consiste à conciliet'au plus haut degré possible la mobilité des malades avec la solidité et la continuité d'action des appareils.
Enfin, nous ferons encore remarquer que quand, à cause du peu d*em* bonpoint du sujet ou du mode de construction des appareils, on est forcé d'exercer des pressions sur des parties osseuses proéminentes, comme par exemple, les crêtes iliaques sur des sujets maigres, on parvient à pallier les inconvénients de ces pressions, en changeant de temps en temps^ le lieu sur lequel s'exerce la pression la plus forte.
Ceci nous conduit à dire que les pièces d'application doivent être l'objet ^ d'une surveillance toute particulière, et qu'on ne saurait les visiter trop souvent.
Quand on résume les inconvénients qui ont été reprochés aux appareils orthopédiques, et quand on les soumet à une appréciation attentive, on reconnaît bientôt que souvent ils dépendent beaucoup plus du rioe df* l'application que de la défectuosité intrinsèque des appareils.
TITRE Ylll. — PROTHËSE CHIRURGICALE. 2*21
De la déperdition dex forces. — On peut, je crois, établir qu'il n'existe aucun appareil orthopédique, si bien approprié qu'il soit au traitement des difformités, qui ne perde toujours une quantité plus ou moins considérable de forces dans son application.
Les causes de déperdition des forces dans ces appareils y jouent un grand rôle. On peut les rattacher à trois principales ; ce sont, 1*" le frottement ; 2° les décompositions de forces par suite de leur obliquité do direction ; 3* les déperditions dues à l'extensibilité des parties à travers lesquelles se transmet le mouvement.
A quoi il faut ajouter les déperditions dues, comme dans fNresque tous les bandages en chirurgie, à des dérangements éventuels mais qui surviennent inévitablement, après l'application primitive, de l'appareil.
Des appareils dans leurs rapports avec V attitude des malades. — ^ Il est des avantages particuliers et des inconvénients inhérents à chacune de ces attitudes. Ces inconvénients peuvent trouver dans une heureuse combinaison de divers appareils, employés successivement dans un même but. des compensations qui neutralisent les effets fâcheux , avantages ou sans interrompre l'action du traitement.
Effets des appareils orthopédiques, — De même que toutes les pressions exercées d'une manière plus ou moins prolongée sur la peau, les appareils orthopédiques déterminent de la rougeur, de la douleur, des excoriations ; ils peuvent amener la déformation de certaines parties pendant qu'ils ont |K>ur objet d'en améliorer d'autres ; ils peuvent déterminer la stase du sang et avec elle ses diverses conséquences ; l'engourdissement et des douleurs névralgiques ; la compression générale ou partielle de certaines cavités viscérales, et des troubles dans la fonction des organes qui sont plus spécialement intéressés par cette compression. Ces effets, ou plutôt ces inconvénients, produits par les appareils, méritent d',étre pris en considération, parce que, suivant qu'ils se reproduisent avec (plus ou moins de facilité sous l'influence de tel ou tel appareil, ils deviennent un élément pour en déterminer la valeur.
Effets généraux. — La valeur des appareils orthopédiques doit se mesurer au degré d'intégrité dans lequel ils laissent l'ensemble des fonctions chez les individus qui sont soumis à leur emploi. La gêne que les malades éprouvent, l'état de leur sommeil ; la manière dont s'exécutent les fonctions; en un mot, tout ce qui intéresse la santé générale, doit être pris en considération. Dans plusieurs cas, et c'est une chose qui augmente singulièrement la valeur thérapeutique de ces moyens, ils influent d'une ma^ nière notable sur l'état de la santé générale, en améliorant des fonctions importantes dont raocomplissement était entravé par le fait seul de la difformité.
Des appareils orthopédiques comparés aux autres moyens employés en orthopédici — «^ On peut dire qu'il n'est aucun moyen en orthopédie y compris
222 PART. I. — OPÉRATIONS GOMMUiNËS A TOUTES LES PARTIES.
la gymnastique ou la ténotomie, qui, ait une aussi grande valeur pratique que les appareils. Ceux-ci peuvent à eux seuls suffire pour laguérison d'on grand nombre de difformités, et la plupart des autres moyens, la ténotomie elle-même, si puissante dans ses résultats immédiats, ne peuvent se passer de Tauxiliation des appareils. Gomme moyen préventif pour empêdier rétablissement définitif ou raccroissement de certaines difformités ils obtiennent des succès réels.
Toutefois, il ne faut jamais perdre de vue que les ressources empruntée à la gymnastique, aux modificateurs généraux de l'organisme, à ceux surtout qui agissent sur la nutrition, et enfin à la ténotomie, doivenuconcourir, à Taction des machines^ si Ton veut que celles-ci puissent amener des résultats et plus prompts et plus durables.
La ténotomie est ^'surtout caractérisée par l'instantanéité des résultats et leur peu de durée, tandis que les machines, avec une action plus lente, ont des effets plus durables. On peut dire, sous ce rapport, ce que Ton a appliqué à tant d'autres choses : t Le temps ne respecte que ce qu'il a fondé.
Un mot seulement des appareils orthopédiques gymnastiques. Cesappareils sont peu nombreux, les résultats gymnastiques de l'orthopédie éuni dus beaucoup plus a la manière dont sont dirigés les exercices des malades, qu'à l'existence d'appareils spéciaux.