PRÉFACE. Y
Et pourtant ces résumés rendent des services réels. Ils se prêtent à une foule d'exigences imposées au médecin. Veut-on qu'un chirurgien militaire, un chirurgien de marine, qu'un médecin quelconque, obligé par ses devoirs à de continuels déplacements, transporte partout avec lui de volumineux ouvrages ? On aura donc beau accumuler griefs sur griefs contre les manuels. Leur raison d'être» c'est leur indispensabilité. 11 y en aura toujours... Il y en aura toujours tant que les traités généraux ne seront pas conçus de manière à répondre, par leur divisibilité pratique^ à des exigences que rendent légitimes les fortunes si diverses réservées à chacun de nous.
Dans une nature d'ouvrage où le sens critique et l'appréciation doivent se maintenir toujours à une hauteur où mon plus grand désir eût été d'atteindre, il y aurait eu de précieuses ressources à puiser dans la statistique, ce levier si puissant^ quand il est manié avec intelligence et supériorité.
Mais pour prétendre à guider le jugement du praticien en matière de thérapeutique, la statistique a besoin de certaines conditions sans lesquelles, au lieu de conduire à la vérité, elle mène tout droit à Terreur, et à la pire de toutes les erreurs, celle qui a foi en elle-même et qui s'affirme avec la double autorité des chiffres et des faits.
Un abus étrange s'était glissé dans les habitudes chirurgicales en matière de statistique, il y a longtemps déjà que je l'ai signalé. J'ai prouvé (Thèse de concours du 26 janvier 1850, p. 88) (1) que les statistiques par séries entrecoupées, recueillies çà et là dans les recueils périodiques, ne pouvaient enfanter que l'erreur et qu'il fallait à tout prix combattre et détruire cet abus. Si je faisais passer sous les yeux du lecteur quelques-unes de ces statistiques acceptées dans beaucoup d'ouvrages de chirurgie, il verrait de curieux échantillons en ce genre et des documents qui concluent au rebours du bon sens et de la vérité. Il fallait procéder par séries intégrales et non par séries entrecoupées. Aussi n'ai-je dû faire qu'un usage très-circonspect de la statistique chirurgicale.
Pris dans un sens restreint, un traité d'opérations n'est qu'une description de procédés opératoires ; envisagé d'un point de vue plus large, ce doit être un traité de thérapeutique chirurgicale. C'est là ce qui explique le développement qu'ont dû prendre certaines parties de cet ouvrage, notamment le chapitre des fractures et des luxations.
(I) Voyex auBSl Thèse du 39 mars 1S51 sur les tumeurs enkystées, p. 52 et 63.