IV PRÉFACE
Nous nous trouvions en présence d'une difficulté réelle. D'un côté les ouvrages sérieux de chirurgie, ceux dans lesquels on examine, on discute, on approfondit les bases de la science, les indications et les doctrines, sont toujours trop volumineux pour être portatifs et s'excluent tout naturellement de la condition des manuels. D'autre part, les ouvrages d'un transport facile sont, par leur brièveté même, insuffisants pour des études complètes.
Tout chirurgien quelque peu soucieux de s'élever au-dessus des études élémentaires se trouvait donc obligé à une double acquisition* Dès lors double emploi. Or le double emploi, c'est, pour le lecteur, un double impôt.
A ce point de vue les chirurgiens se partageaient en trois classes : l"" ceux qui se contentaient du livre élémentaire dont se servent les élèves, et ceux-là pouvaient consulter l'ouvrage près du cadavre; 2"* ceux qui, désirant une instruction plus avancée, se procuraient les grands ouvrages : pour eux il n'y avait aucun parti à tirer du livre à l'amphithéâtre, parce qu'il n'est pas facile d'y porter trois ou quatre gros volumes ; 3'* enfin ceux qui, aspirant à des études complètes, se munissaient du grand traité et du petit, de l'ouvrage de fond et du guide élémentaire : c'était la classe la moins nombreuse.
Était-il donc impossible de concilier ces trois exigences, l'économie, la facilité du transport et l'instruction complète?
La solution n'était pas introuvable, mais elle ne pouvait sortir que d'une bonne classification des opérations qui, ne plaçant pas les ligatures dans un volume, les amputations dans un autre, les résections dans un troisième, présenterait le tout en un même groupe.
Faire du premier volume d'un grand ouvrage le manuel portatif de l'opérateur, c'était, si je ne me trompe, le but a poursuivre, puisque de cette manière le reste de l'ouvrage se trouvait réservé pour des besoins intellectuels, autres que ceux qui se produisent à l'amphithéâtre.
Et à ce sujet un mot sur les manuels. Que de fois n'ai je point entendu les détracteurs des manuels reprocher à ces modestes productions de ne devoir le jour qu'à des spéculations de Ubrairie, de ne s'adresser qu'aux besoins de la science facile, de n'exiger aucune recherche originale de la part de celui qui se livre à ce genre de compo* sition, d'en faire un écho plus ou moins servile des productions d'autrui, en un mot de flatter chez l'élève et le médecin superficiel des instincts de nonchalance qui s'accommodent merveilleusement d'une littérature écourtée faisant apprendre à grande vitesse et i bon marché.