‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 95 sur 141 · TITRE III. — APPLICATIONS RÉFRIGÉRANTES · texte numérisé non relu

TITRE III. — APPLICATIONS RÉFRIGÉRANTES

distendaient la cavité utérine. Puis j'introduisis de très-gros fragments de glace successivement dans l'intérieur de cette cavité; je n'eus besoin de revenir que deux à trois fois à l'introduction directe dans la cavité utérine elle-même, et il me suffit ensuite d'introduire simplement la glace dans le ^ vagin, pour maintenir la suspension définitive de l'bânorrbagie. Ces ma« nœuvres n'ont été suivies d'aucun accident.

Il est une affection de l'organe utérin qui, sans appartenir à la classe des hémorrbagies, s'accompagne souvent de ce genre d'accident ; je veux parler du cancer arrivé à ses dernières périodes d'ulcération. C'est là un moment où la situation des pauvres malades est d'autant plus borrible que la cbirurgie, s'avouant en quelque sorte vaincue, n'a plus, de même que la thérapeutique interne proprement dite, que le choix entre des palliatifs bien insuffisants et des moyens dangereux, à raison de la dose élevée à laquelle on doit les porter, pour produire quelque soulagement, je parle des préparations opiacées. Et cependant cette période' chez quelques malades est encore d'une durée assez longue ; aux douleurs quelquefois les plus vives se joint un état de putridité dû à l'écoulement eontinu d'une matière sanieuse, sanguine et purulente, mélangée de détritus organiques provenant des surfaces cancéreuses, qui souvent sont le siège de véritables eschares parf<MB assez volumineuses. Cette odeur est tellement fétide, qu'elle se reconnaît pour ainsi dire, dès qu'on entre dans l'appartement; une fièvre hectique causée par les douleurs aussi bien que par l'espèce d'intoxication à laquelle est soumise la malade, fait de cet état l'un des spectacles les plus désolants que l'on puisse imaginer.

Et qu'on ne croie pas qu'il soit au pouvoir des injections ou des irrigations même très-fréquentes, de faire cesser les pénibles conditions dont nous venons de parler.

Les injections lavent, mais elles n'ont presque aucune prise sur la don* leur, et si elles désinfectent momentanément, très-peu de temps après qu'elles ont cessé, l'odeur redevient ce qu elle était auparavant. L'injection, en outre, si elle n'est poussée que par un moteur peu énergique, ne déterge que d'une manière très-imparfaite les anfractuosités utéro-vaginales. Si pour la pratiquer on a recours à un agent* de propulsion plus puissant, comme les grands irrigateurs^ on a bientôt reconnu que cet exercice ne peut se prolonger au delà d'un certain temps sans causer un accroissement de douleur et de fatigue qui oblige à y renoncer, d'autant mieux, qu'il est difficile d'employer les douches abondantes sans donner à la malade une attitude fatigante.

Quant à l'irrigation, si elle ne cause pas de douleurs, elle ne produit qu'un lavage tout à fait insuffisant. C'est un filet d'eau qui arrive comme en bavant à l'extrémité de la canule, qui s'écoule presque aussitôt au dehors, en côtoyant les parois extérieures de cette même canule et qui se borne pcdr ainsi ûhv aif lavage de rînslmmont Ini-memc.

C'est après avoir été témoin nombre de fois de ce spectacle du eanoer utérin arrivé aux dernières périodes de l'ulcération^ et après avdr recoono l'impuissance de tout autre moyen pour procurer du soulagement aux malades, que j'ai été conduit à l'idée d'introduire la glace, d'une manière continue, dans la cavité du vagin, et j'ai obtenu des résultats qui me partissent dignes d'arrêter l'attention des praticiens, sur les avantages de œ mode de traitement.

Parmi les observations que j'ai recueillies, je me bornerai à rappeler la

suivante :

Obs. III. — Il s'agit d'une dame de Nancy, qui faisait aux Néothermes an traitement bizarre et désastreux^ quand un vieux et respectable médecin, ami de la famille^ le docteur Cbavernac, aujourd'hui retiré à Nancy, me pria de me rendre auprès de cette dame. Elle était arrivée au terme le plus avancé d'une ulcération carcinomateuse du col utérin, ulcératioo qui avait détruit, par une espèce de biseau, toute la lèvre postérieure du col. Une odeur insupportable s'exhalait dans la chambre ; le faciès exprimait l'anxiété et présentait la teinte jaunâtre caractéristique. Il y avait en outre une fièvre continue avec exacerbation le soir, se prolongeant une grande partie de la nuit.

M'étant enquis du traitement qui avait été mis en usage et avant lequel, aa dire de la malade, la fièvre n'existait pas, voici ce que j'appris : Une dame, dont le nom est identique à celui d'une sage-femme célèbre et qui a Laissé des souvenirs honorables dans l'art des accouchements, nom qui sert d'appât aux gens simples, habitués à chercher dans la quatrième page des journaux le remède à leurs souffrances, avait^entrepris de combattre la lésion redoutable dont nous venons de parler. Accompagnée de sa fille, jeune personne de 47 à 18 ans, ce médecin de nouvelle espèce venait deux fois le jour, et plaçait à la pauvre malade de merveilleux sachets qu'on faisait pénétrer dans la cavité do vagin. La présence de ces corpsétrangers faisant office de tampon, retenait les matières putrides et aggravait mécaniquement l'irritation de l'appareil génital, de telle soiie que ces pratiques avaient développé une fièvre intense et plaçaient la malade dans le déplorable état que j'ai mentionné.

Après m'ôtre assuré des conditions locales de la lésion, je commençai par déterger, au moyen d'injections abondantes, l'intérieur de la cavité vaginale, puis, d'une manière continue, durant l'intervalle des injections, qui étaient renouvelées trois fois par jour, je faisais placer par la femme de chambre de cette dame, qui fut bientôt familiarisée avec cette manœuvre, des fragments de glace de la forme et à peu près du volume d'un œuf de poule. Au bout de deux jours de l'emploi de ce traitement, l'odeur fétide avait complètement disparu. Au quatrième jour, les douleurs et la fièvre avaient cessé ; la malade, améliorée de jour en jour, était en état au bout d'un mois de reprendre la voiture pour retourner à Nancy, au milieu d'une famille qui avait désespéré de la revoir*

Aucun chirurgien ne pensera qu'il y ait eu guérison d'une affection de ce genre. L*nlc(»ration lïe fut même nullement cicatrisée, ce qui arrive

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quelquefois d*qne manière très^paasagère, il est vrai, môme dans des cancers ulcérés. Le toucher, que je pratiquai deux jours avant le départ de la malade, me fit reconnaître que l'érosibn continuait, mais c'était sans fièvre, sans douleur, sans putridité, sans hémorrhagie, et je suis convaincu que quand la malade a succombé, ce qui a eu lieu quelques mois après son départ de Paris, la mort a été produite par l'envahissement du péritoine dans le point correspondant au cul*de-sac postérieur du vagin.

Dans une autre circonstance, et chez une malade qui a également succombé au bout de quelques mois, car, je le répète, ce traitement palliatif n'a été appliqué, par moi du moins, que dans la période tout à fait extrême du cancer utérin, j ai obtenu des effets analogues. J'avais été appelé près de cette malade par mon honorable et excellent confrère, le docteur Mous* sous, qui exerce aujourd'hui à Bordeaux.

Ainsi, qu'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit pas de la ridicule prétention de guérir ce qui ne se guérit jamais, de substituer un traitement particu» lier à des moyens qui, tels que les excisions partielles, amènent des amé* liorations passagères, des suspensions d'bémorrhagie, des cicatrisations même qui, à la vérité, ne durent pas longtemps , il s'agit précisément de ces malades qui ont passé par toute la série des moyens rationnels et irrationnels, et qui sont réduites à cette extrémité, olf de périr au milieu d'un cortège d'accidents horribles, ou de se faire engourdir, et tranchons le mot, de se faire empoisonner à leur insu et à l'insu de celui qui leur donne des soins, par les doses excessives et toujours croissantes de narcotique, qu'on est en quelque sorte forcé d'employer pour obtenir du soulagement. Ce que je prétends, c'est que chez un certain nombre de malades on peut, par l'usage incessant de la glace, combinée avec deux ou trois injections par jour, faire cesser la putridité, la douleur, les hémorrhagies, et la fièvre qui accompagne celte période tout à fait extrâmo du cancer utérin.

Si l'on considère que la durée de cette période est variable, qu'elle peut se prolonger pendant des mois entiers, on pourra se faise une idée du serviee que peut rendre à la thérapeutique, la méthode dont je viens de parler. Il faut rendre cette justice à l'art et à l'humanité des médecins, qu'ils font de suprêmes efforts pour continuer aupn*s des positions les plus désespérées les soins et les ressources qu'il peut être donné à l'homme d'imaginer ; cependant, il est une page dans la thérapeutique qui n'est pas encore complètement écrite : c'est celle des moyens palliatifs qui constituent ce que j'appellerai le traitement des tnaladies dé$eipéree$.

Je rangerai encore parmi les applications de glace faites dans les cavités muqueuses, celle que je pratique sur l'appareil oculo^palpébral dans ceux des cas d'inflammations que je ne crois pas devoir soumettre au traitement par les douches oculaires.

à rintérieur des cavités muqueuses, je maintiens qu on ne peut inférer par analogie, de ce qui a lieu sur les surfaces cutanées^ ce qui adviendra dans les cavités muqueuses.

Il est permis de supposer que les sources qui entretiennent la température de nos tissus, ayant à la surface des muqueuses une puissance et une. continuité d'action bien autrement énergiques que sur le tégument externe. il est permis, dis-je,de supposer que la production des eschares serait beancoup plus difficile dans le cas dont il s'agit. Bn effet, 1*^ il y a dans le cas • d'hémorrhagie un mouvement fluxionnaire qui par lui-même est un élément producteur de calorification, et qui doit retarder l'instant où raetioa réfrigérante parviendrait à éteindre le mouvement vital , 9* comme le faisait judicieusement observer M. Morel-Lavallée^ dans une discussion k la Société de chirurgie, l'hémorrhagie devant être presque inévitablement arrêtée longtemps avant la congélation des tissup, il n'y aurait aucun motif d'insister sur une application prolongée au delà du terme où elle a produit ce qu'on en attend. Les moyens de l'art ne se séparent jamais, pas plis dans la pratique que dans la discussion, des règles d'une application intelligente et raisonnée, et il n'en est pas de si parfaits qu'on les suppose, qui. dans des mains malhabiles, ne puissent entt^îner de fâcheuses conséquences.

Mais admettons contre tou^e probabilité qu'il se produise une eschare; cette objection, j'en concevrais la valeur de la part d'un chirurgien qui s'interdirait, en des circonstances analogues, de recourir à l'emploi du fer rouge. Mais il serait par trop étrange que celui qui ne craint pas de produire une eschare par le feu se Ht scrupule de la causer par l'application du fix>id. Or, je le demande, est-il un seul chirurgien qui ne soit disposée employer le fer rouge à l'intérieur des cavités muqueuses, quand c'est le seu] moyen d'arrêter une hémorrhagie grave, et si personne ne recule devant la nécessité d'une mortification certaine, dont l'efficacité reste problématique quant à l'hémorrhagie, pourrait-on s'arrêter devant une mortification seulement probable par le froid?

IP ÛBJECTioif. — L'introduction d'un corps aussi dur et quelquefois aussi anguleux qu'un fragment de glace, n'expose-t-elle pas à blesser les organes délicats que tapissent les membranes muqueuses?

C'est encore là une objection dont la réfutation se trouve tout entière dans le degré d'intelligence et d'adresse qui doit présider à la mise en pratique de tout procédé chirurgical.

III* Objegtioiv. -^ L'application temporaire du froid étant généralement suivie d'une réaction^ c'est-à-dire d'un mouvement fluxionnaire en retour, n'est-il pas à craindre qu'après la suspension des applications glacck^l'hémorrhagie ne reparaisse avec plus de vigueur que primitivement î

Deux réponses à cette objection : 1* Le reproche qu'elle formule, poii vaut s'adresser à tous les modes d'applications réfrigérantes, du monM^nt

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