‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 94 sur 141 · TITRE III. — APPLICATIONS RÉFRIGÉRANTES · texte numérisé non relu

TITRE III. — APPLICATIONS RÉFRIGÉRANTES

Obs. II. «i* M... G...^ négociant à Nantes, figé de 45 ans, fut soumis il y a 22 ans à l'usage des piloles de Plenck à l'occasion d*un écoulement. Dans le cours de ce traitement, se déclarèrent sur le côté droit de la langue des ulcératioiuqui, depuis cette époque, c'est-4-dire pendant un laps de vingt-deux ans, n*ont cessé de se reproduire sans altérer en rien le corps même de la langue ; mais il y a deux mois, une induration de nature cancéreuse s*empara de la moitié droite de cet organe, et fit d'assez rapides progrès. On devait se demander si cette induration n'était point de nature syphilitique ; plusieurs consultations avec MM. Ricord et Velpeau, et de plus un traitement explorateur institué à l'effet de résoudre la difficulté diagnostique, achevèrent de dissiper toute incertitude à ce sujet.

L'amputation ayant été reconnue nécessaire, voici le plan d'opération que j'adoptai : Au moyen d'une aiguille préparée avec la modification que j'ai fait subir à celle d'A. Gooper, je passai deux ligatures. L'une cernait en arrière la portion transversale du tissu qui était altéré dans la moitié gauche de la langue ; l'autre lin[iitait d'arrière en avant la moitié droite de l'organe. J'enlevai ensuite avec le bistouri toute la partie malade. Vers le plancher de la cavité buccale, je trouvai quelques petits noyaux indurés que j'enlevai scrupuleusement. Ce fut en extirpant un de ces noyaux que je constatai une particularité dont l'importance s'est révélée plus tard^ ainsi qu'on le verra. Je remarquai, au moment où cette petite masse indurée fut détachée par l'instrument tranchant, que je venais de couper l'attache supérieure d'un muscle qui, se trouvant tout à coup libre par son extrémité supérieure^ se rétracta aussitôt vers son insertion hyoïdienne (c'était, je pense, un des faisceaux les plus antérieurs du géni-hyoglosse). Il résulta de cette retraite du muscle une espèce de godet ou arrière-cavité dont on comprendra bientôt le rôle; je quittai le malade en recommandant que, dans le cas où il surviendrait un écoulement sanguin , on fit tenir dans la bouche des fragments de glace.

Le soir de l'opération, à minuit, on vint me chercher pour une hémorrhagie qui s'était déclarée depuis à peu près trois quarts d'heure^ et que ne pouvait réprimer l'introduction réitérée de fragments de glace dans la cavité buccale. En examinant l'intérieur de cette cavité, je reconnus aussitôt la cause de l'inefficacité des applications réfrigérantes; une couche épaisse de caillots recouvi*ait le plancher de la bouche, et c'est de dessous cette masse que provenait le sang. Avec la spatule et des pinces, je détachai tout le coagulum, et je reconnus alors que la source de Vhémùrrhagie siégeait précisément dans cette excavation produite par la rétraction du mtiir/e, qui avait sans doute entraîné dans sa gaine une artère ouverte, laquelle n'avait pas donné au moment de l'opération. Cette situation profonde, et complètement dérobée à la vue, de l'orifice vasculaire qui fournissait l'hémorrhagie, offrait des difficultés réelles : j'eus alors recours à un bouton de glace de forme oblongue, que je portai profondément avec la pince de Museux dans la cavité d'où provenait le sang. Ce mode d'application fut couronné d'un plein succès, et au bout de cinq ou six introductions semblables, toute trace d'hémorrhagie disparut sans retour.

Depuis réerasement linéaire nous n'avons plus à craindre pareil accident.

Je n'ai pas le moindre doute que dans les héinorrbagies du frein de \i langue (on sait que dans un cas de ce genre Brasdor eut recours au stylet chauffé à blanc), il ne fûtfaciled'obtenir de remploi de la glace portée arec la pince de Museux des résultats aussi satisfaisants que dans le cas doQt nous venons de rapporter les détails.

ffémorrhagies de la gorge, des amygdales, du voile du palais^ etc. — Go comprend avec quelle facilité on pourrait agir sur les hémorrhagies de la gorge au moyen d'un gros fi*agmcnt de glace porté avec la pince de Mnsetix; je n'ai donc rien à dire à ce sujet. Je me borne à rappeler que, malgré l'absence de gros vaisseaux dans Je voile du palais, dans les amygdales^ etc., les hémorrhagies à la suite d'opérations faites sur ces parties ne sont pas aussi rares qu'on serait porté à le penser. Plusieurs faits dliémorrhagies assez graves sont venus à ma connaissance ; l'un, à la suite d'une ablation d'amygdales, par M. Michon ; l'autre, à la suite d'une ablation de la luette, par M. Lcnoir ; quelques auti'es aussi, après des ablations d'amygdales, par MM. Guersant, Monod, etc.

Hémorrhagies des organes génito-urinaires, — Ces organes, chez Thomine. ne nous paraissent comporter que d'une manière indirecte l'application du fragment de glace porté avec la pince de Museux.

Il est trois circonstances dans lesquelles on pourrait, ce nous semble, recourir au moyen hémostatique proposé. Ce serait : 1^ dans une hémorrhagie provenant de la blessure du corps caverneux ; 2^ dans une hémorrhagie succédant à la taille périnéale ; 3* dans une hémorrhagie vésicale.

Dans le premier cas, le glaçon serait appliqué directement sur la soin* tion de continuité.

Dans le second cas, on ferait pénétrer et on maintiendrait le fragment de glace dans la plaie de l'opération.

Dans le troisième (hémorrhagie vésicale), un bouton de glace porté au moyen de la pince de Museux à traverâ l'ouverture anale et appuyé sur un point correspondant à la paroi postérieure à la vessie, pourrait peut-être suflSre pour arrêter Thémorrhagie, ce qui n'empêcherait point des applications de même nature au périnée et à l'hypogastre simultanément.

Nous avons dit que l'hémorrhagie qui survient dans les opérations de taille périnéale pourrait être combattue avantageusement par la pression d'un bouton de glace sur le lieu d'où s'échappe le sang. Il nous semble qu'il y aurait plus d'avantage à agir ainsi qu'à employer soit le tamponnement, même avec la sonde à chemise conseillée par Dupuytren, scit les injections d'eau à la glace.

Hémorrhagies des organes génito-urinaires chez la femme, — C'est surtout chez la femme que l'introduction de la glace en gros fragments nous parait susceptible d'applications puissantes et multipliées.

1* L'hémorrhagie vésicale chez la femme pourrait être combattue simul-

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tonëinent par une triple application de glaçons hémostatiques : i<* Tapplication à l'hypogastre ; 2* Tintroduction du corps réfrigérant en nature, et sous forme de glaçons allongés, dans la vessie. Cette introduction, qui au premier abord peut paraître une chose difficile, est rendue très-exécutable par la dilatabilité de Turètre, qui peut donner passage à des corps d'un diamètre égal à celui des sondes les plus volumineuses, à quoi il faut joindre la brièveté du même canal chez la femme, autre circonstance qui rend très4acile l'introduction réitérée de glaçons disposés à cet effet ; 3* concurremment aux deux modes qui viennent d'être indiqués, on pourrait, en faisant pénétrer dans la cavité du vagin une pince de Museux armée d'un fragment de glace, porter directement Faction réfrigérante contre la paroi postérieure de la vessie.

C'est surtout dans les cas de pertes utérines, qu'à part certaines réserves dictées par la prudence et la sagacité de l'accoucheur, on pourra retirer des avantages marqués du moyen hémostatique fondé sur les principes exposés ci-dessus. Examinons rapidement les diverses indications et les divers modes d'après lesquels on peut recourir au moyen en question.

Les pertes utérines peuvent être divisées en deux classes : i*" celles qui ont lieu en dehors de toute relation quelconque avec la puerpéralité; 2« celles qui ont lieu dans les diverses conditions que peut offrir la puerpéralité depuis ses débuts jusqu'à sa terminaison.

Dans la première espèce de pertes, l'hémorrhagie peut avoir lieu au milieu de conditions très-différentes, mais qui peuvent se rapporter à deux groupes, V suivant qu'il y a ampliation de la cavité utérine, 2* suivant que cette cavité a conservé ses dimensions normales.

La seule chose sur laquelle j'insisterai, c'est l'utilité de gros fragments de glace portés soit par simple introduction, soit à l'aide de pinces à griffes, Tun sur le col de l'utérus, en y arrivant par la cavité du vagin, l'autre contre la paroi postérieure du viscère en agissant sur cette partie d'une manière indirecte par la pression du fragment de glace au travers de la paroi antérieure du rectum.

Les mêmes moyens, dirigés contre leshémorrhagies provenant de l'existence d'un cancer ou de la présence de polypes ou corps fibreux, pourraient être employés avec avantage, et avec un avantage d'autant plus évident que dans quelques-uns des cas auxquels il vient d'être fait allusion , la cavité utérine a pris des proportions propres à permettre l'introduction de fragments assez volumineux dans l'intérieur de cette cavité.

Ainsi, l'anatomie pathologique d'un côté, et de l'autre le cathétérisme de l'utérus pendant la vie, montrent que dans les cas de tumeurs fibreuses considérables, développées dans l'épaisseur des parois utérines, la cavité de l'organe prend une amplitude considérable, bien que les deux parois de cette cavité soient assez fortement adossées l'une à l'autre. C'est dans des cas de ce genre que des fragments assez gros pourraient pénétrer dans la

cavité utérine ; en sorte que si la tumeur fibreuse n'est pas susceptible d'extirpation, du moins pourra-t-on prévenir la moit causée par les pertes de sang, soit que ces dernières, en quelque sorte foudroyantes, menacent d'une manière immédiate les jours de la malade, soit que, fréquemment répétées, elles amènent d'une manière progressive l'épuisement de la constitution et toutes ses conséquences.

Au reste, les services que peut rendre l'application des moyens ci-desBos indiqués dans l'état de puerpéralité soit pendant la grossesse,, soit avant l'accouchement, ainsi que pendant ou après cet acte, seront toujours plus importants et plus usuels que ces mêmes moyens, employés hors de l'état de puerpéralité. Je prends ici ce mot dans Taoception la plus étendue qu'il soit en mon pouvoir de lui donner, et comme se rapportant à toutes les phases de la conception, de la grossesse, de l'accouchement et même de ses suites.

On nous pardonnera de hasarder quelques conseils sur ce sujet ; quant à formuler des préceptes, cela ne peut appartenir qu'aux hommes profondément versés dans la science obstétricale. Seuls, ils peuvent détenniner avec justesse et précision les cas spéciaux et les limites de cette application. Néanmoins, aidé de quelques avis, nous tâcherons de signaler certains cas qui se recommandent d'une manière particulière à l'attention du praticien.

Parmi les hémorrhagies qui peuvent survenir pendant la grossesse, celles qui dépendent de l'implantation du placenta sur le col ont beaucoup occapé les accoucheurs. D après ce qu'a bien voulu nous dire à ce sujet notre honorable confrère, M. Danyau, l'application du fragment de glace, porté profondément avec la pince de Museux contre le col de l'utérus, lui paraîtrait appelé à rendre des services réels.

Dans les hémorrhagies qui surviennent pendant le travail, celles qui ont lieu avant que celui-ci ne soit assez avancé, pour que Ton puisse les arrêter en précipitant l'accouchement par la manœuvre de la version, rentrent dans le domaine des applications possibles du moyen proposé.

Enfin, quand l'hémorrhagie survient après l'accouchement, quelle ne serait pas la puissance hémostatique d'un fragment de glace aussi volumineux que le comporte l'état des parties sexuelles et de la cavité utérine dans un pareil moment, et combien la fusion graduelle de ce fragment, rappelant d'une manière continue et en quelque sorte pas à pas, vers lui-même, comme sur un point central d'attraction, les parois utérines, ne s'accommoderait-elle pas à la suspension inunëdîate, puis durable de l'hémorrhagie ! Toujours ést-il que pour ma part j'ai employé ce moyen avec un avantage marqué chez une dame qui. quelques heures après l'accouchement, eut une hémc^rrhagie de la nature la plus grave. Mon premier soin, en arrivant près d'elle, fut de comprimer Taorte abdominale, tant le danger était imminent ; je m'cocupai ensuite de l'extraction des cnillots qui

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